Histoire d’un regard, à la recherche de Gilles Caron, de Mariana Otero : une immersion passionnante dans l’optique et la vie trépidante du photoreporter

[MàJ: la critique avait été mise en ligne le 12 janvier 2021 lors de sa mise en ligne sur la plateforme suisse de VoD Filming. Nous republions exceptionnellement la critique, le film est à nouveau dans les salles romandes qui ont rouvert dans le respect des nouvelles mesures sanitaires édictées par le Conseil fédéral, N.D.L.R.]
Gilles Caron, photoreporter pour l’agence Gamma, disparaît brutalement au Cambodge en 1970 alors qu’il est au sommet d’une carrière fulgurante de photojournaliste. Gilles Caron a tout juste trente ans et parcourt les zones en conflit, laissant sa femme Marianne et leurs deux filles en bas âge, Clémentine et Marjolaine, en France.
En l’espace de six ans, Gilles Caron a été l’un des témoins majeurs de son époque, couvrant pour les plus grands magazines la guerre des Six Jours, mai 68, la désolation et la famine au Biafra, le conflit nord-irlandais, l’arrivée des Khmers rouges au Cambodge ou encore la guerre du Vietnam.
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Alain Bittar, directeur de l’ICAM, a accueilli virtuellement Leïla Bahsaïn qui présente son nouveau roman, La Théorie des aubergines

En 1979,  Alain Bittar crée la Librairie arabe L’Olivier qui continue depuis quatre décennies à établir un trait d’union entre la Suisse et le Monde arabe. La librairie regroupe le livre, la musique ainsi qu’une Galerie d’Art spécialisée dans l’Art contemporain mais L’ICAM – L’Institut des cultures arabes et méditerranéennes – organise aussi l’accueil de concerts, de rencontres littéraires, en présence, bien évidemment en temps normal. Mi-avril 2021, l’ICAM a organisé une rencontre virtuelle avec Leïla Bahsaïn, disponible pour présenter son second roman, La Théorie des aubergines aux éditions Albin Michel. (…)
Lorsque sa protagoniste perd son poste de rédactrice dans une agence de publicité, Dija se voit proposer de rejoindre une entreprise d’insertion par la cuisine. L’atmosphère est chaleureuse et sympathique, les effluves délicieuse et les participants à cet atelier bigarrés : il y a Véronique, l’infirmière en burn-out; Jean, le grand timide; Gérald, un repris de justice à la petite semaine; Johnny-Bryan, un altruiste opposé à l’idée même de travail … D’autres personnages, tout aussi attachants et hauts en couleur, les rejoindront. Sous la houlette optimiste du chef Achour, convaincu des bienfaits de l’esprit collectif et de l’entraide, cette jolie assemblée d’âmes brisées va apprendre à s’apprivoiser en se réconciliant avec les saveurs de la vie.
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Master Cheng, de Mika Kaurismäki : dégustation d’un won sino-lapon fait de respect mutuel, de bienveillance, le tout enrobé de paysages à la beauté picturale

[MàJ: la critique avait été mise en ligne le 3 novembre 2020 le jour de son lancement… et de la fermeture des lieux culturels pour raisons sanitaires Covid-19. Nous republions la critique, le film est à nouveau dans les salles romandes qui ont rouvert dans le respect des nouvelles mesures sanitaires édictées par le Conseil fédéral, N.D.L.R.]
Voici les ingrédients que propose Master Cheng (Masteri Cheng), le dernier opus de Mika Kaurismäki : cuisine chinoise, paysages de Laponie, rencontre de deux cultures différentes, amitié, amour.
Après la mort de sa femme, le chef professionnel Cheng (Chu Pak Hong) quitte la trépidante Shanghai pour se rendre à Pohjanjoki, un minuscule village du Nord de la Finlande, à la recherche d’un certain Fongtron. Ce quadragénaire débarque donc avec son jeune fils, Nunjo (Lucas Hsuan), dans ce village isolé de Finlande pour rencontrer ce vieil ami finlandais qu’il a rencontré à Shanghai et qui lui a sauvé la mise dans le passé. À son arrivée, personne dans le village ne semble connaître son ami mais la propriétaire du café local Sirkka (Anna-Maija Tuokko) lui propose un hébergement et, en contrepartie, Cheng l’aide dans la cuisine en surprenant les habitants avec les saveurs exotiques de la cuisine chinoise qui ravissent les palais lapons.
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Laurent-Frédéric Bollée et Maran Hrachyan ont réuni leur art pour signer un magnifique roman graphique sur Patrick Dewaere, sorti chez Glénat

L’épigraphe en début d’album résume la philosophie du comédien :
« Moi je crois que plus on s’abîme, plus on est beau ».
Glénat propose un remarquable ouvrage, signé Laurent-Frédéric Bollée et Maran Hrachyan, sur le comédien Patrick Dewaere, au titre éponyme et qui porte le sous-titre À part ça la vie est belle.

