La Daronne de Jean-Paul Salomé avec Isabelle Huppert

Patience Portefeux (Isabelle Huppert) est interprète judiciaire franco-arabe, spécialisée dans les écoutes téléphoniques pour la brigade des Stups. Lors d’une enquête, elle découvre que l’un des trafiquants n’est autre que le fils de l’infirmière dévouée, Khadija qui s’occupe de sa mère (Liliane Rovère). Elle décide alors de le couvrir tout en choisissant de renflouer ses finances. Elle se retrouve à la tête d’un immense trafic ; cette nouvelle venue dans le milieu du deal est surnommée par ses collègues policiers comme les petits dealers La Daronne.

— Isabelle Huppert – La Daronne
© Lydie Nesvadba

Adapté du roman éponyme de Hannelore Cayre, La Daronne, le film de Jean-Paul Salomé met en scène Isabelle Huppert dans le rôle dʹune traductrice franco-arabe qui sʹimprovise dealeuse de drogue, un rôle qui semble avoir beaucoup amusé l’actrice, qui multiplie les facéties et cabotine tout au long de cette comédie policière doucement amorale.

L’actrice de soixante-sept printemps n’a pas pris une ride et distille une incroyable énergie dans chaque scène : quand elle tranchante les immenses sacs de drague, quand elle se vêtit du hidjab et de la tunique mais aussi quand elle est appelée en urgence à la brigade pour traduire une audition durant une garde à vue.

Isabelle Huppert, qui a été à l’affiche de cinq films en 2019, semble infatigable et donne ardeur, audace, caractère servi avec un minois innocent qui permet à l’interprète de devenir l’intermédiaire de liaison qui trompe tout le monde, ou presque.

Si tous les comédiens incarnent parfaitement leur rôle, le film est porté par Isabelle Huppert qui donne l’impression de sincèrement s’amuse dans ce rôle un peu joyeusement décalé, transgressif, d’aucun diront peut-être amoral.

L’actrice incarne remarquablement cette femme manipulatrice aux airs de princesse du Golf, empêtrée dans des problèmes d’argent et familiaux, vivant au cœur de la communauté chinoise. Sa logeuse, grand observatrice silencieuse, sait tout mais reste muette comme une tombe car « discuter ne fait pas cuire le riz » mais interviendra à point nommé.

Énoncés de la sorte, tous ces éléments peuvent paraître une anthologie de clichés – les Arabes dealent, les Chinois vivante entre eux et règlent les problèmes au revolver, les policiers français ont toujours une longueur de retard, etc – mais il faut reconnaître que Jean-Paul Salomé concocte un harmonieux mélange empli d’humour. Harmonieusement, La Daronne mélange les genres, entre comédie, film policier et film romantique. Il est question d’une romance entre le chef de la brigade, Philippe (Hippolyte Girardot), une romance qui connaîtra quelques remous au fil de l’intrigue.

Le film met souligne le mélange social d’une France mixte où l’on parle aussi bien l’arabe que le chinois ou le yiddish … En effet, la mère de Patience, révèle, parmi ses souvenirs, qu’elle a échappé aux camps de la mort.

L’amoralité du personnage et ce bouillon de cultures ont immédiatement convaincu l’actrice, peu coutumière à évoluer dans des registres aussi comiques :

Cela fait partie de la richesse et de la complexité de l’histoire. C’est ce qui donne toute l’épaisseur et tout l’intérêt de ce film et de ce personnage qui traverse toutes ces situations: d’amitiés féminines, d’amoralisme, d’amoralité, de transgression

a expliqué Isabelle Huppert à nos collègues la RTS.

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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