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Becoming Led Zeppelin : un voyage dans le temps, aux origines du groupe, juste avant leur succès fracassant

Près de quarante-cinq ans après la dissolution du légendaire groupe, le cinéaste britannique Bernard MacMahon signe le premier documentaire officiel sur Led Zeppelin.

Becoming Led Zeppelin de Bernard MacMahon
Image courtoisie Sony Pictures Releasing Switzerland GmbH

Disons-le d’emblée : ce premier documentaire reste centré sur la genèse du célèbre groupe britannique et sur son ascension fulgurante à la fin des années 1960. Sur les frasques de certains membres du groupe, on n’en saura pas plus ; ces éléments sont mis à l’index, exigence du groupe oblige.

Becoming Led Zeppelin explore donc les origines du groupe iconique ainsi que son succès soudain et inattendu en à peine un an. Avec de nombreuses images d’archives et des performances musicales psychédéliques inédites, l’odyssée cinématographique de Bernard MacMahon explore l’histoire créative, musicale et personnelle de Led Zeppelin. Le film est raconté par ses membres qui semblent se livrent directement au public. Il s’agit du premier documentaire autorisé par le groupe qui a refusé de très nombreuses sollicitations et propositions auparavant. En effet, Jimmy Page, considéré comble leader du groupe, avait décliné toutes ces offres qui auraient axé le film sur l’aspect « sex, drugs & rock’n’roll » et non sur la musique, en particulier l’innovation du jeu et du son qu’a apporté le groupe.

Quand les membres du groupe se rencontrent et tombent sous le charme du jeu musical de chacun, d’autres groupes de rock déchaînent les foules de groupies hystériques et remplissent des salles de concert : on songe aux quatre garçons dans le vent venus de Londres qui bouleversent l’histoire du rock depuis plusieurs années mais dont The Rooftop Concert, le 30 janvier 1969 à Saville Row, sur le toit des studios Apple Corps, à Londres, a scellé leur dernière apparition publique. Dans la foulée des Beatles, citons The Rolling Stones, tout aussi Londoniens que les premiers mais plus déjantés et échevelés, et The Who, plus orientés rythm and blues, et enfin The Kinks au style plus bigarré mêlant allègrement American R&B, rock and roll, British music hall, folk, country.

Pour l’anecdote, précisions que c’est grâce au batteur du groupe The Who que Led Zeppelin a été baptisé ainsi : Bonham est, durant un temps, l’élève de Keith Moon, le batteur emblématique du groupe The Who et ce serait ce même Keith Moon, comparant la brutalité du son de Bonham à l’écrasement d’un « zeppelin de plomb » (« lead zeppelin » en anglais), qui en aurait suggéré l’idée aux quatre musiciens. L’anecdote est jolie mais peut-être empreinte de liberté poétique.

La fin des sixties bouillantes rugit de colère et frémit d’expérimentations  avec les décibels de Deep Purple, de Jeff Beck, de Jimi Hendrix, de Jim Morrison et The Doors, de David Bowie, du groupe Protopunk The Stooges avec Iggy Pop et encore de tant autres. Après cette contextualisation de l’époque musicale à la fin des sixties, que quelques images d’archives en noir et banc rappellent dans le documentaire, revenons à l’ascension foudroyante du groupe qui inventa le hard rock, puis ultérieurement le rock psychédélique.

Bernard MacMahon a coécrit ce documentaire avec sa productrice Allison McGourty et le tandem a arpenté tous les États-Unis pour fouiller greniers et caves afin de dénicher des archives, des enregistrements, des photographies, de la documentation. Le duo a sollicité les membres légendaires qui interviennent, distillant moult anecdotes (celles que le public est autorisé à connaître). Ainsi, entre archives de captations de concerts et images du contexte socio-politique, Jimmy Page (81 ans), Robert Plant (76 ans) et John Paul Jones (79 ans) livrent leurs souvenirs sur leurs rencontres et la formation de leur groupe. Un groupe qui, le 4 décembre 1980, alors considéré comme l’un des plus grands groupes de rock du siècle dernier, annonçait par communiqué de presse la fin définitive d’une carrière sans précédent. Leur décision était prise : pour eux, sans leur batteur John Bonham, Led Zeppelin ne pouvait plus exister.

