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Genève: Dominique Ziegler rend un vibrant hommage au chanteur de The Doors dans Morrison’s Blues, présenté au Théâtricul. Rencontre

Au Théatricul, à Chêne-Bourg, Dominique Ziegler reprend Morrison’s Blues, une pièce qu’il a créée en 2021 pour les cinquante ans de la mort du chanteur de The Doors et qui revient sur sa trajectoire. Le Théâtricul est ce petit théâtre insolite et empli de charme qui compte une cinquantaine de places et où l’on accède par une petite porte en bois puis un long couloir qui mène à une petite cour intérieure : une sorte de caverne d’Ali Baba où les curieux peuvent y découvrir des trésors. Et la pépite du moment, à découvrir depuis le 28 février jusqu’au 16 mars 2023, est Morrison’s Blues de Dominique Ziegler.

— David Valère et Ludovic Payet – Morrison’s Blues
© Olivier Pasqual

Ce soir, l’auteur et metteur en scène genevois assure, exceptionnellement, l’accueil et la vente des billets dans une franche bonne humeur communicative. Dominique Ziegler invite son public, venu en nombre, à savourer un breuvage au bar en admirant les nombreuses pochettes des vinyles de sa collection qui décorent le petit foyer du théâtre où un feu de cheminée crépite. Les spectateurs affluent. Nul doute ! Ce soir, la salle sera comble. Le public, qui discute joyeusement, entre dans l’antre de Jim Morrisson où une atmosphère immersive l’attend : Pierre Omer est à son clavier, tapant des notes électroniques qui convient au voyage alors que l’on distingue, dans la pénombre, la silhouette d’un vieux bluesman (David Valère) qui se tient devant une porte et qui gratte sa guitare. Puis, soudain, surgit, titubant, Jim Morrison, alcoolisé et défoncé par les drogues, qui finit par s’affaler parterre. L’artiste s’exclame :

« Je veux me barrer. J’en ai marre de ce cirque rock’n’roll. J’ai épuisé le truc. Deux albums et on arrive en fin de contrat. Après, je me casse. Pour toujours ! »

Mais le spectacle ne fait que commencer…

Entre poésie, onirisme et déchéance, cette pièce met donc en scène la rencontre fictive entre Jim Morrison, chanteur de The Doors, et un bluesman dans une rue de Los Angeles, en 1969. C’est cette créativité de l’artiste, poète maudit à l’image de Rimbaud ou de Baudelaire, que Dominique Ziegler a choisi d’explorer et de présenter dans son spectacle. L’auteur et metteur en scène révèle les multiples excès de l’artiste, mais aussi ses doutes et sa quête totale de liberté. Un dialogue s’instaure entre le vieux bluesman et Jim Morrison. Au fil des répliques, le bluesman se mue en une sorte de Jiminy Cricket qui amène le leader légendaire du groupe The Doors à remonter le temps jusqu’à son enfance sous la houlette d’un père militaire de carrière. Une éducation stricte et étriquée que Jim Morrison rejettera en chantant l’anti-militarisme à l’époque où les États-Unis envoient leurs troupes au Viêtnam.

Morrison, alcoolique et dopé, est en perte d’inspiration. Retrouvera-t-il cette veine créatrice qui a fait de lui une icône de la contre-culture ? C’est ce pan méconnu de la vie d’artiste, plus célèbre pour son charisme de sex-symbole, que Dominique Ziegler sonde en rappelant l’héritage qu’a laissé l’artiste : le rock et le punk, mais aussi son retour aux sources, dans une quête existentielle de pureté, dans une volonté de changer les choses et dans une rébellion face aux carcans de la société et au militarisme. À travers cet hommage au rock, au blues et à la fin des années soixante, période de tous les possibles et à un artiste sans concessions, à un être entier, parfois contradictoire, souvent irritant et devenu ingérable pour les acolytes de son groupe, Dominique Ziegler réussit avec brio à mettre en lumière sa part incandescente qui fascine encore aujourd’hui.

Dans un troublant mimétisme, Ludovic Payet incarne sur scène un Jim Morrison plus vrai que nature, en recherche d’authenticité, prêt à s’autodétruire pour retrouver le flux de la source, « the roots ». Face à lui, mais aussi à ses côtés, le bluesman – David Valère qui a tôt fait de se grimer pour incarner d’autres personnages – l’invite à se questionner et à faire ressurgir des personnes importantes de son passé.

À l’issue de la représentation, Dominique Ziegler et ses deux comédiens – Ludovic Payet et David Valère – nous ont parlé de la source d’inspiration qu’est Jim Morrison, poète maudit, pour eux. Rencontre.

 

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée/based Genève)

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