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La Maison des femmes de Mélisa Godet – Un refuge pour se reconstruire. Rencontre

Pour son premier long métrage, Mélisa Godet écrit et réalise un récit choral ancré dans une structure à la fois fragile – menacée de perdre son financement – et protectrice pour les femmes victimes de violences qui y sont prises en charge. Au-dehors, elles sont menacées, brutalisées, violées, mutilées, et leur souffrance est ignorée. Ici, elles sont écoutées, soutenues, aidées et crues. Inspirée de la réelle création de la Maison des femmes de Saint-Denis par la docteure Ghada Hatem-Gatzer, dont le projet a depuis essaimé sur tout le territoire français.

La Maison des femmes de Mélisa Godet
© Marie Rouge

Le point de vue qu’adopte la réalisatrice est celui des soignant·es tout en imbriquant de manière fluide une seconde ligne narrative qui suit quelques patientes. Car si le sujet des abus physiques et psychologiques que subissent les femmes est un sujet brûlant, il a souvent fait l’objet de films de fiction ou de documentaires. Mais que se passe-t-il après ces violences ? Mélisa Godet nous ouvre, à travers le personnage d’Inès (Oulaya Amamra), jeune interne qui vient faire son stage à la Maison des femmes avant de rejoindre une fois son diplôme acquis l’équipe d’une clinique privée dans un quartier chic de Paris, un espace de réparation tant physique que psychique pour des femmes en état de grande vulnérabilité.

Le combat des soignant·es se fait au jour le jour, pied à pied avec la réalité crue de celles qui ont vécu des mutilations sexuelles, des parcours migratoires traumatiques, des violences domestiques récurrentes – parfois des décennies sans pouvoir s’en échapper –, des pressions de leurs familles pour les plus jeunes, des problèmes d’addiction, avec souvent des problématiques qui se superposent et ajoutent une chape psychologique atrophiante qui touche l’estime de soi, renforce le sentiment d’enfermement et provoque un appauvrissement émotionnel qui finit par éteindre de l’intérieur ses forces vitales, voire une paralysie mentale qui empêche de s’extirper de situations mortellement dangereuses. Le film rappelle également que les enfants sont souvent des co‑victimes de ces violences, subissant eux aussi des traumatismes et des impacts durables.

Le travail ne s’arrête pas aux soins médicaux et psychologiques. L’équipe accompagne également les patientes dans leurs démarches auprès des autorités : dépôt de plainte, explications et sensibilisation auprès de la police, ou encore aide dans les procédures administratives, notamment les demandes d’asile.

Mais les soignan·tes ont également leurs propres parcours de vie et leurs fragilités qui sous-tendent leur travail et l’énergie mise pour se battre pour le maintien de ce lieu et l’accueil au jour le jour de patientes aux parcours cabossés.

Menée par l’énergique et pugnace Diane (Karine Viard), chirurgienne gynécologique spécialisée dans la reconstruction  de l’appareil génital féminin, l’équipe comprend des profils divers comme les infirmières d’accueil engagées et empathiques tout en maniant un humour cathartique comme soupape  (Eye Haïdara et Alexandra Roth), une sage-femme en situation difficile post-partum (Lætitia Dosch) , un psychologue pour la reconstruction mentale (Pierre Deladonchamps), un chef de projet (Jean-Charles Clichet) inquiet pour la pérennité du projet et un peu effrayé par le volontarisme de Diane face aux difficultés et à l’audit effectué par l’Inspection générale des affaires sociales dirigée par un inspecteur (Laurent Stocker) au premier abord peu avenant.

Les patientes, quant à elles, représentent également différents profils avec pour point commun d’être victimes de la violence systémique faite aux femmes : migrant·es, victimes de viol, de violences physiques, psychologiques, de mutilations sexuelles. Le récit prend soin de mettre en évidence que chaque parcours reste pour autant individuel, chaque réaction ou non-réaction face aux abuseurs est légitime et que le chemin de la reconstruction est personnel, même si, porté par le collectif, il peut être plus facile à traverser. Comme le dit Manon, la sage-femme, à Inès, la jeune interne qui se demande comment les membres de l’équipe peuvent tenir le coup face aux témoignages de ces femmes : « on la prend en charge: on va porter avec elle la charge. C’est pas elle toute seule, c’est pas nous toutes seules, c’est ensemble, ça s’équilibre. Et puis quand ça marche pas, on va se bourrer la gueule. »

D’ailleurs l’humour est un élément essentiel dans la dynamique de l’équipe comme du film, humour qui permet d’exprimer des choses, de soulager les tensions, de dédramatiser mais aussi de donner un passage aux larmes qui souvent se cachent dans les rires.

