Berlinale 2022 – Generation 14plus : Shabu, de Shamira Raphaëla, suit un adolescent de Peperklip dans ses tribulations quotidiennes

Le documentaire Shabu de la réalisatrice néerlandaise Shamira Raphaëla, présenté en première dans la section Génération de la Berlinale 2022, suit le cas de conscience et les tribulations quotidiennes d’un jeune homme, Shabu Sharonio, âgé de quatorze ans, toujours de bonne humeur, enthousiaste, créatif, ingénieux et débrouillard.

Shabu de Shamira Raphaëla
© Tangerine Tree

Le Néerlando-Caribéen Shabu vit avec sa famille dans un bloc appelé Paperklip, dans un quartier notoire de Rotterdam Sud,

« Un quartier réputé pour être le pire quartier dans lequel vous pouvez vivre, bien qu’il ait été construit dans les années 1980 comme un lieu utopique, avec une conception particulière qui permettrait à la communauté de se rassembler dans sa zone centrale »

selon la documentariste.

Par le biais d’une esthétique très contemporaine, l’objectif de la caméra de Shamira Raphaëla, collé au visage poupin du protagoniste qui, paradoxalement, roule les mécaniques, le film brosse un portrait coloré, vibrant et touchant d’un jeune adolescent.

Alors que sa grand-mère est en vacances au Suriname, Shabu détruit sa voiture lors d’une balade. Dans la tradition de leur pays d’origine, toute la famille, en colère, se réunit dans un conclave familial dans le salon devenu un arbre à palabres des temps modernes qui convie l’aïeule par appel vidéo. La grand-mère, dont le visage fermé et le regard noir de colère, trône sur la table à travers l’écran de l’ordinateur, dit à Shabu combien il l’a déçue et lui rappelle qu’il est son préféré parmi les petits-enfants. C’est là que le bât blesse : en sus du défi financier que Shabu doit relever, il a besoin de soutien car il a déçu et blessé la femme la plus importante de sa vie.

Shabu a un été pour faire amende honorable avant que sa grand-mère, qui a impérativement besoin de sa voiture, ne revienne de vacances. Shabu va devoir regorger d’inventivité pour gagner la somme nécessaire. Shamira Raphaëla invite son public à suivre les élucubrations et les astuces de Shabu dans un quartier où tous se connaissent, où tous discutent ensemble, où les mères de famille font descendre un panier par une corde pour récupérer les courses que leurs enfants ont faites, où les tenues sont bigarrées.

C’est l’été : la météorologie est ensoleillée et la photographie en résulte lumineuse. Vu les températures assommantes, la mère de Shabu lui suggère de confectionner et vendre des sucettes glacées pour payer les dégâts mais cela ne le mènerait guère loin. L’adolescent doit trouver une autre solution : il est engagé pour ranger les aliments dans les rayons d’une supérette. Cependant, où qu’il se trouve, Shabu se met à faire de la percussion, y compris avec des baguettes improvisées sur une balustrade dans les allées des immeubles ou en entassant les paquets d’aliments en les tapant dans le magasin « pour bien les aligner », précisera-t-il au gérant.

Shabu de Shamira Raphaëla
© Tangerine Tree

Car Shabu est avant tout un musicien dans l’âme qui ne rêve que de vivre de son art et de devenir célèbre comme il le confie à sa petite-amie. Il lui vient à l’esprit l’ingénieuse idée d’organiser un concert dans son quartier, avec une participation modique, afin de récolter une plus grosse somme pour faire réparer la voiture. Cette solution lui permettra de combiner l’argent avec sa passion, son talent musical et les plaisirs d’un été torride.

En visionnant le film de Shamira Raphaëla, on en oublie rapidement qu’il s’agit d’un documentaire tant la frontière avec la fiction est ténue. Avec aisance et fluidité, la documentariste sort des cases limitant les deux registres du documentaire et de la fiction. Shamira Raphaëla assume parfaitement cette confusion des genres en soulignant :

« Au final, chaque documentaire est toujours une fiction ; il n’y a pas de documentaire objectif. C’est simplement l’interprétation de la réalité par le cinéaste, et par conséquent, cela ne peut jamais être une perspective globale. »

Avec Shabu, Shamira Raphaëla invite les spectateurs à un voyage tant ethnique, générationnel que musical vibrant, empli de couleurs, de rythmes, de notes et de sons. La bande originale, signée Michael Varekamp, distille régulièrement des parenthèses musicales, entre blues, zouk, reggae, raggamuffin, rap, entre autres. Shamira Raphaëla a opté pour un montage ludique qui accompagne visuellement les errances affectives et sentimentales de l’adolescent.

« Je suis un petit garçon de Peperklip. »

C’est ainsi que se décrit Shabu, en référence au (tristement) célèbre bâtiment du sud de Rotterdam où il a grandi.

Tout au long du film, Shabu prend des airs d’adulte qui sait tout et qui « gère », apparaissant en public comme un garçon qui a l’air plus mûr qu’il ne l’est et qui, une fois la façade tombée, peine à assumer la responsabilité de ses actes. Malgré ses airs de gros dur avec les amis de sa bande, et l’apparente désinvolture qu’il affiche face à sa famille, Shabu dévoilera sa tendresse et son âme d’enfant dans une sorte de catharsis finale.

L’été que diffuse ce documentaire lumineux et attendrissant conviera les festivaliers de la Berlinale et les spectateurs qui pourront y aller en famille, le documentaire de Shamira Raphaëla s‘adressant au public de tout âge, sans limitation pour les spectateurs les plus jeunes.

Shabu a remporté au Festival international du film documentaire d’Amsterdam 2021 (IDFA) le Prix du meilleur documentaire jeunesse et risque bien de ne pas laisser indifférents les spectateurs de la Berlinale!

Entre le 14 février et le 19, six projections du film sont proposées. À réserver sur https://www.berlinale.de

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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