Cannes 2021 : I Comete, de Pascal Tagnati, présenté à l’ACID, invite à passer l’été dans un petit village corse

Présenté à l’ACID au Festival de Cannes 2021, I Comete entraîne dès la première séquence les spectateurs à se laisser aller à la nonchalance et au farniente dans un village en Corse. La caméra du comédien Pascal Tagnati, qui réalise son premier long métrage, propose une pause estivale à travers une succession de saynètes accompagnées par le chant des cigales et les chauds rayons du soleil.

I Comete de Pascal Tagnati
Image courtoisie ACID

Dans une première scène, la caméra s’approche d’un groupe d’enfants assis sur un muret à l’entrée d’une bâtisse, leur école peut-être … Un homme d’un certain âge, Jeannot, cherche la compagnie des enfants, leur proposant des sirops chez lui, mais ceux-ci préfèrent rester entre aux. Des adolescents traînent et refont le monde. Une jeune femme joue à la nymphette, se donnant du plaisir au bord d’une étendue d’eau face à son ordinateur d’où provient la voix d’homme – une scène déconcertante qui nous met, nous spectateurs, dans la position inconfortable de voyeurs bien malgré nous ! Les adultes échangent lors de discussions animées où se mêlent le corse et le français. Les aînés font de même avec une certaine sagesse acquise au fil des années. Dans une chambre un petit-fils masse les pieds de sa grand-mère qui lui parle en corse.

Le dénominateur commun de chacune de ces scènes : par la fenêtre, on aperçoit un magnifique arbre et on entend les cigales. La nature dans un soleil écrasant, éblouissant est un protagoniste à part entière. Malgré l’indolence et les éclats de rire, l’été ne guérit pas toutes les blessures…

Sur la place du village, comme bien des villages méditerranéens, quelques personnes assises à l’ombre sur les marches de l’église, discutant avec l’accent et les intonations de l’Île de Beauté. Pourtant, dans ces tableaux idylliques dont l’atmosphère fleure bon la détente et l’insouciance, les spectateurs peuvent percevoir un je-ne-sais-quoi qui lézarde cette sérénité. Une conversation semble dégénérer avant que torpeur estivale et les rires ne reviennent. De quoi s’agit-il ? Un coup de sang, un accès de colère, un soupçon de nervosité ? Pourtant, ce village corse semble de prime abord paradisiaque.

Progressivement, le carte postale, initialement si paisible, perd de ses joyeuses couleurs pour céder la place à des tensions sous-jacentes sans jamais montrer de réelle violence. Toute en nuances, au fil des saynètes qui se succèdent, par une suite de plans fixes, dans un rythme lent qui laisse transparaître la chaleur, I Comete suggère, laissant libre l’interprétation du public. Paradoxalement, le cinéaste choisit de filmer ce village et ses environs, les vallons où paissent des troupeaux, les coteaux boisés et la cascade de la rivière où se baigne Jeannot qui entonne un chant polyphonique, par le biais de magnifiques plans panoramiques mais les spectateurs sont impliqués par la vie des villageois comme s’ils se trouvaient à leurs côtés.

Dans I Comete, l’acteur devenu cinéaste trouve un savant équilibre dans ce qu’il montre et ce qu’il laisse deviner afin que chaque spectateur puisse percevoir et déceler les non-dits, les paradoxes, les secrets et les failles de ce microcosme corse.

Dépaysement garanti pour cette surprenante première réalisation de Pascal Tagnati qui déconcerte !

Firouz E. Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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