Corsage – Le vernis de la légende de Sissi gratté de manière impitoyable par la cinéaste autrichienne Marie Kreutzer

Le dernier film consacré à Élisabeth de Wittelsbach, duchesse de Bavière, impératrice d’Autriche et reine de Hongrie, de Bohême et de Lombardie-Vénétie, est plus proche dans l’esprit et dans le visuel à la statue de l’impératrice érigée sur le Quai du Mont-Blanc, là où elle fut assassinée le 10 septembre 1898, que de la série de films fleur bleue d’Ernst Marischka, Sissi (1955-1957), avec Romy Schneider. La réalisatrice autrichienne Marie Kreutzer propose une version #metoo de cette femme corsetée dans les conventions de son rôle et sa condition de femme. Non seulement la cinéaste ne nourrit pas le mythe impérial, mais elle entaille avec audace les couches de maquillage et de masques façonnés pour la légende afin de la gratter jusqu’à l’os. Pour ce faire, Marie Kreutzer va chercher dans le corps de l’impératrice le cœur de son propos : les femmes sont emprisonnées dans une multitude de corsets, il s’agit de s’en émanciper. Le doigt d’honneur que fait Élisabeth face caméra, ainsi que les anachronismes qui jalonnent le film, rappellent sans ambivalence la modernité et l’acuité de Corsage. (…)

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Divertimento, de Marie-Castille Mention-Schaar, relate l’incroyable parcours des sœurs Zahia et Fettouma Ziouani. Rencontre

À dix-sept ans, Zahia Ziouani (Oulaya Amamra) rêve de devenir cheffe d’orchestre alors que sa sœur jumelle, Fettouma (Lina El Arabi), rêve de devenir violoncelliste professionnelle. Bercées depuis leur plus tendre enfance par la musique symphonique classique grâce à leurs parents (Zinedine Soualem et Naidra Ayadi), émigré.es algérien.nes de condition modeste mais qui consacrent toutes leurs économies aux sorties à l’opéra et aux cours de musique destinés à leurs filles au Conservatoire de Stains, les jumelles souhaitent à leur tour rendre la musique accessible à tous et dans tous les milieux sociaux. (…)

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Sundance Film Festival : Slow, de Marija Kavtaradze, aborde les méandres d’une relation tortueuse et atypique

Une jeune femme, Elena (Greta Grinevičiūtė), enchaîne les relations brèves et ne semble pas vouloir s’attacher à quiconque. Elle entretient une relation compliquée avec sa mère qu’elle ne voit quasiment pas et s’épanouit en tant que professeure de danse contemporaine. Le jour où la danseuse voit débarquer dans son cours Dovydas (Kęstutis Cicėnas), interprète en langue des signes, sa vie est chamboulée par ce garçon mystérieux qui l’attire car très différent des autres jeunes hommes de son âge. (…)

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Sundance Film Festival : la cinéaste flamande Veerle Baetens présente Het smelt (When It Melts) en première mondiale

L’année où Eva (la nouvelle venue, Rosa Marchant, qui interprète de manière époustouflante la jeune Eva) est née, seuls deux autres enfants sont nés dans le petit village flamand de Bovenmeer; tous deux sont des garçons. Eva et sa petite sœur Elisa (Charlotte Van Der Eecken) sont très proches, presque fusionnelles, pour se rassurer quand les disputes entre leurs parents éclatent. Le père (interprété par Sébastien Dewaele) se terre dans le déni, ignorant ses filles; la mère (interprétée par Naomi Vellisariou), peu affectueuse envers ses enfants, en particulier Eva qui quémande quelques marques d’affection, se noie dans l’alcool. (…)

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Tár, de Todd Field, amène Cate Blanchett à livrer une performance stupéfiante de virtuosité