Cet album, sorti en début d’année, amène les lectrices et les lecteurs plus âgés à se replonger avec bonheur dans ce destin à la fois et tragique de cet écorché vif. Les plus jeunes générations pourront découvrir l’incroyable parcours de cet acteur grâce à cet ouvrage, qui conjugue avec harmonie, poésie l’œuvre passionnante et la vie à l’issue dramatique de cet icône du cinéma français, décédé à trente-cinq ans après avoir joué dans trente-sept films et vingt-sept pièces de théâtre. Les affiches des films cultes du cinéma français des années 1970 rappelle la palette de rôles que Patrick Dewaere a incarnés sur grand écran, dans, entre antres, Les valseuses (1974) donnant la réplique à Gérard Depardieu, Adieu poulet (1975), Coup de tête ou Série noire (1979).
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Petites danseuses, d’Anne-Claire Dolivet : immersion dans la vie de jeunes élèves d’une des disciplines du sixième art

À quoi ressemble la vie de petites filles qui rêvent de devenir des danseuses étoiles ? Ces petites danseuses ont entre six et dix ans. À la maison, à l’école ou dans la rue, elles vivent la danse avec passion. Mais comment grandir dans un monde de travail intensif, d’exigence et de compétitions quand on est si petite ?
Dès la première séquence, la caméra d’Anne-Claire Dolivet filme une jeune fille, pratiquant le grand écart sur un parquet, maintenant la pose sans ciller. La réalisatrice entre immédiatement de plein fouet au cœur du sujet de son documentaire, filmant ces jeunes filles et ces fillettes non seulement dans leur vie quotidienne dans les salles de danse, mais aussi à l’école, dans le préau, avec leurs amies, dans le métro, des écouteurs rivés dans les oreilles ou en famille. Ces petites danseuses nous semblent si proches, si familières qu’on aurait presque envie de traverser l’écran pour assister à leurs cours, à leurs auditions, à leurs moments de complicité et de rires avec leurs amies lors d’un anniversaire … Mais la danse n’est jamais loin : même lors de cette soirée d’anniversaire, les jeunes filles s’amusent à singer leur enseignante de danse, les experts des auditions, dans une sorte de mise en abyme qui amuse tout en questionnant.
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Il mio corpo, de Michele Pennetta : dans le Sud de l’Europe, les invisibles révélés par l’objectif poético-politique du cinéaste italien

l mio corpo s’ouvre sur le visage d’un jeune garçon qui somnole, le visage appuyé à une fenêtre de voiture. Les secousses du véhicule semblent bercer sa somnolence alors que la caméra élargit le plan pour s’arrêter sur le visage d’un deuxième adolescent. Puis la caméra suit la route poussiéreuse qui serpente; au loin chantent les cigales. Soudain, la camionnette brinquebalante s’arrête sur le bas-côté de la route et le conducteur se met à houspiller les deux adolescents afin qu’ils se dépêchent de se mettre au travail.
Sous le soleil éblouissant et écrasant de la Sicile, dans un paysage aride ponctué de quelques buissons clairsemés, Oscar (le premier visage que nous a dévoilé la caméra de Michele Pennetta), pré-adolescent au visage encore poupin et à la coiffure punk, passe ses journées à récupérer avec son frère aîné, Roberto, de la ferraille pour son père qui la vend. Oscar passe sa vie dans des déchèteries sauvages en bordure de route ou en bas des ponts du haut desquels le père crie des ordres et attend que les deux garçons attachent à une corde des objets à remonter. La caméra de Michele Pennetta suit lentement l’ascension verticale des objets récoltés comme pour rappeler à l’ordre cette soif de consommation et la confronter à sa responsabilité : là où la société ne voit que des rebus, d’autres y dénichent des trésors.
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Le septième art en deuil : disparition de Bertrand Tavernier, un immense cinéaste et un cinéphile inconditionnel