Comme nombre d’artistes appartenant à cette génération qui jouait à expérimenter diverses substances et à flirter avec les limites, Bonham avait été retrouvé mort le 25 septembre 1980 dans son lit au domicile de Jimmy Page à Windsor, où devaient avoir lieu les répétitions de la prochaine tournée du groupe. John Bonham avait consommé une quantité excessive d’alcool la nuit précédente et s’était étouffé avec son propre vomi.

Alternant les entretiens avec les trois membres du groupe et les séquences live, le documentaire apporte un élément précieux et émouvant : une interview inédite du regretté John Bonham qui parle, par exemple, des premières sessions en tant que Led Zeppelin : « Quand nous avons joué ensemble pour la première fois, nous étions perplexes quant à la qualité du son. ». Bonham était considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs batteurs de l’histoire du rock. Ce mélange qui maintient un rythme narratif soutenu et capte l’attention du public a été qualifié par d’aucuns d’hybride entre un documentaire et un film de concert. Pourtant, c’est cette alternance qui en fait la qualité.

Autre atout majeur de ce documentaire : la bande-son exceptionnelle qui comporte des titres comme Good Times, Bad Times, Communication Breakdown, Whole Lotta Love, Heartbreaker, Ramble On et le mythique Stairway of Heaven sorti en 1971. C’est cette même année que leurs deux premiers disques sont sortis, électrisant le public avec des sons qui semblent venus d’ailleurs comme ces foudroyantes explosions de rifts électriques gorgés de blues, qui secouent les uns et qui obligent les autres à se boucher les oreilles avec leurs mains comme on le voit dans une captation de concert.

L’heure est aux décibels poussés à outrance, aux bandes Revox passées à l’envers sur la tête de lecture pour créer des sons amplifiés et des échos. Led Zeppelin scelle la collusion et la cohésion du guitariste leader Jimmy Page avec le chanteur Robert Plant, le bassiste John Paul Jones et le batteur John Bonham. Led Zep, comme le public les surnomme dorénavant, va poser des bases déterminantes pour le genre musical désormais en vogue, le hard rock, tandis qu’à la même époque, toujours en Angleterre, Black Sabbath concocte une variante rock plus lourde, gothique et lugubre : le heavy metal.

Bien évidemment, il faut apprécier le rock de cette époque pur apprécier le documentaire, mais soulignons que toute la première partie est consacrée aux artistes des sixties comme, par exemple, Little Rochard, Shirley Bassey, The Yardbirds, Carter Lewis and the Southerners, Johnny Kidd and The Pirates, entre autres. Bref, la bande-son peut contenter tout le monde et n’est pas uniquement dédiée au rock psychédélique et au hard rock.

On ressort de la projection vivifié par ces images d’archives et ces concerts, comme si nous y avions assisté. L’émotion est palpable lors des confidences, notamment cette interview posthume de Bonham. Cependant, une pointe de frustration demeure : l’absence de détails sur le comportement sulfureux, voire scandaleux, des artistes en dehors de la scène. Le refus obstiné des membres du groupe de s’exprimer à ce sujet reste inchangé, tout comme leur décision de cesser toute activité après la mort de leur batteur, malgré la pression considérable exercée par leur maison de disques.

Becoming Led Zeppelin est indubitablement un documentaire rock inspiré, inspirant et perspicace sur la création du groupe, idéal pour les amateurs de musique et les passionnés de Led Zep mais pour un documentaire exhaustif, il faudra encore patienter !

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée/based Genève)

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