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FILMAR 2026 : Le festival qui bouscule nos regards sur l’Amérique latine

Du 13 au 22 novembre, Genève accueille la 28e édition de FILMAR en América Latina. Pendant dix jours, le festival propose 76 films – 55 longs métrages, dont 19 documentaires, et 21 courts métrages – venus de 14 pays d’Amérique latine. Une programmation qui ne réduit pas le continent à ses clichés et interroge, au fil des séances, les mémoires, les luttes, les liens familiaux, les identités et les futurs possibles.

Créé pour faire découvrir un cinéma assez rare sur les écrans commerciaux, FILMAR s’est imposé comme l’un des rendez-vous européens consacrés aux cinémas latino-américains. Plusieurs des films présentés ont été choisis par leur pays pour concourir dans la catégorie du meilleur film international aux Oscars 2027. La sélection fait également une place notable aux femmes derrière la caméra : 24 réalisatrices figurent parmi les 54 cinéastes programmés. Plus de la moitié des 30 invité·es du festival sont également des femmes.

Le film d’ouverture, El deshielo (Le Dégel), est signé Manuela Martelli. Après une carrière d’actrice, la cinéaste s’était révélée derrière la caméra avec 1976, un premier long métrage qui plongeait les spectateur·ices dans l’atmosphère étouffante de la dictature chilienne. Avec ce nouveau film, elle poursuit son exploration des traces laissées par l’histoire de son pays, en déplaçant cette fois son regard vers la période de transition démocratique, en 1992. Dans la continuité de son précédent opus, Martelli entraîne les spectateur·ices dans un récit à l’écriture subtile, qui distille progressivement ses éléments sans jamais livrer toutes les clefs de compréhension. Le mystère et les fantômes du passé y conservent une place essentielle, laissant au public le soin de s’interroger et de réfléchir aux non-dits, aux silences et à ce qu’ils révèlent. Porté par une jeune actrice au charisme naturel, El deshielo suit Inès (Maya O’Rourke), qui séjourne chez ses grands-parents, propriétaires d’un hôtel au pied des pistes d’une station de montagne. Dans cet environnement isolé, elle se lie d’amitié avec Hanna (Maia Rae Domagala), une adolescente allemande qui participe à un camp d’entraînement de ski. Mais cette rencontre prend une tournure inattendue lorsque Hanna disparaît. Derrière l’apparente tranquillité de cette station se dessine alors une atmosphère de plus en plus inquiétante, où les secrets des adultes et les blessures enfouies semblent remonter à la surface, à l’image de ces glaces qui fondent et libèrent ce que le temps avait recouvert.

Le film, sélectionné pour représenter le Chili aux Oscars 2027, sortira en Suisse le 9 décembre.

Six films en compétition

Nouveauté de cette édition, le Prix Cine FILMAR, doté de 4 000 francs, récompensera l’un des six films en compétition. Cette distinction entend soutenir la création cinématographique latino-américaine et renforcer les échanges entre les cinémas du continent et la Suisse. Le jury réunit Meret Ruggle, codirectrice de Trigon-film, Celya Larré, productrice éditoriale à la RTS, et Delphine Jeanneret, programmatrice et enseignante à la HEAD – Genève.

Sont en lice Ceniza en la boca de Diego Luna, Guerra de verano d’Alicia Scherson, Narciso de Marcelo Martinessi, Seis meses en el edificio rosa con azul de Bruno Santamaría Razo, Si no ardemos, cómo iluminar la noche de Kim Torres et Siempre soy tu animal materno de Valentina Maurel. Le festival décernera par ailleurs trois autres prix, également dotés de 4 000 francs chacun : le Prix du public, le Prix du jury des jeunes et le Premio Nuestra Voz.

La musique au cœur

Après son lancement en 2025, la section Cine Música prend une place plus importante dans la programmation 2026. Elle envisage la musique non comme un simple accompagnement des images, mais comme un langage à part entière : vecteur de mémoire, de résistance, de transmission et de célébration. Sept films composent cette sélection, consacrée notamment à la champeta colombienne, aux traditions musicales andines, à la figure de Violeta Parra ou encore au travail de l’ethnomusicologue Isabel Aretz.

Cette dimension musicale se prolonge hors des salles. Le dimanche 15 novembre, La Cité Bleue accueille une journée consacrée aux rapports entre musique latino-américaine et cinéma, avec une rencontre avec le compositeur Pierre Hamon, suivie de la projection de Pachamama, film d’animation de 2018 dont il a composé la musique. La journée se poursuivra avec la projection d’Isabel La Criolla, documentaire de Marcel Czombos qui revient sur le parcours, le travail pionnier de collecte des traditions musicales d’Argentine et du Chili et l’héritage d’Isabel Aretz, grande figure de l’ethnomusicologie. Cette séance sera suivie d’une rencontre avec Vania Aillon, directrice du festival, et Leonardo García-Alarcón, chef d’orchestre et directeur de La Cité Bleue.

