TIFF 2022  : Le Lycéen, de Christophe Honoré, explore les doutes existentiels d’un adolescent endeuillé

Pensionnaire dans un internat en Savoie, Lucas (Paul Kircher) a dix-sept ans lorsque son univers d’adolescent est soudainement bouleversé et qu’il doit rentrer précipitamment auprès de sa famille. En proie à des hésitations et à des doutes existentiels, tel un animal sauvage, Lucas a besoin d’être apprivoisé par ses proches, mais aussi par son être profond, pour enfin sortir de sa chrysalide et s’assumer tel qu’il est. Entre un frère (Vincent Lacoste) installé à Paris et une mère (Juliette Binoche) avec qui il vit désormais seul, Lucas va devoir se battre pour retrouver l’espoir, la confiance en lui et l’amour.

— Paul Kircher – Le Lycéen
Image: Jean-Louis Fernandez

Avec Le Lycéen, Christophe Honoré livre un nouveau récit consacré à l’adolescence. Il signe le scénario de dont on perçoit que de nombreux éléments qui dépeignent Lucas sont liés à la proche histoire de l’adolescent que le cinéaste a été.

Situant son récit dans l’adolescence d’un jeune homme, cette période charnière durant laquelle de multiples doutes surgissent alors que l’on se construit, Le Lycéen selon Christophe Honoré n’est pas sans rappeler son adaptation de La Princesse de Clèves, La Belle Personne, qu’il avait transposée au Lycée Molière.

Christophe Honoré sait choisir avec soin ses comédiens. Dans Le lycéen, le cinéaste retrouve Vincent Lacoste que le public avait vu dans Plaire, aimer et courir vite en 2018 et Chambre 212 en 2019, à chaque fois en amant séducteur et imprévisible, brisant ainsi son image d’éternel adolescent. En mère de famille atterrée par la douleur et la tristesse, mais toujours disponible pour ses enfants, Juliette Binoche demeure toujours impeccable et d’une remarquable justesse.

Si l’on suit Christophe Honoré pour ses talents d’auteur de théâtre (Les Débutantes, 1998), d’écrivain (L’Infamille, 1997 et La Douceur en 1999), de scénariste et de réalisateur depuis ses premiers films, la qualité narrative et la justesse des répliques séduisent à nouveau dans ce dernier film.

Malgré ses cinq décennies d’âge, le cinéaste, metteur en scène au théâtre et à l’opéra semble très proche de l’adolescence qu’il décrit ici si bien par le recours délicat de nuances tant émotionnelles que comportementales. Christophe Honoré semble s’amuser à décortiquer les affres que traverse le jeune Lucas tout en sondant l’image que l’adolescent a de lui, mais aussi de ses parents et de son frère dans leurs rations aux autres. Analysant les stéréotypes des relations hommes-femmes et les préjugés sur l’homosexualité, Christophe Honoré offre une incroyable palette de situations et d’émotions.

Accablé par sa situation familiale, harassé par les injonctions de son frère aîné, Lucas se pose une multitude de questions qui le taraudent, l’assaillent, l’étouffent jusqu’à imaginer l’impensable. En ce sens, Le Lycéen contraste avec les précédentes réalisations du cinéaste, donnant une impression plus sombre, mais parvenant à faire passer des idées à travers les émotions vécues par Lucas.

Christophe Honoré signe avec Le Lycéen une fresque humaine délicate, emplie d’émotions et d’humanité et nourrie de ses thèmes de prédilection que sont la famille, la sexualité et la mortalité.

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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