Rencontre avec Mélisa Godet

La docteure Ghada Hatem-Gatzer a-t-elle participé à la conception de l’histoire ?

Elle a participé dans le sens où elle a eu la gentillesse de lire différentes versions du scénario, à plusieurs étapes de l’écriture, afin de me préciser certains points médicaux et de s’assurer que j’étais juste dans ce que je racontais de cette équipe soignante et de ses patientes.

C’était très important, parce que pour écrire ce scénario, je n’ai pas choisi de faire une immersion sur place. J’avais trop peur d’interférer dans les parcours de soins en cours, qui correspondent à des moments très fragiles dans la vie de ces femmes. Dans ces parcours, il y a des hauts, des bas : elles viennent, elles repartent. Tout cela reste extrêmement délicat. Et puis il y a aussi le secret médical, qui est essentiel. Donc, pour ne pas prendre ce risque d’interférence, j’ai surtout travaillé à partir de documentation et de mes échanges avec Ghada.

— Laurent Stocker – La Maison des femmes
© Une Fille Productions

Y a-t-il eu des choses dont elle ne voulait pas que vous parliez ?

Ce qui l’a un peu stressée, c’était que le film soit centré sur sa personne. Elle n’était pas très à l’aise avec cette idée. Ce qui l’a rassurée, en revanche, c’est que j’avais envie d’une fiction totale. Ces personnages sont inspirés et documentés, bien sûr, mais ce sont des personnages de fiction. Et mon personnage principal, au fond, c’était cette maison et son collectif.

Pour la sortie du film en France, elle nous a accompagnés dans la promotion, ce qui lui a permis de parler largement de la Maison, de ses initiatives et de son travail. Elle s’y est retrouvée. Elle était très contente du film, notamment d’y retrouver l’énergie qu’elle avait insufflée dans ce lieu, ainsi qu’une retranscription respectueuse de la Maison, aussi bien pour les soignant·es que pour les patientes.

Écrire un scénario choral est toujours compliqué. Mais ici, il y a aussi deux lignes narratives : même si l’on part du point de vue des soignant·es, les parcours des soignant·es et des patientes s’imbriquent avec fluidité. Quels ont été les défis à l’écriture ?

Je ne sais pas si cela a été difficile. Si je ne pouvais faire que des films choraux, je ne ferais que ça. Je trouve cela passionnant, à regarder comme à fabriquer. Mon vrai bonheur, quand j’écris, c’est d’imaginer des personnages.
Ils sont presque cinquante dans ce film. Ce qui m’intéresse, c’est de créer des figures bien campées, avec leur propre langue, chacune avec sa trajectoire et sa fonction dans l’histoire. Et puis, en face, il s’agit de tirer différents fils thématiques et, à un moment, de rassembler tout cela pour se demander quel personnage est le plus approprié pour faire avancer tel ou tel fil.

Ce canevas de travail est très stimulant.

Il est vrai que le film choral est captivant, mais ce n’est pas toujours réussi. Souvent, il y a beaucoup de déséquilibre. Le fait que cela fonctionne aussi bien ici est-il dû à quoi selon vous ?

Peut-être parce que je pars avant tout des personnages. Cela donne cette sensation qu’organiquement, chacun·e est à sa place. Quand j’écris – et le système est un peu le même au moment du montage – il y a d’abord toute une phase où j’accumule de la matière. Le scénario est un peu boursouflé, épais, parce que je veux m’assurer qu’il est assez dense.

Puis vient la phase où il faut enlever de la matière, un peu comme quand on sculpte : on commence avec un gros tas de glaise et on affine ensuite pour obtenir la forme la plus précise possible. Je travaille ainsi, et c’est pareil au montage. La première version, huit jours après la fin du tournage – parce que j’avais des monteur·euses qui avaient travaillé pendant le tournage, avant que Loïc Lallement, le monteur principal, fasse avec moi la version finale – faisait trois heures.

Ah oui, c’est beaucoup de matériel !

Oui, c’était impressionnant et en même temps très rassurant, parce que cette version de trois heures n’était pas indigeste. On s’est dit : on a clairement de la matière. Quand on manque de matière, une fois le tournage terminé, il n’y a plus grand-chose à faire, et cela devient du colmatage.

