Histoire d’un regard, à la recherche de Gilles Caron, de Mariana Otero : une immersion passionnante dans l’optique et la vie trépidante du photoreporter

[MàJ: la critique avait été mise en ligne le 12 janvier 2021 lors de sa mise en ligne sur la plateforme suisse de VoD Filming. Nous republions exceptionnellement la critique, le film est à nouveau dans les salles romandes qui ont rouvert dans le respect des nouvelles mesures sanitaires édictées par le Conseil fédéral, N.D.L.R.]
Gilles Caron, photoreporter pour l’agence Gamma, disparaît brutalement au Cambodge en 1970 alors qu’il est au sommet d’une carrière fulgurante de photojournaliste. Gilles Caron a tout juste trente ans et parcourt les zones en conflit, laissant sa femme Marianne et leurs deux filles en bas âge, Clémentine et Marjolaine, en France.
En l’espace de six ans, Gilles Caron a été l’un des témoins majeurs de son époque, couvrant pour les plus grands magazines la guerre des Six Jours, mai 68, la désolation et la famine au Biafra, le conflit nord-irlandais, l’arrivée des Khmers rouges au Cambodge ou encore la guerre du Vietnam.
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Petites danseuses, d’Anne-Claire Dolivet : immersion dans la vie de jeunes élèves d’une des disciplines du sixième art

À quoi ressemble la vie de petites filles qui rêvent de devenir des danseuses étoiles ? Ces petites danseuses ont entre six et dix ans. À la maison, à l’école ou dans la rue, elles vivent la danse avec passion. Mais comment grandir dans un monde de travail intensif, d’exigence et de compétitions quand on est si petite ?
Dès la première séquence, la caméra d’Anne-Claire Dolivet filme une jeune fille, pratiquant le grand écart sur un parquet, maintenant la pose sans ciller. La réalisatrice entre immédiatement de plein fouet au cœur du sujet de son documentaire, filmant ces jeunes filles et ces fillettes non seulement dans leur vie quotidienne dans les salles de danse, mais aussi à l’école, dans le préau, avec leurs amies, dans le métro, des écouteurs rivés dans les oreilles ou en famille. Ces petites danseuses nous semblent si proches, si familières qu’on aurait presque envie de traverser l’écran pour assister à leurs cours, à leurs auditions, à leurs moments de complicité et de rires avec leurs amies lors d’un anniversaire … Mais la danse n’est jamais loin : même lors de cette soirée d’anniversaire, les jeunes filles s’amusent à singer leur enseignante de danse, les experts des auditions, dans une sorte de mise en abyme qui amuse tout en questionnant.
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FIFDH 2021 : Silence Radio, de Juliana Fanjul, propose une immersion intense aux côtés de la journaliste mexicaine Carmen Aristegui dans son combat pour la liberté d’expression et la vérité

Pour son deuxième long-métrage, Silence Radio, qui a fait sa première mondiale au Festival de Zurich dans le cadre de la Compétition internationale des documentaires, la réalisatrice mexicaine installée en Suisse Juliana Fanjul reste dans son Mexique natal mais en changeant totalement de sujet. Son premier film, Muchachas, accompagnait au quotidien un groupe de femmes de l’ombre – les gouvernantes qui assurent l’intendance des opulentes demeures de riches familles mexicaines. Changement de registre pour ce second film : Juliana Fanjul a choisi de mettre en lumière la journaliste Carmen Aristegui, la voix indépendante des médias mexicains qui révèle, informe, dénonce les vices et les sévices du Mexique, en particulier son intrinsèque corruption. En effet, dans la masse de médias à la solde des personnes qui décident des informations, la journaliste multiprimée, Carmen Aristegui, résiste et ne cède pas aux pressions au risque de sa vie. Ce qui lui importe, c’est la vérité ! 
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FIFDH 2021 : Her Mothers (Anyáim története), des réalisatrices Asia Dér et Sári Haragonics, ou de la difficulté de l’homoparentalité dans la Hongrie de Viktor Orbán

Concourant dans la compétition de la 19ᵉ édition du Festival du film et forum international sur les droits humains, le deuxième film documentaire d’Asia Dér et premier de Sári Haragonics, Her Mothers (Anyáim története), a fait sa première mondiale à Hot Docs puis a concouru à Sarajevo et Minsk.  Her Mothers accompagne la vie quotidienne d’un couple de femmes, Virág et Nóra, qui se bat pour adopter une enfant rom dans la Hongrie de Viktor Orbán.
Le film commence avec un couple de femmes qui colle des photographies dans un album et s’interrogent sur le choix des images, leur disposition, les commentaires à y inscrire.     Alors que le climat politique hongrois se radicalise de plus en plus, Virág, anciennement politicienne écologiste et membre du Parlement, a perdu confiance dans le parlement démocratique hongrois et a choisi de se retirer de la politique. Sa partenaire Nóra, est bassiste dans un groupe de drum & bass dans la lignée de Kosheen. Elles décident d’adopter une fillette. Elles hésitent sur la méthode, interrogent leur entourage et passent en revue les arguments de chaque possibilité. Pourquoi ne pas demander au frère de Virág qu’il donne sa semence à Nóra ?
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Berlinale 2021 – compétition : Herr Bachmann und seine Klasse (Mr Bachmann and His Class) de Maria Speth remporte l’Ours d’argent – Prix du Jury