Le monde du septième art est ébranlé par la triste nouvelle à l’annonce de la disparition de Bertrand Tavernier et salue tant le cinéaste humaniste, et engagé, le cinéphile érudit et l’homme, qui dénonçait farouchement les injustices. L’Institut Lumière à Lyon, dont Bertrand Tavernier était le président, a annoncé la disparition de Bertrand Tavernier ce jeudi 25 mars 2021, s’associant à la peine de ses proches dont son fils Nils, acteur et cinéaste, et sa fille Tiffany, romancière, scénariste et assistante réalisatrice. Le cinéaste, scénariste, dialoguiste, producteur et écrivain s’est éteint à Sainte-Maxime, dans le Var à l’âge de septante-neuf ans, un mois jour pour jour avant son quatre-vingtième anniversaire.
Cinéphile dès l’enfance
Atteint très jeune dans sa santé (tuberculose), Bertrand Tavernier était emmené au cinéma par ses parents dans sa ville natale, Lyon, et avait volontiers que le septième art lui servait de « béquille » pour supporter la maladie.  Ce feu sacré ne l’a jamais plus quitté et cet immense cinéphile avait créé dans ses jeunes années le ciné-club Nickelodéon, avant de devenir attaché de presse, assistant de Jean-Pierre Melville, puis lui-même réalisateur.
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Cérémonie des Prix du cinéma suisse 2021 – Édition en ligne et films à la demande à voir jusqu’au 28 mars (gratuitement les 27 et 28 mars pour les vainqueurs)

Que les cinéphiles d’Helvétie se réjouissent ! Si les salles de cinéma demeurent fermées pour l’instant pour les spectatrices et les spectateurs, le septième art vient à elles et à eux par le biais de la Cérémonie des Quartz ! La cérémonie de remise du Prix du cinéma suisse se tiendra le vendredi 26 mars 2021 à 19h00. Cet événement, très apprécié par les professionnels, par la presse comme le public suisse, sera diffusé en live-stream sur le site : www.quartz.ch
Semaine des nominés
La Semaine des nominés, organisée par l’Association « Quartz » Genève Zürich, aura lieu cette année du lundi 22 au dimanche 28 mars. Les films nominés pourront être vus en ligne du lundi 22 au vendredi 26 mars sur les sites des cinémas partenaires que sont Les cinémas du Grütli de Genève ainsi que le Filmpodium de Zurich dont voici les sites : www.cinemas-du-grutli.ch , www.filmpodium.ch

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FIFDH 2021 : dans la Compétition fiction, Les racines du monde, de Byambasuren Davaa vite à un voyage poétique tout en faisant réfléchir sur les menaces de la mondialisation

Accompagné par des complaintes envoûtantes d’un violon, le film de Byambasuren Davaa s’ouvre sur de vastes étendues aux tons impressionnistes et chatoyants, la caméra s’approche progressivement d’une voiture qui file au travers de ces immenses plaines où la nature semble préservée de prime abord.
Au milieu de la steppe mongole, Amra, douze ans, grandit dans une communauté nomade traditionnelle dans une yourte. Sa maman, Zaya (Enerel Tumen), fait paître le troupeau de chèvres, confectionne des fromages de chèvre qu’elle confie à Amra pour les vendre sur le marché de la ville et parcourt les steppes à cheval. Le matin, Amra est conduit à l’école par son père, Erdene (Yalalt Namsrai), le soir il aide à conduire le troupeau de moutons et de chèvres à la yourte.
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FIFDH 2021 : Silence Radio, de Juliana Fanjul, propose une immersion intense aux côtés de la journaliste mexicaine Carmen Aristegui dans son combat pour la liberté d’expression et la vérité

Pour son deuxième long-métrage, Silence Radio, qui a fait sa première mondiale au Festival de Zurich dans le cadre de la Compétition internationale des documentaires, la réalisatrice mexicaine installée en Suisse Juliana Fanjul reste dans son Mexique natal mais en changeant totalement de sujet. Son premier film, Muchachas, accompagnait au quotidien un groupe de femmes de l’ombre – les gouvernantes qui assurent l’intendance des opulentes demeures de riches familles mexicaines. Changement de registre pour ce second film : Juliana Fanjul a choisi de mettre en lumière la journaliste Carmen Aristegui, la voix indépendante des médias mexicains qui révèle, informe, dénonce les vices et les sévices du Mexique, en particulier son intrinsèque corruption. En effet, dans la masse de médias à la solde des personnes qui décident des informations, la journaliste multiprimée, Carmen Aristegui, résiste et ne cède pas aux pressions au risque de sa vie. Ce qui lui importe, c’est la vérité ! 
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