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55e édition de Visions du Réel de Nyon (VdR 2024) – Un festival documentaire urbi et orbi du 12 au 21 avril 2024

Avec une réputation qui n’est plus à faire au niveau international, le festival nyonnais reste également une plateforme solide pour la production de documentaires suisses et leur diffusion auprès d’un large public. Pour celles et ceux qui habitent en Suisse, mais ne peuvent pas se déplacer à Nyon, le festival propose un pass en ligne qui donne l’accès à une sélection de plus de 50 films présentés dans différentes sections, en majorité en première mondiale, à voir entre le 18 et le 28 avril. Pour les festivaliers, le choix reste cornélien entre les 165 productions provenant de 50 pays, avec 88 premières mondiales et 14 premières internationales, et de nombreuses rencontres avec les cinéastes et quelques invité·es de marques, tel·les que Jia Zhang-Ke, invité d’honneur, cinéaste emblématique du cinéma indépendant chinois et Lion d’or à la Mostra de Venise 2006 avec Still Life,  qui donnera une masterclass le 16 avril, le réalisateur étasunien John Wilson, auteur notamment de la série documentaire How To with John Wilson (2020-2023) sur HBO, nommée aux Primetime Emmy Awards 2022 qui donnera une masterclass le 18 avril et la réalisatrice française Alice Diop, connue du grand public pour son premier film de fiction Saint Omer (Le Lion d’argent et le Lion d’or du futur à la Mostra 2022), mais qui a auparavant réalisé des films documentaires remarqués ; une rétrospective de ses films est proposée et elle donnera une masterclass le 13 avril.

La cérémonie d’ouverture du 12 avril donnera la possibilité au public du Festival de découvrir le film As the Tide Comes In, de Juan Palacios, co-réalisé avec Sofie Husum Johannesen. Alliant poésie, réalisme et humour, les cinéastes nous emmènent à la rencontre des 27 habitant·es de l’île marécageuse de Mandø qui vivent séparé·es du continent au gré des marées, des visites redoutées des touristes et des migrations d’oiseaux. Parmi cette micro-société, le fermier Gregers, en quête d’une femme disposée à y vivre avec lui…
À cette occasion, VdR accueillera l’écrivain italo-suisse Giuliano da Empoli, notamment connu pour son ouvrage Le Mage du Kremlin paru aux Éditions Gallimard en 2022 (Grand prix du roman de l’Académie française). Le lendemain, Giuliano da Empoli participera à une table ronde articulée autour de la question de la réinvention des règles du jeu politique à travers l’émergence des réseaux sociaux et leur aptitude à influencer la « vision du réel ». Simone de Montmollin, Conseillère nationale PLR, Présidente de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture (CSEC-N) ainsi que Gilles Marchand, Directeur général de la SSR participeront à cette discussion.
Notons également les Morning Talks qui, comme l’intitulé l’indique, se déroulent en anglais, et invitent les cinéastes de la sélection officielle à échanger sur le cinéma contemporain, ses opportunités et ses défis, autour de thématiques spécifiques. Elles se déroulent chaque matin (10h – 11h30) au Musée du Léman, du dimanche 14 avril au jeudi 18 avril et sont ouvertes aux professionnel·le·s ainsi qu’au public du Festival.

La soirée de l’Invité d’honneur, Jia Zhang-Ke aura lieu le lundi 15 avril au Théâtre de Marens, avec un hommage de la cinéaste française Claire Denis.

Un programme tour-du-monde

« Les 128 nouveaux films sélectionnés cette année offrent une fois encore à notre public la possibilité de se plonger dans le cinéma le plus contemporain, à travers un spectre riche et hétéroclite de formes, d’approches, de dispositifs et de subjectivités, et autant d’extraits de réels et de récits. La programmation qui se compose en très large partie de films découverts parmi les quelque 3300 films inscrits – démontrant une augmentation de plus de 10% des inscriptions cette année – confirme par ailleurs l’ambition de Visions du Réel de contribuer à soutenir l’émergence de nouveaux talents » se réjouit Émilie Bujès, directrice artistique du Festival, qui précise également que pour la deuxième année consécutive, la sélection a atteint la parité de genre.

Plusieurs prix sont décernés, dont un prix du public, dans les différentes catégories dont les principales sont celles de la Compétition internationale de longs métrages avec des films en première mondiale ou internationale, Burning Lights, une compétition internationale de longs et moyens métrages dédiée aux nouvelles formes de cinéma, et la Compétition nationale dédiée aux longs et moyens métrages (co-)produits en Suisse.

La question du conflit reste un sujet prégnant dans le cinéma qui aborde le réel, à l’image du monde dans lequel on vit. Un festival a toujours quelques années de retard sur l’actualité brûlante, mais les maux de la planète s’inscrivant dans le temps long, la sélection abordera tout de même sur grand écran les territoires qui occupent les petits écrans du téléjournal. Citons My Memory Is Full of Ghosts, premier long métrage du réalisateur palestinien Anas Zawahri, qui retrace le passé et le présent dans la ville de Homs pour explorer l’avenir dans l’autoportrait d’une population exsangue en quête de normalité, ou In Limbo de la réalisatrice ukrainienne Alina Maksimenko, un huis clos dans lequel la réalisatrice filme son quotidien avec ses parents qu’elle a rejoints en février 2022 dans leur village lorsque l’invasion russe approchait de Kyiv.

