Mostra 2017: Marvin, de la réalisatrice franco-luxembourgeoise Anne Fontaine, dans la section Orizzonti

Martin Clément (Finnegan Oldfield, nommé au César 2016 de meilleur espoir pour Les Cowboys), né Marvin Bijou, a fui. Il a fui son petit village des Vosges. Il a fui sa famille, la tyrannie de son père (Grégory Gadebois, nommé au César 2012 de meilleur espoir pour Angèle et Tony, qui offre ici une interprétation incroyable), la résignation de sa mère (la Belge Catherine Salée, Magritte 2014 de meilleur second rôle pour La vie d’Adèle). Il a fui l’intolérance et le rejet, les brimades auxquelles l’exposait tout ce qui faisait de lui un garçon «différent». Envers et contre tout, il s’est quand même trouvé des alliés, aidé dans son envol par Madeleine Clément (Catherine Mouchet), la principale du collège qui lui a fait découvrir le théâtre, et dont il empruntera le nom pour symbole de son salut. Et puis Abel Pinto, son modèle bienveillant (Vincent Macaigne) qui l’encouragera à raconter sur scène toute son histoire. Libre adaptation du roman autobiographique choc En finir avec Eddy Bellegueule d’Edouard Louis, succès de librairie en 2014, le film réunit une distribution de poids et compte encore Isabelle Huppert et Charles Berling.

— Isabelle Huppert et Finnegan Oldfield – Marvin
© La Biennale di Venezia

Marvin (magnifique interprétation du jeune Jules Porier), devenu Martin va prendre tous les risques pour créer ce spectacle autobiographique qui, au-delà du succès, achèvera de le transformer en achevant sa thérapie libératrice. Marvin est le protagoniste de l’histoire, un enfant grandissant dans la province française de Vosges, au sein d’une famille de travailleurs ayant des problèmes économiques, peu de culture et une forte insensibilité. Marvin non seulement est très timide et réservé, mais aussi homosexuel, tous les aspects qui ne font que fomenter la colère de quelques intimidateurs de l’école. Tous les ingrédients semblent réunis pour briser tous les espoirs de ce jeune garçon. Heureusement, il connaît par hasard le théâtre et l’action, qui deviennent bientôt son itinéraire d’évasion culturelle et sociale, bien que la route ne soit pas aussi simple que l’on pourrait penser … « Le théâtre te remet de te réaliser d’être toi-même », lui dit avec bienveillance Abel.

Cette telle histoire n’a pas beaucoup de marge de rire, surtout parce qu’elle combine des problèmes plutôt délicats tels que la rédemption sociale, le retard culturel des provinces (on suffoque dans cette atmosphère confinée du village où vit Marvin et où tous les agitants semblent consanguins), le problème de l’acceptation familiale et collective de l’homosexualité, malentendu, voire absence de communication entre les parents et les parents et les enfants et la découverte d’une passion. Pour adoucir cette charge abondante, nous trouvons le tissage, qui utilise un ajustement alternatif pour dire en parallèle les différentes périodes de la vie de Marvin, un garçon qui ne peut pas s’intégrer et s’exprimer complètement.

L’exutoire qui permettra de le sauver, ce sera l’art du théâtre, qu’il utilise. Même s’il est à Paris pour monter sur scène avec Isabelle Huppert qui interprète sa mère, un monologue écrit par lui-même, il présentera dans ce texte autobiographique tout ce qu’il ne parvient pas à  dire aux gens qu’il aime le plus, et l’extériorisera par l’action.

Certes, ce que nous voyons est une histoire bien gérée au niveau formel et entrelacé par les méandres relationnels: la direction est bonne et l’édition alternative entre passé et présent permet aux spectateurs aux spectateurs de garder leur attention constante sans sombrer dans la monotonie du récit chronologique. Cependant, comme cela  arrive souvent avec les films français, nous sommes témoins de l’abus du mot, trop sur le grand écran. En bref, il s’agit d’un film intelligent et bien réalisé, mais sans pointe particulière. Et si Jules Porier est troublant de vérité alors qu’il se fait abusé dans les toilettes de son collège, Finnegan Oldfield manque de crédibilité dans le rôle de ce jeune homosexuel devenu aulne libéré de son carcan éducationnel et familial. C’est regrettable d’autant plus quand Anne Fontaine met à tue-tête la canton de Stromae House’llelujah pour suriner son propos.

Firouz E. Pillet de la Mostra 2017, Lido

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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