Cela a été difficile de couper dans ces trois heures ?

Je lis beaucoup d’auteurs qui écrivent sur le métier d’auteur. Il y a notamment un de mes livres préférés, Écriture : Mémoires d’un métier de Stephen King (On Writing: A Memoir of the Craft, 2020), très drôle, qui dit qu’il faut, quand on écrit, apprendre à tuer ses chéris. C’est exactement ce que j’applique pour mes films. Même des séquences qu’on aime pour plein de raisons, parfois juste pour une phrase qui nous paraît importante, il faut accepter de leur dire adieu.

Dans ce montage, la première heure n’a pas été difficile à couper. Arriver à un film de 2h05 a été assez facile, mais passer de 2h05 à 1h50 a été beaucoup plus douloureux. Pourtant, c’est important de trouver un équilibre, pour rester fidèle au film tout en gardant une durée raisonnable.

Malgré le sujet, le film n’est pas plombant : il y a de l’énergie, du dynamisme, mais aussi beaucoup d’humour. Pouvez-vous nous parler de cet aspect du récit ?

Ces Maisons de femmes sont des lieux de retour à la vie. Les soignant·es marchent à l’énergie et à la joie de faire ce qu’elles et ils font au quotidien. L’effet du collectif a aussi son importance. Ces personnes ont énormément de personnalité et beaucoup d’humour. Ghada est quelqu’un de très drôle, avec un humour un peu grinçant. Les patientes aussi en ont énormément. Avec tout ce qu’elles ont traversé, on ne peut pas leur dénier la possibilité de garder de la joie et de l’humour dans leur vie. Heureusement, elles ne sont pas que des victimes : elles sont pleines d’autres choses, des femmes qui ont des choses à dire et qui savent rire.

Il était important que cela se ressente dans le film. Et puis, en tant que scénariste et réalisatrice, qui souhaite que le film porte son message le plus loin possible, il me paraît essentiel de s’autoriser cet aspect. C’est aussi une sorte de pacte avec le spectateur : venez, on va traverser ensemble des moments parfois très difficiles à entendre, mais il y aura aussi des respirations, des relâchements. La vie, c’est comme ça : un mélange constant du drame et du léger. C’est aussi ce qui nous permet de tenir face aux situations dramatiques.

Moi, j’aime bien écrire des blagues quand je suis seule dans ma cuisine, après huit heures de documentation sur l’excision. Franchement, ça m’a servi de récréation. C’est ce qui nous relie à notre humanité : le rire est le propre de l’être humain.

— Karin Viard – La Maison des femmes
© Marie Rouge

Pour le public également, il y a des respirations, comme cette scène à peu près au milieu du film, où toute l’équipe va danser et chanter : c’est comme une pause pour les protagonistes et pour les spectateur·ices…

Oui, c’est un peu avant le milieu du film. Pendant longtemps, cette scène était exactement au centre, puis au montage elle s’est légèrement déplacée. C’est toujours intéressant, à l’écriture, au scénario et ensuite au montage, d’identifier quelle séquence se trouve pile au milieu du film, parce que souvent, elle raconte quelque chose d’essentiel.

Cette scène où tout le monde s’éclate sur une chanson de Céline Dion, Prière païenne – que j’adore – a longtemps occupé cette place centrale. Elle s’est ensuite un peu décalée dans la première partie. La séquence qui se trouve désormais au centre du film est celle de la séance photo avec les patientes. Et cela a aussi du sens dans le récit.

Oui, c’est une scène où les femmes reprennent vie et confiance en leur image. Et surtout, même celles qui hésitent ou ont des difficultés, elles sont aidées par les autres…

C’était une scène très belle à tourner. On n’a pas du tout coupé la caméra. Les actrices ont défilé devant l’objectif, et c’était très émouvant à filmer. Elles ont joué le jeu de cette transformation sous l’œil de la photographe. C’était vraiment très beau à fabriquer.

Il y a cette phrase très puissante de Manon : « J’adore mon fils, j’adore mon mec, j’adore mon boulot, et ensemble cela ne marche pas », puis elle poursuit en disant qu’elle préférerait que son fils lui en veuille un jour, plutôt qu’elle en veuille à son fils de ne pas avoir accompli ce qu’elle voulait.

