Sortie européenne de L’Homme de Dieu de Yelena Popovic – Drame biographique sur le chemin de croix de Nectaire d’Égine, saint de l’Église orthodoxe grecque

Autant le dire tout de suite, le second long-métrage de la cinéaste serbe Yelena Popovic (L.A. Superheroes, 2013) est d’un très grand classicisme visuel et narratif qui épouse la facture traditionnelle du genre de la biographie historique. À ceci s’ajoute un moment d’adaptation : la langue du film est l’anglais, ce qui donne un petit ton décalé au sujet ainsi que peut-être aux acteurs.

— Aris Servetalis – L’homme de Dieu
Image courtoisie Helse Kulturverein (photo : Marilena Anastasiadou)

Une fois cela posé, reconnaissons que le classicisme a ses bons côtés : la lumière est très bien utilisée par la cinéaste et son directeur de la photographie, Panagiotis Vasilakis. Elle reflète à merveille les jeux d’ombres et de clarté des discussions entre les protagonistes, les intrigues, les alliances et mésalliances, ainsi que les états intérieurs des personnages. Il en va de même de la mise au point de la caméra, des choix des profondeurs de champ.

L’Homme de Dieu ouvre une page historique de l’arc méditerranéen et de l’Église orthodoxe grecque méconnue de ce côté de l’Europe, et cela le rend extrêmement intéressant à regarder. Évidemment, pour les novices d’entre nous, difficile de savoir si la représentation faite de Nektarios ne participe pas d’une double hagiographie : celle, tout à fait conforme à la discipline – étudier et raconter la vie et les actions des saints, et celle, plus équivoque, qui consiste à offrir un rendu biographique excessivement élogieux. Quoi qu’il en soit, l’histoire contée est édifiante.

Elle débute à Alexandrie, à la fin des années 1880. Nektarios est évêque et représentant du Patriarche d’Alexandrie. Il est surtout adoré des petites gens qu’il côtoie au quotidien. Le clergé orthodoxe se méfie de cet homme modeste qu’il soupçonne de vouloir devenir Patriarche. Les autorités religieuses l’expulsent d’Egypte, malgré l’opposition et les témoignages d’affection, de regrets, les tentatives d’intervenir pour faire revenir le prêtre, qui marquent encore plus l’attachement que le peuple lui porte. Nektarios ne se rebiffe pas, il obéit aux injonctions de ses pairs avec, pour seule boussole, son amour et sa confiance en dieu. Cette attitude n’apaise la hiérarchie ecclésiastique, au contraire, elle avive son animosité envers lui. Les obstacles se multiplient, les calomnies aussi, il est ostracisé. La sanction est de laisser l’évêque sans diocèse, l’homme sans ressource, le prêtre sans paroissien. Il va finir par obtenir un poste dans une école ecclésiastique – épisode intéressant qui offre une réflexion sur l’ascétisme à travers les deux figures antagonistes que sont le prêtre et le directeur de l’école, représentant du modernisme. Après moult souffrances et injustices, il va fonder avec un groupe de femmes en marge de la société voulant devenir nonnes, le monastère de la Sainte-Trinité à Égine. Jusqu’au bout, il fera peur à ses contemporains ecclésiastiques. L’acceptation de son sort, son silence les terrorisent plus sûrement que s’il s’était défendu. Si, selon la formule consacrée, les voies du Seigneur sont impénétrables, celles de la psyché paranoïaque des hommes de pouvoir sont tristement prévisibles…

Nektarios, décédé en 1920, a été déclaré saint par l’Église orthodoxe grecque en 1961 et il faudra attendre 1998 pour que le Synode du Patriarcat orthodoxe d’Alexandrie, à travers son Patriarche Petros VII, lui demande pardon pour les souffrances que les prédécesseurs et l’Église lui ont fait endurer, actant par là-même sa réhabilitation dans son rang ecclésiastique dans l’Église orthodoxe d’Alexandrie et de toute l’Afrique.

Le film sort simultanément dans plusieurs pays européens le 3 septembre 2022, également en Suisse romande.

De Yelena Popovic ; avec Aris Servetalis, Alexander Petrov, Mickey Rourke, Tonia Sotiropoulou, Manos Gavras, Giannis Stankoglou, Karyofyllia Karabeti; Grèce ; 2021 ; 109 minutes.

Malik Berkati

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