Teresa Sánchez invitée d’honneur

FILMAR consacre cette année une section à l’actrice mexicaine Teresa Sánchez, invitée d’honneur de l’édition. Révélée notamment par Dos estaciones de Juan Pablo González, pour lequel elle a reçu un prix d’interprétation à Sundance en 2022, elle a construit une filmographie singulière au sein du cinéma indépendant mexicain.

Cinq de ses films sont présentés : Dos estaciones, Lo demás es ruido de Nicolás Pereda, Moscas de Fernando Eimbcke, Seis meses en el edificio rosa con azul de Bruno Santamaría Razo et Si no ardemos, cómo iluminar la noche de Kim Torres. Teresa Sánchez sera présente à Genève pour accompagner la projection de Moscas, le 16 novembre au Cinéma Bio-Carouge.

Mémoires et futurs

La programmation s’organise autour de grands parcours thématiques. Le premier, « Être soi, avec les autres », explore les façons de trouver sa place lorsque les normes sociales, les héritages et les blessures du passé pèsent sur les trajectoires individuelles. Il réunit des films sur la sororité, les liens familiaux, la masculinité et la résilience face aux traumatismes historiques.

Le second parcours, « Imaginer demain », interroge ce que les sociétés transmettent et ce qu’elles laissent derrière elles. Il mêle fictions dystopiques, œuvres consacrées au travail de mémoire et documentaires sur les rapports entre humains et nature. La sélection comprend notamment Tricontinentale, lettre à ouvrir au cas où de Laura Cazador, Les Survivants du Che de Christophe Réveille.

— Ours d’argent 2015 du meilleur scénario – Patricio Guzmán (& son épouse productrice Renate Sachse) pour El botón de nacár, Chili.
© Malik Berkati

Un hommage au cinéaste chilien Patricio Guzmán (1941-2026), disparu en septembre dernier, a également été ajouté au programme. Documentariste qui n’a eu de cesse de filmer son pays, d’en faire affleurer l’histoire et les blessures, mais aussi d’interroger ses paysages, chargés de silences qu’il a su si admirablement faire parler, Guzmán a consacré une grande partie de son œuvre à la mémoire, à la transmission et à la lutte contre l’oubli. Chez lui, les paysages ne constituent jamais de simples décors : le désert, les montagnes, l’océan et les glaciers deviennent les dépositaires d’une histoire collective, les témoins silencieux des drames humains et des violences politiques. Son cinéma tisse ainsi des correspondances entre les traces du passé et le présent, entre la mémoire humaine et celle de la nature, donnant aux éléments une profondeur presque métaphysique. À travers ses images, le cinéaste chilien a patiemment composé une véritable cartographie de la mémoire de son pays, où l’intime rejoint l’universel. Le festival projette les trois films qui composent sa trilogie documentaire consacrée aux paysages et à la mémoire du Chili : Nostalgia de la Luz (2010), El botón de nácar (2015) et La cordillera de los sueños (2019).

Les questions queer et LGBTIQ+ occupent également une place à part entière avec la section Historias queer, tandis que la section Au front réunit des films engagés. FILMAR propose aussi Opera Prima, dédiée aux premiers longs métrages, Focus Sud, qui met en avant les coups de cœur de l’année, et Regards actuels, panorama du cinéma latino-américain contemporain.

Un festival pour tous les publics

FILMAR ne s’adresse pas uniquement aux cinéphiles averti·es. La programmation FILMARcito propose 21 courts métrages destinés aux enfants dès 4 ans, avec des séries d’animation, des œuvres poétiques et des films documentaires pensés pour un jeune public. Le lancement de cette section a lieu le 14 novembre au Cinéma Bio-Carouge, avec deux séries de courts métrages et un interlude musical.

Le festival déploie également Más FILMAR, un ensemble d’événements en écho aux projections : concerts, fêtes, tables rondes, ateliers, conférences, performance et exposition. Au total, cinq discussions, tables rondes ou masterclasses, six concerts ou fêtes et six émissions de radio sont prévus pendant les dix jours du festival.

Parmi les temps forts figurent la masterclass de Valentina Maurel, « Filmer l’intime au-delà des stéréotypes de genres », le 17 novembre à la HEAD – Genève, ainsi qu’une table ronde consacrée à l’engagement, le 19 novembre, autour de la question : « Pourquoi et comment s’engager aujourd’hui ? »

https://filmar.ch

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