Hit the road, premier long métrage de Panah Panahi, entraîne les spectateurs dans un road-movie empli de secrets et d’émotions

Panah Panahi a fait fort avec Hit The Road, son premier long métrage, un road-movie savoureux qui mêle harmonieusement humour, amour, mystère et poésie.

Hit The Road de Panah Panahi
Image courtoisie Filmcoopi Zurich

En Iran, de nos jours, une famille est en route vers une destination secrète. À l’arrière de la voiture, le père de famille (Hassan Madjooni) arbore un plâtre et se plaint sans cesse ; mais s’est-il vraiment cassé la jambe ? Quelques répliques au cours de ce voyage suggèrent que sa jambe n’est pas si cassée. À ses côtés, un jeune garçon (Rayan Sarlak) dont les dents de lait absentes laissent supposer qu’il est âgé de six à sept ans. Malgré son jeune âge, il est un véritable moulin à parole et pose des questions incessantes qui confrontent les adultes à leurs paradoxes. La mère (Pantea Panahiha), aux tempes grisonnantes, rit à gorge déployée de tout et de rien, mais ne serait-ce pas pour mieux retenir ses pleurs ? Leur petit garçon ne cesse de blaguer, de chanter et danser sans jamais ne s’arrêter, créant un tourbillon autour de lui, fatiguant ses parents et parfois les spectateurs. Mais toute la famille tombe d’accord sur un même sujet : elle s’inquiète pour le chien malade, couché dans le coffre, avec larges fenêtres, de la voiture. Seul le grand frère (Amin Simiar), qui conduit, reste silencieux.

Ce voyage familial nous fait découvrir de merveilleux paysages, variés, parfois lunaires, parfois plus habités. Lors d’une halte, les parents, lassés par le téléphone du jeune garçon qui ne cesse de sonner, décident de le cacher dans des rochers et de le récupérer lors de leur retour. On comprendra ultérieurement qu’ils ne sont pas censés avoir de téléphone sur eux.
Au fil des échanges entre les parents, le grand frère demeurant taciturne, les spectateurs sont entraînés dans ce voyage et suivent cette famille partie en voiture à travers les montagnes du nord de l’Iran pour un voyage agrémenté de chansons pop, de chamailleries et de rires mais où domine beaucoup d’amour parental, fraternel, filial. À mesure que les kilomètres défilent, la tension devient palpable : cette épopée a un but bien précis mais il ne s’agit pas de villégiature malgré la bonne humeur ambiante.

Ce premier long métrage de Panah Panahi alterne avec brio amour, humour, tensions croissantes et poésie, intensifiés par l’habitacle de la voiture ou mis en relief devant la somptuosité des paysages. Panahi, le nom vous semble familier ? Et pour cause puisque Panah est le fils de Jafar. Panah a donc baigné dans l’univers du septième art puisque son père, Jafar Panahi, était l’assistant et le disciple d’Abbas Kiarostami. Dès l’enfance, Panah a assisté aux repérages et aux tournages des films de son père et de Kiarostami. Formant son regard in vivo, Panah Panahi fait montre d’une immense maîtrise de la tension dramatique, laissant monter crescendo les discordances alimentées par les non-dits.

Pendant ses études, Panah Panahi a pu travailler comme assistant réalisateur et opérateur et ainsi apprendre sur le terrain. Il a secondé son père sur ses derniers films, de l’écriture jusqu’à la post-production. C’est tout naturellement que Panah Panahi a écrit le scénario de Hit the road seul puis l’a donné pour relecture à son père. Le jeune cinéaste a rencontré Amin Simiar sur le tournage du film de son père, Trois visages, et a pensé à lui pour le rôle du grand frère. Panah Panahi a pu bénéficié des conseils éclairés de l’acteur et commente :

« Mais il a fait plus que cela. Il a agi en véritable grand frère bienveillant, voire en thérapeute qui, sur le plateau, savait calmer mes déceptions, m’aider à trouver des solutions, faciliter mes prises de décision, discuter des choix de cadrage. Je lui suis très reconnaissant de cette collaboration qui m’a permis d’aller au bout de ce film. »

La musique joue un rôle prépondérant dans le film et amène la mère de famille à chanter. Ce sont des chansons pop qui datent d’avant la révolution et ont accompagné les Iraniennes et les Iraniens. Panah Panahi constate avec tristesse l’évolution désastreuse de la chanson pop, voire de toute la musique iranienne, ces dernières décennies et tenait à mettre des tubes pop dans la bande-son dont la plupart des interprètes sont en exil :

« J’ai choisi sans hésiter ces morceaux qui, à mon sens, correspondent parfaitement au contenu de mon film. Le régime ne tolère pas ces chansons d’artistes qui ont dû fuir à l’étranger après la révolution et voit d’un mauvais œil leur diffusion. »

Les dialogues sont très bien écrits, les acteurs très bien dirigés, les cadrages les mettant en relief. Panah Panahi sait maintenir le rythme du récit et du voyage avec justesse, brosse un tableau en ajustant savamment la composition des images tel un peintre apposant ses touches, le tout teinté de poésie. Son œil unique capture, avec empathie pour ses personnages, cette épopée extravagante vers une destination qui restera tue pour les spectateurs mais dont on comprend qu’elle implique un sacrifice familial, une séparation.

Tel père, tué fils : un cinéaste est né ! A suivre !

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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