Locarno 2022 : Where the Crawdads Sing (Là où chantent les écrevisses), d’Olivia Newman, projeté sur la Piazza Grande, crée l’événement en proposant l’adaptation du roman de Delia Owens

S’inspirant du roman à succès de Delia Owens, la réalisatrice et scénariste américaine Olivia Newman plonge le public dans la mystérieuse et captivante de la vie de Kya (Daisy Edgar-Jones), une fillette livrée à elle-même et qui a grandi en survivant, jusqu’à l’âge adulte, dans les marais dangereux de la Caroline du Nord. Attirée par deux jeunes hommes de la ville, la farouche et énigmatique Kya s’ouvre à un monde nouveau et surprenant, fait de sensualité et de sentiments pas toujours réciproques. L’un, Tate Walker (Taylor John Smith), est emphatique, tendre, respectueux et bien décidé à lui apprendre à lire et à écrire ; l’autre, Chase Andrews (Harris Dickinson), est dans la séduction immédiate, sans fioritures, voire brutale.

— Taylor John Smith et Daisy Edgar-Jones – Where the Crawdads Sing
©Sony Pictures Releasing Switzerland GmbH

Lorsqu’il est retrouvé mort, Kya est immédiatement désignée par la communauté comme la principale suspecte, mais le couple d’épiciers de la bourgade, James « Jumpin » Madison (Sterling Macer) et son épouse Mabel (Michael Hyatt) ainsi que l’avocat Tom Milton (David Russell Strathairn) viennent soutenir la frêle Kya, si vulnérable et proie facile de la vindicte populaire prête à la broyer et à la sacrifier sur l’autel de la morale bien-pensante.

« Ce que j’ai aimé dans le livre de Delia Owens et que je voulais intégrer dans l’adaptation cinématographique, c’est la relation unique de Kya avec le marais. C’est là qu’elle se sent complètement libre, mais aussi terriblement isolée. »

Olivia Newman fait donc de ces marais, à la fois si mystérieux et parfois anxiogène, un protagoniste à part entière de son film. Ces marais représentent un havre accueillant pour la faune et la flore locales. C’est dans les marécages de Caroline du Nord qu’Olivia Newman choisit d’entraîner, dès les premières séquences, les spectateurs en menant une enquête, dont la chronologie remonte parfois le temps, pour enquêter sur la mort de Chase Andrews afin de disculper Kya, livrée à elle-même face à la condamnation sans appel de la communauté.

Il faut dire que, pendant des années, les rumeurs les plus saugrenues et rocambolesques ont été entretenues sur la « Fille des Marais » de Barkley Cove, isolant toujours davantage la délicate Kya de la communauté qui, au fil des ans, a fait bloc contre cette jeune fille si sensible. Kya a connu une enfance difficile, faite des cris et des coups assénés par son père, mais nourrie par la tendresse d’une mère bafouée et résignée qui finira à fuir le foyer familial, laissant Kya seule avec ce père qui ne sait aimer que par l’autorité et la violence. Délaissée par ses frères et sœurs, Kya élabore alors une relation symbiotique avec la nature et hésite à nouer de nouvelles relations et à se rapprocher des gens.

Le roman de Delia Owens, Where the Crawdads Sing (Là où chantent les écrevisses) a remporté un immense succès auprès du lectorat anglophone qui attend avec impatience de découvrir l’adaptation cinématographique d’Olivia Newman (First Match) qui transpose à l’écran le scénario de Lucy Alibar (Beasts of the Southern Wild).

Certes, cette adaptation au sous-texte profondément riche comporte quelques clichés sur la société du Sud des États-Unis, mais le récit, suffisamment captivant, les surmonte sans difficulté pour réussir à fasciner le public. Comme la toile de fond est le marais ou le marécage, l’ambiance particulière qui en émane entretient une atmosphère troublante, parfois inquiétante, voire angoissante pour autrui, mais cet univers apparaît toujours accueillent pour Kya qui y trouve un refuge.

Magnifiquement tourné et mis en valeur par une photographie empreinte de tons impressionnistes, le film d’Olivia Newman entraîne le public dans un fil narratif rondement mené, couronné par une touche finale qui ne manquera pas de le surprendre.

Si toute la distribution est remarquable et contribue à la crédibilité de l’histoire – dont on pourrait supposer qu’elle s’inspire de faits réels, ce qui n’est pas le cas – la justesse de l’interprétation de Daisy Edgar-Jones est à souligner.

Firouz E. Pillet, Locarno

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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