Genève : le Théâtre Am Stram Gram accueille Camille Rebetez, la Compagnie Extrapol et  Guillaumarc Foidevaux du 12 au 17 décembre 2019

Le temps festif des marchés de Noël et des pains d’épices rime aussi avec une sortie en famille au théâtre. Le Théâtre Am Stram Gram propose L’enfant et le monstre, de Camille Rebetez, la Compagnie Extrapol et Guillaumarc Froidevaux.

« Je pourrais rêver que des gens crient avec moi, les mêmes qui ont voulu me prendre dans les bras parce que je suis juste une enfant. Est-ce qu’ils sont là, quelque part, dans je ne sais quel arrêt de bus entre le dodo et le rêve ? Est-ce qu’ils veulent bien m’aider à sortir de ce noir cauchemar ? Si y a quelqu’un criez ! Un, deux, trois ! »

Cette création de l’automne 2019 au Forum St-Georges à Delémont est en tournée et passe par Genève. Dans une mise en scène de Guillaumarc Froidevaux, interprété par Martine Corbat, Lionel Frésard, Laura den Hondt, dans une scénographie  signée Neda Loncarevic, avec Jérôme Bueche aux lumières et Julien Mégroz au son, ce spectacle est destiné aux enfants, dès sept ans, et bien entendu aux fratries et aux parents comme grands-parents.

L’enfant et le Monstre de Camille Rebetez
© Philippe Pache

Dans L’Enfant et le Monstre, la réalité n’existe que déformée par les rêves, neuf rêves en tout, neuf rêves et une illusion. La petite fille saute d’un rêve à l’autre, comme à saute-mouton, et quand le Monstre apparaît, ami et ennemi ; comme un désir et une angoisse, un diable qui n’aurait pas oublié qu’il fut un ange dans une autre vie. C’est un monstre un peu old-school dans un monde où tout s’évalue. C’est une enfant qui a ses peurs et ses doutes, son audace et son effronterie. Quand elle se réveille, elle tombe dans le rêve d’après, comme si Alice n’en finissait pas de tomber dans le terrier du lapin blanc.

Un texte de Camille Rebetez

Un monstre survient toutes les nuits dans les rêves d’une Enfant. Il recycle avec fantaisie et cruauté les images d’un monde que la petite fille n’arrive pas encore à appréhender. Se développe rapidement un rapport d’amitié et de trahison entre les deux protagonistes. Le monstre, un poil old school, excelle en effet dans les métamorphoses entre le confident intime et l’horrible traître. Il joue à emmener l’enfant dans un imaginaire déluré puis le guide vers d’horribles émotions qui la réveillent en sursaut, laissant son lit parfois mouillé.

Face à la cruauté onirique du monstre, l’Enfant va jusqu’à sombrer dans des phases d’insomnie pour ne plus subir ses cauchemars. On devine cependant en filigrane que le Monstre, bien qu’il semble jouir de toutes les libertés de l’imaginaire, est lui aussi soumis à des normes. Parabole du monde du travail, il doit rendre des comptes à une sorte de système qualité des rêves. Le Monstre doit faire du chiffre, être efficace dans ses cauchemars et générer un maximum de songes sans prendre le temps de créer des liens humains.

C’est là qu’il s’avère vieille école et quelque part dissident. Le Monstre veut produire du sens ; il profite de ses apparitions dans les rêves pour entraîner les enfants à exploiter leur imaginaire. Le temps lui est hélas compté et, de manière prématurée, la petite fille de L’Enfant et le Monstre doit se débrouiller avec ses propres armes encore bien menues pour transformer ce qu’elle rencontre dans la vraie vie, souvent exempte de douceur, y grandir et s’y épanouir.

L’intention du texte et du spectacle :  montrer le rêve et faire somnoler la réalité

Le texte est construit en neuf rêves et une illusion. Formellement, ce qui se révèle simple sur le plan de la dramaturgie devient un véritable défi pour la mise en scène et le langage théâtral. Le théâtre n’a en effet lieu que dans les rêves de l’enfant. Lorsque celle-ci se réveille, il n’y a plus d’histoire. Le théâtre s’arrête. On fait l’ellipse de tout l’éveil, et donc de la réalité de l’enfant. Ainsi le rapport à sa mère notamment, ou à tout ce qu’elle découvre dans le monde réel, n’émerge que par le truchement du rêve. Biaisé comme un bâton qu’on plonge dans l’eau ou de la lumière qu’on voit à travers un prisme.

Comment passer d’un rêve à l’autre sans plongée dans le réel ? Comment animer chaque rêve de manière indépendante, tout en trouvant une systématique pour les enchaîner, sans que celle-ci s’épuise ? Voilà tout le défi du projet d’Extrapol et de Guillaumarc Froidevaux de monter L’Enfant et le Monstre et de traduire scéniquement la liberté formelle que s’autorise le texte de Camille Rebetez.

L’univers d’Augustin Rebetez

Dès sa genèse, l’écriture de L’Enfant et le Monstre s’est construite en dialogue imaginaire avec l’univers d’Augustin Rebetez, notamment dans ce qui s’est révélé dans ses spectacles Rentrer au Volcan et L’Âge des Ronces. Le fatras ténébreux du plasticien, ses machines, pantins et automates mal fagotés sont devenus aux yeux de l’écrivain d’Extrapol les figures d’un cauchemar. Ce dernier s’est mis en tête de les confronter à une dramaturgie forte, et à son jeune public de prédilection. Extrapol a donc eu très tôt l’intuition de gruger le visuel et la plastique d’Augustin Rebetez.

S’il est aisé de piquer des objets dans sa réserve, voire de commander des bidouilleries ad hoc au plasticien pour la création scénique de L’Enfant et le Monstre, le frottement d’un texte jeunesse sur la thématique du rêve avec son univers sombre génère deux défis majeurs. Il s’agit d’abord de rendre les monstres assimilables par un public qui aime certes jouer à avoir peur, mais qu’il vaudrait mieux éviter de traumatiser. Ceci implique d’exploiter la matière d’Augustin Rebetez presque à l’instar de palimpsestes, en faisant de la bidouille par dessus une bidouille. Ensuite, il appartient à la mise en scène de placer ces productions dans un langage onirique cohérent.

Firouz E. Pillet

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Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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