Parce qu’elle a un métier qui déborde sur sa vie privée, ce personnage, jeune maman, se heurte à la difficulté de tout concilier quand on fait un métier qui ne s’arrête pas à 17 heures. Et oui, elle refuse l’idée de sacrifier sa vocation à sa vie de mère. Elle préfère se dire que, peut-être un jour, son fils lui en voudra d’avoir été un peu absente.

C’est une question que je me suis posée. J’ai deux enfants et je fais un métier qui déborde pas mal, même si ce n’est pas aussi intense qu’être soignante à la Maison des femmes. Mais cela reste un métier qui empiète sur le privé. Je me suis demandé si j’allais réussir à tout faire. Je savais que je voulais des enfants, et en même temps, je voulais ce métier. Je me suis projetée en me disant : si je sacrifie mon métier à mes enfants, le risque est qu’un jour je ressente une petite aigreur envers eux. Et ça, je trouve que c’est un rapport horrible à avoir avec ses enfants, toxique au possible ! Se réveiller à 60 ans en se disant : « Vous vous rendez compte de ce que j’ai sacrifié pour vous ? » Hors de question !

Donc je me suis dit ce que je mets dans la bouche de Laetitia dans le film : je veux tout.

Ceci dit, je mesure ma chance d’avoir un compagnon qui comprend cela, qui est formidable avec nos enfants et fait sa part.

Il n’y a pas que les violences sexistes, sexuelles ou psychologiques qui pèsent sur le quotidien des femmes, mais aussi cette charge mentale de tout concilier, au risque de passer pour une mauvaise mère ?

Oui, on considère souvent que les femmes doivent se consacrer davantage aux autres qu’à elles-mêmes. Alors qu’il faudrait trouver un équilibre : se consacrer aux autres et à soi. La recherche de cet équilibre est importante. Et puis, pourquoi « nous » d’abord ? On ne s’est jamais vraiment interrogé sur le fait que les hommes se consacrent souvent plus à leur vie professionnelle qu’à leur vie familiale !

Heureusement, j’ai l’impression que les choses évoluent, même s’il faut rester vigilant·e : il y a toujours des contrebalanciers qui reviennent. Il y a encore beaucoup de jeunes gens qui pensent que la place des femmes est plutôt chez elles que dans le monde du travail.

Justement, il y a eu une étude internationale qui montre qu’environ un tiers des jeunes hommes de la génération Z pense que la femme doit obéir à son mari…

Ce qui pose problème, c’est qu’on considère qu’il faille un chef. Mais a-t-on vraiment besoin d’un chef ? C’est une équipe, c’est une co-gestion. C’est comme ça que j’envisage les choses, pas seulement dans la vie privée, mais aussi dans la vie professionnelle. Sur mes tournages, ce n’est pas la tête pensante qui donne des ordres. La transversalité est essentielle au travail. Le vrai problème, c’est cette idée qu’il faille un chef. Et comme nos sociétés fonctionnent ainsi, on finit par penser que le chef, c’est forcément un homme.

Malgré tout, je fais confiance à cette jeune génération. Ils ont à cœur d’aller loin dans l’égalité des sexes et de faire voler en éclats les carcans liés aux sexes et aux genres. Forcément, il y a des résistances qui vont dans l’autre sens. J’espère qu’à terme, il y aura une normalisation, car ces jeunes sont très éduqués et conscients de ces notions, bien plus que nous à leur âge. Mais en face, certaines voix s’élèvent pour contrer cette marche en avant, et il faudra qu’ils crient encore plus fort.

Votre casting est très hétérogène, que ce soit par l’expérience des acteur·ices, leur notoriété ou la diversité ethnique. Pouvez-vous nous en parler ?

Depuis que je fais du cinéma, la question de la diversité à l’image est essentielle pour moi. Pour ce film, j’ai trouvé le directeur de casting le plus adéquat, David Bertrand, qui est très engagé sur ces questions. Il y avait 50 rôles, dont 98 % de femmes. C’était génial de se dire : il va falloir trouver 45 femmes avec autant de visages différents, autant de corps différents, et des phrasés variés.

C’est un champ d’investigation extrêmement réjouissant. Je voulais qu’elles soient toutes actrices professionnelles, parce que les récits des patientes sont lourds et demandent une grande justesse. Ce sont des actrices qu’on voit moins à l’écran, car on leur propose moins de rôles, mais elles existent : elles ont fait de grandes écoles de théâtre, des conservatoires, les plus grandes formations. Elles sont sous-employées, et je suis heureuse de pouvoir leur donner la possibilité de s’exprimer.

