Décès de Pierre Cardin : le créateur d’avenir s’éteint

— Pierre Cardin dans un salon à Saint-Honoré, à proximité du mobile Eclair, 1977
Image: Benjamin Loyauté, CC BY 3.0 , via Wikimedia Commons

Pionnier du prêt-à-porter, l’avangardiste de la mode et ambassadeur du style futuriste, Pierre Cardin a terminé sa longue existence à l’hôpital américain de Neuilly, le 29 décembre.
Son héritage de plus de 600 millions d’euros regroupe de nombreuses licences planétaires. Né le 2 juillet 1922 à Biagio di Callalta, non loin de Venise, Pietro Constante Cardini fut le benjamin d’une famille de 10 enfants. Il a grandi à Saint -Etienne et est monté à Paris en bicyclette en 1945, où il a exercé le métier de danseur et comédien, puis comptable. Mais c’est la mode qui l’inspire. Cardin a appris le métier chez Jeanne Paquin et Elsa Schiaparelli avant d’aider Christian Dior, d’inventer le New Look et  de révolutionner l’habillement féminin.  Ensemble ils ont créé le mondialement connu tailleur Bar !
Au milieu des années 50, le couturier ouvre sa propre maison à l’âge de 28 ans et s’installe au 10, rue Richepanse, actuelle rue du Chevalier-de-Saint George. Sa rencontre avec Jean Cocteau accentue son intérêt pour la création des masques et costumes. Cardin créa toute la garde robe porté par les acteurs de La Belle et la Bête.
Quelques années plus tard, en 1953, il présente sa première collection en enthousiasmant le public et sa déjà nombreuse clientèle, avec la robe Bulle. La tenue a mis au grand jour son penchant prononcé pour les formes géométriques. Sa première boutique portant le nom significatif d’Eve, a été ouverte en 1957 dans la rue Faubourg-Saint-Honoré. Uns année après il ouvre Adam, un espace commercial consacré à l’homme.Les deux existent toujours.

La mode est ma drogue…

Ces mots sortent souvent de la bouche du couturier, à l’aube des années 60. La décénie fut marqué par de célèbres créations : celle des Beatles, habillés en vestes sans col, ou les costumes du film de Jean Delannoy La princesse de Clèves, et ceux de John Steed de la série anglaise The Avengers (Chapeau melon et bottes de cuir). Il a aussi créé la garde-robe de Jeanne Moreau, pour le film culte de Truffaut, La Mariée était en noir. L’actrice fut sa muse et compagne;  il a vécu avec elle quatre ans.

Les jupes suspendues à des hauts métalliques, robes bulles, chasubles à découpe hublot, un graphisme unique et multiple attaché aux couleurs d’arc en ciel et nuances argentées, caractérisent le style Cardin. Le couturier qui a élaboré les habits de lointaines galaxies et mondes inconnus a réalisé son rêve en 1971 quand il a revêtu la combinaison spatiale de Buzz Aldrin.
D’abord éloigné de la Chambre Syndicale de la mode parisienne pour son engagement et activités inhabituelles au marché professionnel, le styliste a suivi son idée de devenir une marque.

La griffe disparaît au bout de trois mois, alors qu’une marque ça reste!

disait-il.

Pierre Cardin a aussi développé plusieurs licences : l’eau minérale, le papier peint, la vaisselle, les cigarettes…
Pour percer à l’international, il organisait des somptueux shows, faisant défiler ses mannequins dans la Villa Médicis à Rome, sur la Place Rouge à Moscou, au Palais Blanc à Belgrade ou en plein désert de Gobi ainsi que à bord d’un porte avion à Tianpu en Chine. Cardin est le seul créateur français, membre de l’Académie des Beaux Arts, depuis 1991. Il a fêté à l’Institut de France 70 ans de son travail créatif. Il a réussi à développer la production de parfums, de bijoux et de design. Il a aussi été le propriétaire du  restaurant mondialement connu Maxim’s!

— Dynel (Cardine) 1968, France Gift of Lauren Bacall
Image: Museum at FIT from USA, CC BY-SA 2.0 , via Wikimedia Commons

Au nom de l’art

La Fondation artistique de Pierre Cardin regroupait des peintres, sculpteurs, réalisateurs qui ont pu avancer et finir de nombreuses œuvres, grâce à son aide. Elle a été récupéré par la Ville de Paris en 2016.
Cardin a ouvert son propre musée à Saint-Ouen qu’il a nommé Passé-Présent-Futur et transporté à la capitale en 2014. Il a acheté le château du marquis de Sade à Lacoste, dans le Vaucluse avec une trentaine de maisons autour, pour y organiser des événements culturels.
L’unique couturier français qui a été le propriétaire de sa marque a présenté épisodiquement ses collections, ces dernières années. Il a vécu confortablement grâce aux 700 licences qu’il a créées. En été 2019 Cardin a été mis en honneur au Brooklyn Museum de New York avec la grande rétrospective de son immense œuvre intitulée : Pierre Cardin-Future Fashion.

Grand visionnaire, ce fils d’immigrés italiens a compris avant tout le monde la puissance d’une marque et de la vente immédiate des droits d’exploitation sur les articles. Fier d’avoir tout réussi sans financiers, sans banques, sans conseillers et surtout, sans aide des multinationales du luxe-comme il aimait souligner.

Djenana Mujadzic

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Rédactrice / Reporter (basée à Paris)

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