The Big Sick de Michael Showalter scrute les clivages culturels avec humour et justesse

Sous la direction de Michael Showalter, The Big Sick réunit devant la caméra Kumail Nanjiani, Zoe Kazan, Holly Hunter, Ray Romano, Anupam Kher, une belle distribution pour servir un film indépendant qui fut l’un des succès du dernier Festival de Sundance et vise la cérémonie des Oscars.

The Big Sick est un film ancré dans notre époque et ses diverses problématiques, traitant, à travers le protagoniste Kumail, de l’immigration et de l’intégration. Les questions de l’immigration et des différences raciales ne sont pas nouvelles dans le contexte nord-américain, mais traiter de ces thèmes s’avère encore plus urgent à la lumière des événements politiques de ces derniers mois. Le film de Michael Showalter (Hello, My Name Is Doris [2011] et la série Wet Hot American Summer) produit par Judd Apatow, tente de guérir les maux de la société américaine par un jeu qui ne veut jamais céder au drame, suivant une histoire d’amour qui semble impossible. Cependant, l’intrigue ne vire jamais au mélodrame. Ce choix, souhaité par les deux écrivains, Kumail Nanjiani et Emily V. Gordon, un couple dans la vie réelle dont la relation est au cœur de l’histoire, est traité avec justesse et finesse par Michael Showalter.

— Kumail Nanjiani – The Big Sick
© Locarno Festival

Kumail (joué par lui-même) est un comédien d’origine pakistanaise qui vit à Chicago et peine à joindre les deux bouts en travaillant comme chauffeur pour Uber. Une nuit, après l’une de ses performances, il rencontre Emily (jouée par Zoe Kazan). Les deux commencent une relation sans projet d’avenir, basée uniquement sur de brèves rencontres, mais ne prennent pas longtemps pour se rendre compte qu’ils sont destinés l’un à l’autre.

Les problèmes commencent à surgir lorsque la famille de Kumail veut lui imposer un mariage traditionnel avec une jeune fille pakistanaise. Les problèmes s’accroissent: Emily ne sait rien de la famille de Kumail et de son attachement aux valeurs de la culture musulmane. Le pire est encore à venir, à cause d’une mystérieuse maladie que contracte Emily, plongée dans un coma artificiel.

Le film serait sorti des studios hollywoodiens tel un blockbuster à budget colossal, les spectateurs mettraient en doute la véracité d’une telle l’histoire dont l’unique but serait d’extirper des larmes faciles.

Mais l’historie du film de Michael Showalter est vraie, basée sur celle de Kumail et d’Emily; cela force le respect et la compréhension à l’égard de ce jeune homme qui vit une discrépance entre son pays d’accueil et le poids de la tradition de son pays d’origine. Le réalisateur parvient à mettre les divers conflits existentiels que traverse le protagoniste en évitant les dérives dramatiques et laissant la place d’honneur à des plaisanteries et des moments savoureux, même hors des planches, qui redonnent à la vie un sens de l’auto-ironie, même à travers une critique acerbe des États-Unis.

— Zoe Kazan et Kumail Nanjiani – The Big Sick
© Locarno Festival

Nanjiani et Gordon forment le couple à l’écran, rapidement complémentaire malgré leur prétendue volonté d’indépendance respective. Avec Holly Hunter (avec un accent du Sud encore plus prononcé que d’habitude) et Ray Romano, qui interprètent les parents anti-racistes d’Emily, on pourrait penser qu’il y a quelque chose d’artificiel dans ce couple parental libéral et ouvert mais le récit étant bien ficelé, cela fonctionne parfaitement.

Brisant les stéréotypes qui évoluent au centre du discours, le réalisateur recourt ici à la structure de la comédie télévisée qui lui est familière, ce qui lui permet de pouvoir ajuster le ton et amplifier la portée de son discours.

Seul bémol à ce tableau réussi : vu le nombre de personnages (la famille de Kumail, celle d’Emily, leurs amis, les collègues de travail, le personnel de l’hôpital), la comédie ne peut pas consacrer suffisamment de temps à tout le monde.

The Big Sick a été acheté à Sundance pour environ 12 millions de dollars, et on peut facilement imaginer qu’ils ont flairé le succès public du film. The Big Sick semble être l’un des films indépendants sûr de l’année en cours, un film qui a réussi à faire rire de bon cœur la presse hier soir … Le public du Festival de Locarno sera-t-il comblé par ce film ? Réponse ce soir sur la Piazza Grande.

Firouz E. Pillet, Locarno

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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