Tolkien, de Dome Karukoski, retrace l’enfance, la jeunesse et les années d’apprentissage du célèbre auteur

Le film de Dome Karukoski a réuni une jolie palette de comédiens : Nicolas Hoult, Lily Collins (la fille de Phil) et Colm Meaney, comédiens qui permettent au cinéaste de proposer une plaisante plongée dans l’enfance, l’adolescence et les premières années du jeune adulte qui se retrouve dans les tranchées en France. Si ce biopic se consacre donc aux jeunes années de Tolkien, le film essaie de faire émerger les chapitres de la vie de l’auteur et les expériences de vie qui expliquent les sources d’inspiration et les prémices de son univers et  la genèse de sa saga mondialement connue et lue.

 

Tolkien revient sur la jeunesse et les années d’apprentissage de John Ronald Reuel Tolkien : le film le dévoile petit, racontant des histoires à son petit frère,  Hilary Arthur Reuel, tous deux orphelins de père et vivant d’une mère, Mabel (Laura Donnelly), aimante mais indigente.

Le film suit Tolkien alors contraint forcé de quitter sa verdoyante campagne qu’il adore pour rejoindre Birmingham en pleine révolution industrielle, ville poisseuse et ouvrière aux cheminées qui crachent une épaisse fumée noire.

La mère de famille tente tant bien que mal d’élever ses fils mais ne parvient pas à se soigner. Suite au décès de Mabel, Tolkien se retrouve  sous la tutelle du père Francis Morgan (Colm Meany), qui a toujours porté secours à la famille Tolkien et servira dorénavant de figure paternelle. Le Père Morgan placera Tolkien dans un orphelinat huppé, tenue par Madame Faulkner (Pam Ferris), une matrone stricte et autoritaire.

Orphelin, séparé de son frère cadet, Tolkien continue à laisser son imagination galopante créer et écrit des passages de ses récits. Il trouve l’amitié, l’amour et l’inspiration au sein d’un groupe de camarades de son école. Mais la Première Guerre Mondiale éclate et menace de détruire cette « communauté ». Ce sont toutes ces expériences qui vont inspirer Tolkien dans l’écriture de ses romans de la Terre du Milieu.

Le réalisateur invite les spectateurs à plonger en immersion à l’intérieur de l’esprit inventif du jeune Tolkien. Ainsi, le film insiste sur l’importante des amitiés pour Tolkien qui fait de ses amis une véritable famille. Le chapitre consacré à la guerre des tranchées est important et sera crucial dans son oeuvre. Le cinéaste dévoile délicatement comment l’auteur tombe amoureux d’une femme, Edith Bratt (Lily Collins), qu’il aimera pour l’éternité et comment, malgré ses valses hésitations, il finira par l’épouser.

Avec brio, Dome Karukoski  souligne comment Tolkien, dans son génie créatif, est parvenu à intégrer ces choses bien réelles que sont l’amitié, la guerre ou l’amour à des univers fantastiques qui semblent purement le fruit de son imagination mais sont bel et bien les reflets de certain étapes de sa vie.

— Anthony Boyle, Nicholas Hoult, Patrick Gibson, Tom Glynn-Carney – Tolkien
© Twentieth Century Fox

Le film révèle comment les nombreux drames que l’auteur a vécus ont forgé à la fois l’étudiant, le soldat, le mari mais aussi  l’écrivain. L’orphelin qu’était Tolkien s’est recréer une famille grâce à ses amis universitaires : en effet, en 1911, Tolkien s’associe à Robert Gilson (Patrick Gibson), Christopher Wiseman (Tom Glynn-Carney) et Geoffrey Smith (Anthony Boyle) pour créer un club secret surnommé le Tea Club and Barrovian Society (TCBS), pour débattre, échanger des idées, refaire le monde, libérer leur talent poétique et se soutenir mutuellement dans leur volonté de mener une vie pleine de sens, de courage et de créativité.

Dans une scène cocasse alors qu’ étudiant à la prestigieuse King Edward’s School de Birmingham où les fils de bonnes familles suivent leurs cursus, Tolkien apprend qu’il a perdu sa bourse d’études et s’enivre. Totalement saoul, en pleine nuit, il déclame des vers alors que de nombreux professeurs l’écoutent.  Parmi eux, le Professeur Wright (Derek Jacobi), professeur de langues anciennes, qui a reconnu du vieil irlandais dans le récital improvisé de Tolkien. Le Professeur Wright le pousse à suivre ses cours et sera son mentor.

Ainsi, par cette scène qui amuse, Dome Karukoski  rappelle que Tolkien était doté de dons exceptionnels, capable d’inventer des langues, de créer une mythologie et d’imaginer une kyrielle de créatures fantastiques. C’est à la King Edward’s School de Birmingham, où la créativité florissante de Tolkien s’épanouit grâce au meilleur des encouragements de son cercle d’amis fidèles.

Le film Tolkien souligne l’importance du regard que l’auteur pose sur le monde qui nous entoure : un arbre ancien et noueux , une clairière, un bosquet, tous ces éléments naturels enflamment  son imagination et on voit déjà apparaître le Hobbit sortant de son talus.

Dome Karukoskia choisi un regard bien spécifique en accordant la primeur à la nature, aux souvenirs d’enfance, aux horreurs de la guerre. Même dans le paysage infernal des tranchées, l’imagination de Tolkien était à l’oeuvre, alors qu’il commençait à écrire à la chandelle à propos de certains des personnages qui allaient devenir l’essence même de ses récits légendaires – et le bonheur d’une vie de famille paisible, les influences primordiales dans l’oeuvre de Tolkien.

Le film ne fait pas l’unanimité dans la presse qui a plutôt tendance à le fustiger. Pourtant, le film de Dome Karukoski  a su montrer avec justesse les corrélations entre le parcours de vie difficile de Tolkien et son oeuvre.

Firouz E. Pillet

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Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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