Berlinale 2018 – compétition jour #7: Mein Bruder heisst Robert, und er ist ein Idiot (Mon frère s’appelle Robert, et c’est un idiot)

Un seul film en ce 7e compétition aujourd’hui, Mein Bruder heisst Robert, und er ist ein Idiot, ainsi que, hors compétition, le thriller psychologique très attendu de Steven Sorderbergh tourné entièrement avec un Smartphone, Unsane, dont nous parlerons ultérieurement.

Mein Bruder heisst Robert, und er ist ein Idiot

Il va falloir commencer à se méfier de ces (longs) titres qui promettent beaucoup, peut-être à cause de la dimension originale et amusante qu’ils portent – mais c’est bien connu, les promesses n’engagent que ceux qui y croient !

Hier nous avions donc le très décevant Don’t Worry, He Won’t Get Far On Foot (‘Ne vous inquiétez pas, il n’ira pas loin à pied’, N.D.A.) et à présent ‘Mon frère s’appelle Robert, et c’est un idiot’. Est-il vraiment un idiot ? Ce n’est pas vraiment important et il souffre d’une faille plus importante que l’idiotie de toute évidence. Comme est il est évident que sa sœur jumelle, Elena, qui ne cesse de répéter qu’il est idiot, souffre de la même faille.

En vérité, la plupart des journalistes qui sont restés jusqu’au bout n’ont pas envie d’écrire une critique. Pas parce qu’il n’est pas bon – certain-e-s écrivent leur meilleures critiques sur de mauvais films – mais certainement car il nous a épuisés par sa vacuité. Épuisés c’est le mot. Car il dure 174 minutes, que l’on sait dès le début (pas d’alerte spoiler, c’est évident pour tout le monde, on peut donc le dire) qu’ils ont une relation qui se situe dans la frange incestueuse, qu’ils vont bien finir par consommer le tabou, et que cela va finir par dégénérer dans une violence incontrôlable. Mais avant ce climax, qui réveille un peu, deux longues heures de digressions philosophiques sur le temps – Elena doit passer son examen de maturité à l’issue de ce week-end et elle demande à son frère de lui expliquer le temps. Cet aspect à d’ailleurs enragé de nombreuses journalistes qui ne « comprennent pas qu’en 2018, on reproduise un schéma du 19è siècle qui veut que la fille, qui doit bien être intelligente puisque c’est elle qui passe la maturité et pas lui, demande à son frère de lui expliquer le monde et ses choses ! ». Entre Saint Augustin et Heidegger, on les écoute, enfin surtout lui, pontifier sur le temps, la vérité, le hasard, la philosophie elle-même, etc.

— Josef Mattes, Julia Zange – Mein Bruder heißt Robert und ist ein Idiot | My Brother’s Name is Robert and He is an Idiot | Mon frère s’appelle Robert et c’est un idiot
© 2017 Philip Gröning

On comprend bien l’argument du film, une sorte de tragédie grecque, où des jumeaux qui doivent apprendre à se séparer, prendre leur distance pour pouvoir entrer dans leur vie d’adulte, luttent désespérément avec eux-mêmes et l’autre, et plus ils luttent pour s’éloigner, plus ils se rapprochent. In fine, on peut réfléchir tant qu’on veut sur le temps, la relation du passé-présent-futur, une fois que l’on a effectué un acte, on ne peut pas revenir en arrière. Mais est-ce une raison pour remplir presque trois heures de platitudes ?

Le seul aspect positif du film est sa photographie qui alterne les plans très rapprochés, de nombreux focus sur des détails, avec des plans très larges et ouverts qui mettent en relief le couple, seul dans son environnement, pour ne pas dire une autre évidence – son propre monde. Ce rendu cinématographique est également dû à la très belle lumière d’été et la location du tournage, une nature de carte postale avec ce champ jouxtant des bois et un lac d’un côté, et une route et la station-essence (seul bâtiment alentour – surtout la nuit, les plans sur cette station-essence ressemble à du Edward Hopper) où ils vont se ravitailler entre deux laïus.

Il y a cette jolie phrase qui revient dans le film : « der Grund der Zeit ist die Hoffnung » (la raison du temps est l’espoir, N.D.A.). Beaucoup de journalistes ont quitté la séance, d’autres ont lutté (c’est le terme qui revenait dans les conversations de ceux qui étaient restés) avec eux-mêmes pour ne pas sortir, peut-être à cause de cet espoir que quelque chose va tout de même sauver le film. Testé pour vous : il n’y a pas d’espoir au bout de ces longues 174 minutes. Inutile de vous les infliger !

De Philip Gröning; avec Josef Mattes, Julia Zange, Urs Jucker, Stefan Konarske, Zita Aretz, Karolina Porcari, Daniel Zillmann ; Allemagne, France, Suisse; 2018; 174 minutes.

Malik Berkati, Berlin                                      

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