Qui ne se souvient pas d’un prof d’école préféré ou exécré ? Les années d’école obligatoire sont pour la plupart des enfants déterminantes dans le reste de leur parcours scolaire et d’adultes en devenir. Parfois, l’école c’est l’enfer qui plonge dans la phobie scolaire, parfois la double peine quand on est livré à soi-même à la maison et à la traîne à l’école, et d’autre fois c’est le visa pour l’épanouissement. Quand on entre dans la classe de Monsieur Bachmann, on est pas sûr de finir sur les voies les plus prestigieuses d’étude, mais on est sûr d’être accueilli avec bienveillance, d’être écouté, de pouvoir s’exprimer et surtout d’être accompagné sur le chemin de l’année scolaire, au-delà même, jusque dans l’interface avec les parents.  
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FIFDH 2021 : le film d’Alina Gorlova, This Rain Will Never Stop, invite les spectateurs à un éprouvant périple entre guerre et paix

Le film plonge les spectateurs dans une atmosphère anxiogène dès la séquence d’ouverture qui agresse les yeux, faisant se succéder des photographies en noir et blanc colorisées qui défilent tels des éclairs. Puis la caméra d’Alina Gorlova balaie un paysage désolé.
Chapitre zéro : un village où il n’y pas âme qui vive. La caméra se rapproche d’une silhouette : un homme sexagénaire, assis sur les marches qui mènent à sa maison, s’allume une cigarette, caressant un chaton : « Tu vois, chaton ! On a survécu à cette journée. Tu survivras au Nouvel An ! » Au loin retentissent des aboiements. On comprend que ce village se trouve dans une région en guerre… La Crimée certainement vu que le vieil homme s’exprime en ukrainien. Puis la caméra d’Alina Gorlova entraîne les spectateurs dans un périple poignant et visuellement hypnotique à travers le cycle perpétuel de guerre et de paix, un cycle que l’humanité traverse depuis des millénaires.
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Les rivières de Mai Hua ou l’autopsie d’une généalogie contrariée, parfois bafouée

Proposé par Sister Distribution sur la plateforme suisse filmingo.ch, Les rivières, film documentaire de et avec Mai Hua est une quête intime voire très intime et universelle sur une lignée de femmes et les enjeux de la mémoire familiale. Une mémoire douloureuse, parfois enjolivée, très souvent occultée afin de ne pas se confronter à une réalité éprouvante.

Mai Hua, femme française d’origine vietnamienne, est une mère divorcée qui vit avec ses deux enfants. En 2013, Mai Hua et sa mère décident de ramener sa grand-mère mourante en France. Alors que la grand-mère renaît de manière miraculeuse, un passé non résolu refait surface : Mai Hua devient l’héritière d’une mémoire familiale emplie de chapitres tus, enfouis et enrobés dans une version censée satisfaire tout questionnement. Sentant le poids des non-dits pesait sur elle, Mai Hua ne veut pas transmettre un tel héritage à sa fille. À travers cette lignée de femmes et sa quête de vérité, la réalisatrice plonge dans une archéologie familiale à la fois intime et universelle.
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Love and Death in Montmartre d’Evans Chan – Une plongée dans la courte de vie de Qiu Miaojin, figure de proue littéraire de la communauté LGBTQI asiatique

Evans Chan, peut-être plus connu pour ses films documentaires militants concernant la lutte démocratique à Honk Kong (Raise The Umbrallas, 2016, film pour lequel il nous avait accordé un entretien ; ou son dernier film We Have Boots, 2020), est un artiste multiforme, cinéaste, librettiste, dramaturge, traducteur et éditeur (dont trois livres de Susan Sontag). Avec Love and Death in Montmartre (2019), le réalisateur hongkongais renoue avec un cinéma documentaire plus complexe que l’exposition et le protocole de faits, flirtant avec l’onirisme et l’interprétation du réel, sans pour autant le distordre ni l’expurger de son caractère d’engagement.
À voir gratuitement jusqu’au 10 novembre au Festival international Signes de nuit, passé en ligne pour cause de pandémie.

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#FridayForFuture! Le documentaire I am Greta, de Nathan Grossman, suit la jeune activiste écologiste de sa suède natale à travers le monde

Présenté hors compétition à la 77ème Mostra de Venise, au Festival de Toronto 2020 et dans la section Documentaires pour le climat du Festival Millenium qui se déroule du 16 au 25 octobre à Bruxelles, le documentaire I am Greta suit la jeune activiste du climat Greta Thunberg.

Pendant une année, Nathan Grossman a suivi la jeune Greta Thunberg, accompagnée de son père. D’abord seule, brandissant une pancarte «Strejk för klimatet » (Grève pour le climat) assise devant le Parlement suédois.

« Si vous ne vous souciez pas de mon avenir sur terre, pourquoi devrais-je me soucier de mon avenir à l’école ?»

répond Greta à une passante qui lui dit qu’elle ferait mieux dee retourner sur les bancs d’école d’étudier pour son avenir. Pour Greta, qui accumule les lectures sur la réalité de notre planète, les chiffres parlent d’eux-mêmes et le constat est alarmant.

« À quoi bon m’inquiéter de mon avenir scolaire si l’existence même d’un avenir n’est plus certaine ? »
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Sous la peau, de Robin Harsch, suit la transformation de trois adolescents et sonde les questions de genres

Le documentaire Sous la peau, de Robin Harsch, commence avec la voix off du cinéaste qui filme ses deux fils, en bas âge, et se questionne :

« Si mon fils un jour m’avouait qu’il aimerait changer de sexe, je pense que le sol s’effondrerait sous mes pieds. Ce qui me sauverait peut-être serait de le comprendre un peu. Mais comment ? Pendant deux ans, j’ai suivi trois  jeunes Trans* avancer sur ce champ de bataille où s’affrontent questions de genre, et surtout, d’identité. »
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