Beaulieu Lausanne accueille jusqu’au 19 mars 2023 l’exposition immersive Viva Frida Kahlo qui invite à un voyage unique dans la vie et l’univers de l’artiste mexicaine

Présentée en Première mondiale à la Lichthalle MAAG de Zurich la saison dernière, l’exposition est le fruit de la collaboration entre MAAG Music & Arts et Projektil, une société de production zurichoise spécialisée dans la création d’expériences multimédias aux croisées entre l’art et la technologie. Projektil est connu du public helvétique comme la société qui a développé des installations d’illuminations dans divers lieux à Zurich, tels qu’au Musée national suisse, à l’Eglise St. Jakob ou encore dans le cadre de l’exposition immersive consacrée à Ferdinand Hodler et Paul Klee à la MAAG Halle.

Viva Frida Kahlo à Beaulieu Lausanne
© Timon Bachmann

Pour les inconditionnels de l’artiste mexicaine Frida Kahlo (1907 – 1954), l’expérience immersive est une mise en bouche envoûtante qui donne envie de se rendre immédiatement à la Casa Azul, à Coyoacán, dans l’une des seize délégations territoriales de l’entité fédérative de Ciudad de Mexico.

Lancée le 17 décembre 2022, l’exposition immersive Viva Frida Kahlo est visible jusqu’au 19 mars 2023.

Une première salle consacrée à la biographie de l’artiste

Un premier panneau rappelle que Frida Kahlo naît dans une banlieue de la Ville de Mexico le 6 juillet 1907. Son père est le photographe allemand Carl Wilhelm Kahlo et sa mère la peintre mexicaine Matilde Calderón, « qui ne savait ni lire ni écrire et qui n’était pas amoureuse de mon père », relate Frida Kahlo. Frida a deux sœurs aînées et une cadette, Cristina, surnommée « Cristi ». Frida passera la majeure partie de sa vie dans la maison familiale, baptisée «Casa Azul», à Coyoacán et précise »qu’au Mexique, on pense que c’est une bénédiction de naître et de mourir dans la même maison.”

Les panneaux suivants exposent les problèmes de santé de Frida Kahlo qui apparaissent en 1914. Souffrant d’une malformation congénitale de la colonne vertébrale, elle est alitée pendant une grande partie de son enfance.

En 1922, Frida est l’une des premières jeunes filles à intégrer la prestigieuse École nationale préparatoire de la Ville de Mexico pour y étudier la médecine et l’illustration médicale. L’Antiguo Colegio de San Ildefonso de la Ville de Mexico, ancienne École nationale préparatoire, devenu un musée, est l’institution où Frida Kahlo étudia et rencontra Diego Rivera.

L’accident qui brisa ses projets mais ouvrit la voie à ses créations

Un après-midi de septembre 1925, un véhicule entre en collision avec le bus dans lequel Frida Kahlo se trouve avec son compagnon de l’époque.

« Cela a été une collision très lente. Tous les passagers ont été blessés mais moi le plus.»

Frida Kahlo en ressort gravement blessée avec de multiples fractures aux jambes et le dos et le bassin transpercés par une tige métallique. Ces blessures la feront terriblement souffrir et lui vaudront des séjours répétés en hôpital tout au long de sa vie : « Une torture interminable ! » dira-t-elle en se remémorant cette période de souffrances continues.

À la suite de cet événement, Frida Kahlo doit renoncer à ses études de médecine. Elle commence à peindre durant sa convalescence avec les encouragements de ses parents. Sa mère a fait installer un chevalet spécial afin de lui permettre de peindre alitée. Son père lui met à sa disposition une palette et des tubes de peinture à l’huile.

La rencontre décisive avec Diego Rivera

Les panneaux se poursuivent, expliquant comment Frida Kahlo fait appel en 1928 à l’artiste mexicain Diego Rivera – rencontré lorsqu’elle étudiait à l’école préparatoire – pour commenter son travail. Célèbre à l’international grâce à ses grandes fresques murales révolutionnaires, communiste militant très engagé dans son pays, Diego Rivera est de vingt ans son aîné. Une relation naît entre les deux artistes qui partagent non seulement leur passion pour la peinture mais aussi leurs opinions politiques. Frida adhère au Parti communiste mexicain dirigé par Diego Rivera dont il se fera plus tard exclure en raison de ses critiques envers le communisme soviétique et de son soutien à Léon Trotski qui tombera sous le charme de Frida.

L’union de deux monstres sacrés de l’art mexicain et leur séjour aux États-Unis

Les panneaux se succèdent, feuilletant les chapitres de l’artiste. En 1929, malgré les réticences de sa mère qui estime que c’est « le mariage entre un éléphant et d’un pigeon ! », Frida Kahlo épouse Diego Riveira lors d’une cérémonie civile. En 1930, le couple part pour « Gringoland » et s’installe à San Francisco pour un an. À la même époque, Frida Kahlo développe son style vestimentaire – qui est le signe caractéristique de l’artiste – composé de costumes traditionnels mexicains – tel un rebozo, sorte de foulard qui se drape ou une jupe Tijuana (de la ville éponyme de Basse-Californie) aux couleurs bigarrées – et se fait fréquemment photographier dans ces tenues qui deviendront son estampille identitaire et artistique.

En 1932, Frida Kahlo et son mari se rendent à Detroit, car Diego Rivera est chargé par le Detroit Institute of Arts de peindre une fresque dans le Garden Court.

Enceinte de trois mois, Frida Kahlo perd l’appétit, angoissée par une seconde grossesse compliquée. Elle subit une seconde fausse couche, une expérience terriblement violente qu’elle immortalisera dans son œuvre Henry Ford Hospital. Quelques tableaux rappellent ces fausses couches et peuvent heurter la sensibilité des jeunes enfants si les parents ne les y préparent pas avant la visite.

