Miss, de Ruben Alves, ou comment se sentir plus fort dans le genre opposé au sien

Alex, petit garçon gracieux de neuf ans qui navigue joyeusement entre les genres, a un rêve : être un jour élu Miss France. Quinz ans plus tard, Alex (Alex Wetter) a perdu ses parents et sa confiance en lui et végète dans une vie monotone. Une rencontre imprévue va réveiller ce rêve oublié. Devenu un magnifique jeune homme androgyne à la beauté hellénique, Alex décide alors de concourir à Miss France en cachant son identité de garçon. Beauté, excellence, camaraderie… Au gré des étapes d’un concours sans merci, sus la houlette d’Amanda (Pascale Arbillot) et aidé par une famille de cœur haute en couleurs, Alex va partir à la conquête du titre, de sa féminité et surtout, de lui-même …

Alex Wetter – Miss
Image courtoisie Praesens-Film AG

Pour réaliser ce rêve, Alex doit d’abord franchir la première étape: le concours Miss Ile-de-France. Pour ce faire et convaincre les jurés qu’il est une parfaite Miss, Alex sollicite l’aide de Lola (Thibault de Motalembert), un travesti en fin de course qui le met en garde face aux montagnes russes entre succès et oubli. Pour être tenace et pugnace comme un battant, Alex recherche un ami d’enfance devenu boxeur et entraîneur qui va lui fournir de précieux conseils…

Repoussé du printemps à l’automne pour cause de pandémie de coronavirus, le film de Ruben Alves arrive sur les écrans romands … Une nouvelle qui doit réjouir les spectateurs en mal de divertissement vu les décisions prises sous la Coupole qui contraignent les théâtres, les salles de spectacles a suspendre leur saison et les organisateurs de manifestations à annuler les concerts .

Ayant accompagné une personne de son entourage dans sa transition, le réalisateur Ruben Alves a décidé d’en faire le sujet de son nouveau film. Mais, si l’intention était louable, il fallait que ce film de fiction se démarque des documentaires de plus en plus nombreux sur ce sujet afin que le grand public ait accès à ce sujet et à ses enjeux de manière divertissante.

Le film est porté par la présence magnétique et le regard énigmatique d’Alex Wetter que Ruben Alves a rencontré lors d’un casting pour un téléfilm sur une personne transgenre, un projet qui a initialement intéressé le réalisateur qui a pour finir quitter ce projet. Au sujet de jeune homme mystérieux qui fait couler beaucoup d’encre, Ruben Alves déclare :

« J’ai été frappé par la façon dont il passait avec simplicité et naturel d’un physique assez masculin à une féminité assumée. Je l’ai questionné sur lui, sur la façon qu’il avait de se mettre en scène en femme sur son compte Instagram, je lui ai demandé s’il envisageait une transition. Ce n’était pas le cas. Il se sent juste ‘ plus fort en femme’ ».

Après leur première rencontre, Wetter décide de regarder La Cage dorée. Emballé par cette comédie, il suggère à Alves de réaliser un long-métrage sur l’androgynie.

Que les spectateurs ne s’y méprennent pas ! Il ne s’agit en aucun cas d’un film sur les Miss France mais sur une personne transcende porté par une famille de coeur. Ruben Alves cherche-t-il ici à passer un message subliminal ? Est-on plus facilement accepté et aimé par la famille que l’on se choisit que par sa famille biologique ?

Tout au long du film, le cinéaste – qui est aussi scénariste et acteur – a cherché à casser les codes et à insuffler de la modernité dans cet univers qui lui sert de décors et de support narratif à l’évolution du personnage d’Alex. Cependant, Ruben Alves a rencontré Sylvie Tellier, la directrice générale de Miss France, le réalisateur a observé les candidates du concours et en conclut :

« Certaines ne sont là que pour devenir célèbres, toutes ne sont pas brillantes, mais la plupart sont authentiques, sincères, investies, pas bêtes. […] Je trouvais par ailleurs intéressant que l’on aborde une féminité plurielle à travers le regard d’un homme qui met les femmes sur un piédestal et qui n’hésite pas à mettre certains hommes face à leur bêtise. […] Il n’était pas question de faire un film militant mais, avec ma co-scénariste, Elodie Namer, nous voulions rendre hommage à la femme et au courage qu’il lui faut pour grandir et s’affirmer dans notre société patriarcale ».

Le risque d’aborder le concours des Miss et la transidentité comportait un double risque de sombrer dans des clichés faciles. Pour éviter ce péril, Ruben Alves a opté pour l’authenticité et la véracité, ce qu’apportent la présence et le jeu d’Alexandre Wetter dont c’est le premier rôle. Son interprétation apporte spontanéité et fraîcheur au personnage d’Alex. A ce propos, le réalisateur commente :

« C’était un pari de travailler avec un acteur inexpérimenté. Mais je croyais en sa force de mec du Var qui, tout gamin, se disait qu’un jour, il défilerait en femme pour Jean-Paul Gaultier. Il ne pouvait être qu’inspirant. Quand j’ai su qu’il avait accompli ce rêve, j’ai compris qu’il avait le personnage en lui et qu’il aurait la détermination nécessaire pour porter un film sur ses épaules ».

Mère si la mère de la famille improbable d’Alex, Yolande, est interprétée par Isabelle Nanty qui a une fâcheuse tendance à surjouer et à agacer rapidement, Miss est un une bulle d’oxygène bienvenue dans notre contexte actuel si morose. Ruben Alves a su éviter le drame identitaire ou la psycho-tragédie sociale.

Dans l’atmosphère actuelle anxiogène, un film comme Miss est le bienvenu. Frais, enjoué, porté par des personnes rocambolesques et bigarrés, Miss apporte de la poésie et de l’émotion. Mais que les férus de films Art et Essai et de cinéma d’auteurs s’abstiennent ! Miss a l’unique prétention de divertir ! Paris réussi pour Ruben Alves !

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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