Oui, mais les rôles des soignant·es sont tenus par des acteur·ices connu·es…

Oui, parce que le parti pris principal du film est de regarder cette Maison du point de vue de l’équipe soignante. Et puis, soyons honnêtes : quand j’écris le film, très dense,  avec ma productrice, on sait qu’il sera coûteux et que le sujet n’est pas facile à rendre accessible au grand public. On sait d’où l’on part et avec quelles armes on se bat.

Assez vite, il est donc devenu évident que, pour le casting de l’équipe soignante – pas toutes d’ailleurs, certaines sont moins connues – il nous fallait des figures de proue pour convaincre des financier·es et attirer le public dans les salles. L’objectif, c’est que le film touche le plus grand nombre possible, pour que le sujet et ses thématiques soient entendus, et pour que nous ayons les moyens de le réaliser correctement. C’était neuf semaines de tournage, et pour un premier long métrage, avec 50 rôles à pourvoir, c’est donc un tournage coûteux.

— Oulaya Amamra et Lætitia Dosch – La Maison des femmes
© Une Fille Productions

Dans cette Maison, il y a une intersectionnalité des problématiques : celles des migrantes, des femmes victimes de violences domestiques, sexuelles et sexistes. Est-ce que d’autres problèmes sont traités ?

Cela dépend un peu des Maisons, mais celle de Saint-Denis – qui est un peu le modèle majoritaire pour les autres Maisons des femmes – est organisée autour de trois pôles. Il y a un pôle violences, c’est-à-dire violences conjugales et sexuelles, si je simplifie. Un pôle santé sexuelle, qui s’apparente à de la planification familiale mais peut aussi prendre en charge les violences sexuelles ou leurs conséquences. Et enfin, un pôle mutilations sexuelles, car la spécificité de ces lieux, c’est qu’ils disposent de gynécologues formé·es à la reconstruction – ce qui reste assez rare. En France, il y a environ 150 000 femmes excisées, et ces mutilations déclenchent énormément de pathologies chroniques, sans compter le trauma psychologique.

Il était important que le film reflète cette organisation, tout en montrant que, même si ces pôles fonctionnent en parallèle, les frontières entre ces violences sont très poreuses. Une femme victime de violences conjugales est souvent aussi victime de violences sexuelles, et parfois il existe une violence originelle qui a rendu les autres possibles dans la perception de ces femmes. Ce premier traumatisme peut faire que le reste devient tolérable, tant que ces femmes tiennent. C’est pour cela que ces trois pôles, qui fonctionnent à la fois ensemble et en parallèle, sont essentiels. Le film est organisé de la même manière pour le montrer.

Il y a quelques séquences où la communauté queer apparaît dans votre film, comme une communauté alliée…

Je pense que la communauté queer partage avec les femmes une connaissance fine de ce que peuvent être les discriminations, simplement en raison d’être simplement ce que l’on est. Cela nous lie. Ce sont des allié·s puissant·es, nécessaires, souvent très joyeux·euses, et c’est très précieux.

Le film montre aussi que, chez les hommes queers, il existe d’autres images de la masculinité. Et dans l’équipe soignante, on découvre d’autres façons d’envisager les rapports hommes‑femmes.

Il y a une trentaine de Maisons des femmes qui ont été ouvertes. Est-ce qu’il y en a dans les DOM-TOM également ?

À ce jour, il y en a 34, dont quatre dans les départements et régions d’outre-mer. Il y a aussi le collectif Re#Start, qui est parti de la Maison des femmes de Saint-Denis et qui fédère des structures partageant le même modèle de prise en charge globale. Ce collectif permet un partage d’expériences, mais aussi de financements : il engrange des fonds via des appels aux dons et des mécènes, qu’il redistribue aux Maisons. Le partage d’expériences aide à gagner du temps lors de l’ouverture d’une nouvelle Maison et à éviter certaines erreurs.

C’est un beau projet, mais en même temps, on préférerait qu’il n’existe pas…

Exactement ! Ghada le dit tout le temps : « Mon objectif, c’est qu’on ferme. »

De Mélisa Godet; avec Karin Viard, Lætitia Dosch, Oulaya Amamra, Eye Haïdara, Pierre Deladonchamps, Laurent Stocker, Jean-Charles Clichet, Alexandra Roth, Aure Atika; France; 2025; 111 minutes.

Le film sort sur les écrans romands ce mercredi 11 mars.

Malik Berkati

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