Retour au Mexique et des amitiés qui comptent des artistes, des auteurs et des politiciens

De 1937 à 1939, le couple d’artistes, de retour au Mexique, accueille Léon Trotsky et son épouse Natalia Sedova, alors en exil. Durant cette période, Frida Kahlo entretient une brève liaison avec le révolutionnaire marxiste. Le mariage de Frida Kahlo et Diego Rivera n’était pas conventionnel car le couple vivait dans des maisons séparées et entretenait fréquemment des relations extraconjugales. En particulier, Diego Rivera qui « a eu sa première aventure durant un an après notre mariage et pour qui la fidélité n’a jamais été à l’orde du jour. » se souvient Frida Kahlo qui poursuit : « Diego m’a brisé ma vie quand il a séduit ma sœur préféré, Cristina. »

La voix off qui accompagne l’expérience immersive enchaîne :

« Je n’ai jamais eu d’aventure ni de passade. Nous nous sommes parfois partagés les amants. »

En effet, Frida Kahlo a eu des relations avec des hommes et des femmes, avec entre autres, la peintre américaine Georgia O’Keeffe.

André Breton et son épouse, la peintre Jacqueline Lamba, arrivent au Mexique à la mi-avril 1938 et s’engagent dans de vives discussions avec Léon Trotski et Diego Rivera. Breton associe Frida Kahlo au mouvement surréaliste, ce dont elle se défend :

« Je peins ma réalité, ma vie et non pas des êtres surréalistes qui appartiennent aux rêves. »

En 1939, Frida Kahlo est invitée à Paris par André Breton. Ses œuvres sont présentées dans une exposition qui rencontre un grand succès. Durant son séjour, elle fait la connaissance de plusieurs figures artistiques telles que Pablo Picasso ou encore Max Ernst. De retour au Mexique, Frida Kahlo divorce une première fois, ne supportant plus les aventures incessantes de son mari. En 1940, elle présente ses œuvres durant l’Exposition internationale du surréalisme organisée à la Galería de Arte Mexicano. Le 8 août, Frida Kahlo et Diego Rivera se remarient à San Francisco : « Le remariage fonctionne bien. », affirmera-t-elle.

Création et maladie

Entre 1943 et 1951, la vie de l’artiste est ponctuée de phases créatives et d’hospitalisations. Elle obtient notamment un poste de professeure à l’école des arts La Esmeralda et reçoit le Prix national de la peinture pour son œuvre «Moses». En 1950, elle passe neuf mois à l’hôpital après avoir subi sept opérations de la colonne vertébrale. Toujours plus dépendante des antalgiques, elle ne peut peindre qu’en position couchée. La galerie Lola Álvarez Bravo de Mexico organise la première exposition individuelle de l’artiste sur sa terre natale en 1953. En raison de son état de santé, elle assiste au vernissage dans son lit d’hôpital. Plus tard cette même année, elle doit se faire amputer la partie inférieure de la jambe droite et tente de mettre fin à ses jours.

Disparition et héritage

Sept jours après son quarante-septième anniversaire, le 13 juillet 1954, Frida Kahlo s’éteint dans la Casa Azul. Elle aurait été emportée par une embolie pulmonaire, les rumeurs de suicide par overdose de médicaments et de somnifères ne pouvant être confirmées. Après la veillée au Palais des Beaux-arts, son corps est incinéré et l’urne contenant ses cendres est déposée dans la Casa Azul.

Viva Frida Kahlo à Beaulieu Lausanne
© Timon Bachmann

Une grande salle qui invite à une immersion complète et enchanteresse dans la vie et l’œuvre de l’artiste

Avec une courte attente de cinq minutes entre chaque lancement de l’expérience immersive, le temps d’attente invite à contempler un décor projeté, fait de sculptures aztèques ou mayas puis les colonnes s’affaissent, laissant apparaître de très nombreux tableaux juxtaposés : des œuvres de Frida Kahlo puis apparaissent des photographies de l’artiste enfant, de sa famille, de l’artiste adulte aux côtés de Diego Rivera.

En trois-quarts heure d’expérience immersive, l’exposition retrace la vie de l’artiste, de son enfance au Mexique à sa relation avec Diego Rivera, en passant par sa maladie et son accident aux répercussions dramatiques ; le parcours de l’artiste est raconté au travers de ses œuvres phares. La narration à la première personne par une voix incarnant Frida Kahlo guide les visiteur·se·s au cœur d’une riche iconographie et des thématiques qui y sont associées.

Immergeant le public dans la vie et les œuvres de l’une des artistes les plus emblématiques du XXème siècle, la visite est accompagnée par une bande musicale spécialement conçue pour ce projet, enchaînant des musiques signées Silvio Buchmeier, artiste zurichois qui travaille entre Zurich et Los Angeles. Tous les morceaux soutiennent judicieusement les images projetées, par moments nostalgiques, par moments très entraînants.

On retient de cette expérience immersive un feu d’artifices grâce aux peintures expressives de Frida Kahlo, de leur symbolisme, des plantes luxuriantes et des animaux exotiques colorés. Le public de tous âges sera séduit, imprégné des fameux autoportraits au monosourcil « destiné à ce qu’Alejandro me remarque, même si détail de ma physionomie n’est pas vrai ! ».

Viva Frida Kahlo, expérience immersive, est à voir jusqu’au 19 mars 2023, tous les jours de la semaine sauf le lundi.

https://vivafridakahlo.ch

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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