Lydia Tár (Cate Blanchett), cheffe avant-gardiste d’un grand orchestre symphonique allemand, est au sommet de son art et partage sa vie entre concerts, répétitions avec l’orchestre qu’elle dirige et les cours qu’elle donne à l’École Julliard. Le lancement de son livre approche et elle prépare un concerto très attendu de la célèbre Symphonie n° 5 de Gustav Mahler. Lydia Tár partage sa vie avec Sharon Goodnow (Nina Hoss), son premier violon, avec laquelle elle a une petite fille, Petra. Une autre femme, Francesca Lentini (Noémie Merlant) musicienne dans l’orchestre, est très proche de Lydia Tár comme assistante dévouée et admirative de Lydia, voire un brin amoureuse. Tout semble couler de sources dans la vie de Lydia mais, en l’espace de quelques semaines, sa vie va basculer d’une façon singulièrement actuelle, les moyens de communication contemporaine aidant à la conduire à l’autel de l’opprobre international. (…)

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Avec son dernier long métrage, les Cyclades, Marc Fitoussi entraîne Laure Calamy et Olivia Côte dans un roadmovie jovial sur les thèmes du Grand Bleu, de la sororité et de la résilience. Rencontre

Adolescentes, Blandine (Olivia Côte) et Magalie (Laure Calamy) étaient inséparables et ont fait les quatre-cents coups, entre soirées vidéo et cocktails Malibu. Les années ont passé et les deux amies se sont perdues de vue. L’année 2019 marque leurs improbables retrouvailles : Blandine, quadragénaire divorcée et complexée, mais surtout dépressive, tente une thérapie par le rire, offerte par son fils Benjamin (Alexandre Desrousseau). Ce dernier, qui emménage en colocation, s’inquiète de la voir aigrie et seule, décide de lui organiser un dîner au restaurant avec celle qui était sa meilleure amie au collège, Magalie. (…)

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Sortie romande d’Alcarràs (Nos soleils) de Carla Simón, Ours d’or à la Berlinale 2022: la fin de l’époque de l’agriculture familiale filmée à fleur de peau

Présenté en compétition à la Berlinale 2022, Alcarràs, de la cinéaste catalane Carla Simón, est reparti du festival avec l’Ours d’or, à la (bonne) surprise de nombre de festivaliers. Le film sort ce mercredi sur les écrans romands. (…)

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Lichtspieler (Que les lumières soient), de Hansmartin Siegrist, rend un hommage richement documenté à un vendeur de savons, pionnier méconnu du cinéma helvétique : François-Henri Lavanchy-Clarke

François-Henri Lavanchy-Clarke (1848-1922) est presque oublié en Helvétie alors qu’il fut le plus important pionnier suisse du cinéma, ambassadeur de son pays pour le septième art, car plus connu sur la scène internationale que dans son propre pays. (…)

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24e édition du Festival International de films indépendants de Genève – Black Movie du 20 au 29 janvier 2023

Comme ses homologues, le festival retrouve enfin le chemin des salles de cinéma ! La pandémie a cependant laissé une trace numérique – que certains autres festivals internationaux activent également, d’autres revenant complètement à leurs fondamentaux du présentiel – sur le festival qui garde un volet numérique géobloqué sur la Suisse, du 24 au 29 janvier. La directrice artistique du festival, Maria Watzlawick, explique la raison de ce choix sous un angle très intéressant qui s’éloigne des poncifs sur le côté pratique et les possibilités accrues pour toucher les acteurs de l’industrie du cinéma : (…)

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Rencontres croisées avec la réalisatrice Ursula Meier et Stéphanie Blanchoud, actrice et co-scénariste de La Ligne

Présenté en compétition à la Berlinale 2022, le film sort enfin sur les écrans romands et français ce mercredi, avant l’Allemagne le 23 janvier et la Belgique le 1er février. La Ligne est un film d’une richesse infinie, avec cette particularité de ne jamais sur-expliquer les choses et de ne pas tomber dans les stéréotypes. Chacun∙e y trouve une, dix thématiques qui touchent, chacun∙e y trouve quelque chose d’intime à y picorer… et si d’aventure cela ne serait pas le cas, difficile d’y rester insensible, car le tout déferle comme un vague de l’écran vers le spectateur∙trice, de manière cathartique comme on se plaît à ressentir de nos jours, ou bien, selon les sensibilités, de manière négative : le cinéma, c’est cela aussi, pas besoin d’aimer un film, s’il vous submerge, même négativement, c’est qu’il atteint un angle mort de l’inconscient que peut-être les images percent mieux que les mots. (…)

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