La Compétition Internationale Longs Métrages comprend également des films évoquant des genres ou univers cinématographiques familiers, tel Where the Trees Bear Meat, western au temps de l’anthropocène d’Alexis Franco, qui rend compte de la fragilité de la condition humaine dans la Pampa argentine, ou Mother Vera de Cécile Embleton et Alys Tomlinson, en noir et blanc, qui suit le parcours de la protagoniste éponyme entre un monastère biélorusse et des courses à cheval dans la neige. Parmi les films aux ressorts plus nostalgiques, citons The Return of the Projectionist d’Orkhan Aghazadeh qui suit les tribulations de Samid et Ayaz tandis qu’ils s’efforcent de ressusciter le cinéma de leur village perché au milieu des collines d’Azerbaïdjan, ou Okurimono, de Laurence Lévesque, qui accompagne sa protagoniste à Nagasaki après vingt ans d’absence pour vider une maison et en exhumer des souvenirs familiaux.

The Return of the Projectionist d’Orkhan Aghazadeh
Image courtoisie Visions du Réel

Du côté national, le programme atteste de la forte tradition de la production helvétique du film documentaire. La 55e édition propose un total de 25 (co)productions suisses avec une très forte présence de la scène alémanique. Pour la deuxième année consécutive, la Compétition Internationale Longs Métrages voit concourir trois (co)productions – Far West de Pierre-François Sauter qui montre les effets du tourisme international hors-sol au Cap-Vert en mettant en parallèle le quotidien d’Angela et Jair qui parcourent la côte volcanique battue par l’océan en quête du menu fretin assurant leur survie dans un village de pêcheurs à côté des adeptes de la pêche au gros hauturière, venu·es traquer le marlin bleu ; Landschaft und Wahn (The Landscape and the Fury) de Nicole Vögele qui convoquent les cicatrices de la guerre des années 1990 et les fugitif·ves d’aujourd’hui sur la frontière bosno-croate près de Velika Kladuša ; et Das Lied der Anderen (The Song of Others) de Vadim Jendreyko qui sillonne le continent européen sur les traces de son histoire tourmentée en se demandant qu’est-ce que c’est l’Europe…
La compétition Burning Lights propose elle aussi des productions suisses : Das letzte Königreich – Reisebericht einer Maschine (Preparations for a Miracle) de Tobias Nölle, l’histoire d’un androïde affable voyage dans le passé et observe les mœurs humaines d’avant notre présent ; et Tamina – wann war es immer so? (Tamina – Will There Ever Be What Used to Be?) de Beat Oswald, Lena Hatebur et Samuel Weniger, où les co-réalisateur·trices débarquent dans l’idyllique vallée de la Tamina, bien décidé·es à y voir le loup, projet qui va se transformer, à travers les rencontres avec les habitant·es et les touristes en un questionnement existentiel sur notre place dans la nature.

Plusieurs films documentaires qui ont marqué la Berlinale 2024 seront également présentés : No Other Land, sacré meilleur documentaire à la Berlinale, réalisé par un collectif palestino-israélien (Yuval Abraham, Basel Adra, Hamdan Ballal, Rachel Szor) –  lire ici la critique et la longue interview accordée à j:mag de Basel Adra et Yuval Abraham ; Diaries from Lebanon de Myriam El Hajj qui déploie l’histoire récente de son pays marquée par une succession  de crises profondes, à travers les histoires de George, Joumana et Perla Joe, révélatrices des enjeux traversés par trois générations différentes (critique j:mag en allemand) ; Favoriten de la documentariste autrichienne multiprimée Ruth Beckermann qui a filmé durant trois ans une enseignante et sa classe d’intégration d’enfants de nationalités diverses dans un quartier populaire et multiculturel viennois, dévoilant avec tendresse et finesse les défis mais aussi les accomplissements qu’un projet commun peut procurer ; My Stolen Planet (Sayyareye dozdide shodeye man) de Farahnaz Sharifi où la réalisatrice évoque la schyzophrénie de son pays natal où nombre de personnes, comme elle, vivent sur deux planètes: celle du régime théocratique répressif et celle de l’espace privé où l’on peut être soi-même.
En guise d’avant-première à sa sortie en Suisse romande le 17 avril, le premier film de l’écrivaine française Christine Angot (L’Inceste, Stock, 1999; Le Marché des amants, Seuil, 2008; Le Voyage dans l’Est, Flammarion, 2021 – Prix Médicis), Une Famille, qui était dans la section compétitive Encounters de la Berlinale, sera projeté les 14 et 15 avril, en présence de la réalisatrice qui  revient de manière implacable et poignante sur le thème-matériau qu’elle ne cesse de moudre à travers son œuvre littéraire : l’inceste.
La seconde partie du triptyque de Nicolas Philibert sur la psychiatrie, Averroès & Rosa Parks, lui aussi présenté cet hiver en Première à la Berlinale et qui sortira dans les salles romandes le 5 mai, sera également projeté. Le documentariste français avait remporté l’Ours d’or en 2023 avec la première partie, Sur l’Adamant, chroniquant un hôpital de jour installé sur un bâtiment flottant, au bord de Seine, en plein cœur de Paris. Avec Averroès & Rosa Parks, Philibert nous fait entrer dans une unité fermée de l’institution à travers la parole et l’écoute entre des patient·es et des soignant·es avec pour objectif de mettre l’humain au centre du dialogue. Bouleversant.

Malik Berkati

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