16 ans, le neuvième long métrage de Philippe Lioret, revisite Roméo et Juliette, proposant une romance contemporaine contrariée très convaincante, à la fois authentique et poignante. Rencontre

Nora (Sabrina Levoye) et Léo (Teïlo Azaïs) se rencontrent le jour de la rentrée en classe de seconde. Leurs regards s’enchâssent et tout est dit : c’est le coup de foudre et une évidence qu’ils poursuivront le chemin de la vie ensemble. Le frère de Nora, Tarek (Nassim Si Ahmed, dit Nassim Lyes) manutentionnaire à l’hypermarché local, est accusé de vol et licencié sur-le-champ. Le directeur de l’hypermarché, Franck (Jean-Pierre Lorit), n’est autre que le père de Léo. Désœuvré, Tarek, macho et autoritaire, se veut désormais le garde du corps de sa sœur et lui mène une vie infernale au nom de l’honneur de la famille, faisant régner la terreur sur Nora et Léo. Les deux familles s’affrontent, les différences s’exacerbent et le chaos s’installe. Les vies de Nora et Léo s’embrasent.

— Teïlo Azaïs et Sabrina Levoye – 16 ans
Image courtoisie Agora Films

Depuis longtemps, Philippe Lioret souhaitait réaliser une version contemporaine de Roméo et Juliette. Le cinéaste a mis beaucoup de temps à se lancer dans ce projet, étant persuadé que l’amour de jeunes adolescents en proie à la rivalité entre leurs familles avait déjà été abordé à de nombreuses reprises. Quand un ami le convainc que ce n’est pas le cas, Philippe Lioret lance les repérages qui seront interrompus par le confinement.

William Shakespeare écrivit cette pièce au XVIe siècle, la situant à Vérone ; Philippe Lioret, inspirée par cette intemporelle, la situe dans le Val-de-Marne en 2020 et souligne :

« Aujourd’hui, les familles Capulet et Montaigu ne se battent plus en duel à tous les coins de rue, mais une simple étincelle peut mettre le feu aux poudres. C’est inquiétant, mais plus intéressant. »

Dans 16 ans, contrairement aux héros de Shakespeare, les familles de Nora et Léo ne sont pas rivales, mais c’est le vol attribué à Tarek qui aura un effet domino sur chacun des protagonistes dans une redoutable spirale à l’issue funeste… Mais ni celle que l’on attend ni celle que l’on suppose !

Fin observateur de la société, plaçant la cellule familiale au cœur de sa filmographie, le cinéaste dépeint deux milieux socio-économiques aux antipodes où les injonctions paternelles priment. Mais dans la banlieue de Nora, en sus du patriarcat, dominent le machisme, la prisent de pouvoir des hommes, de tous âges, sur les femmes, la revendication de l’honneur de la famille et la vendetta.

Hors micro, Philippe Lioret nous précise :

« Avec Gilles (Gilles Henry, le directeur photo), nous avons fait le pari d’adapter d’excellents objectifs sur une caméra minuscule dont le très faible encombrement nous a permis de tourner librement dans de très petits décors. Partant de là, les acteurs pouvaient s’immerger dans l’entièreté des scènes et nous, les suivre en continu. »

Philippe Lioret souhaitait réaliser un film fort et intime en captant la vie sur un avenir empli de possibilités. Pari réussi ! Lors de sa venue à Genève à l’occasion de l’avant-première de 16 ans aux cinémas Les Scala, à Genève, Philippe Lioret, fort agréable en entretien et très disert, s’est confié sur la genèse de son film, sur ses intentions, sur le choix de ses comédiens, excellents…

 

Sortie du film en Suisse romande le 4 janvier 2023.

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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