Sortie en Suisse romande de Tom Medina, de Tony Gatlif

Présenté à Cannes en 2021, Tom Medina s’ouvre sur une scène magistrale où un jeune homme imprévisible bondit des gradins dans l’arène pour affronter un taureau alors que le toréador a été sorti et emmené : une véritable chorégraphie dont la magie séduit immédiatement. Le film sort aujourd’hui, 8 juin, sur les écrans romands. (…)

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La colline où rugissent les lionnes de Luàna Bajrami – La rage d’une jeunesse kosovare assoiffée de liberté

(…)Luàna Bajrami met en scène trois jeunes filles, classiquement dans le genre coming-of-age, aux trois caractères différents. Elle-même interprète Lena qui vient au village pour les vacances, chez sa grand-mère ; elle lit du Zola (L’Assommoir), sur un transat, dans le jardin. Qe (Flaka Latifi), la forte tête, Jeta (Uratë Shabani), très acrimonieuse, Li (Era Balaj), la plus calme, ne lisent pas la misère de la condition humaine, elles la vivent. Elles suffoquent dans la chaleur de l’été comme dans leur vie asphyxiée par l’ennui et le manque de perspective (…).

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Hit the road, premier long métrage de Panah Panahi, entraîne les spectateurs dans un road-movie empli de secrets et d’émotions

Panah Panahi a fait fort avec Hit The Road, son premier long métrage, un road-movie savoureux qui mêle harmonieusement humour, amour, mystère et poésie.

En Iran, de nos jours, une famille est en route vers une destination secrète. À l’arrière de la voiture, le père de famille (Hassan Madjooni) arbore un plâtre et se plaint sans cesse ; mais s’est-il vraiment cassé la jambe ? Quelques répliques au cours de ce voyage suggèrent que sa jambe n’est pas si cassée. À ses côtés, un jeune garçon (Rayan Sarlak) dont les dents de lait absentes laissent supposer qu’il est âgé de six à sept ans. Malgré son jeune âge, il est un véritable moulin à parole et pose des questions incessantes qui confrontent les adultes à leurs paradoxes. La mère (Pantea Panahiha), aux tempes grisonnantes, rit à gorge déployée de tout et de rien, mais ne serait-ce pas pour mieux retenir ses pleurs ? (…)

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Sortie sur les écrans romands de Petite nature (Softie) de Samuel Theis ou l’histoire d’un petit gars délicat dans un monde social de brutes

ohnny (formidable Aliocha Reinert) a dix ans, une mère à la vie intime instable, une petite sœur dont il doit s’occuper et un grand frère qui vit sa vie d’adolescent en stabulation libre. C’est un enfant que sa mère qualifie de « mature et malin », ce qui n’est pas étonnant vu les responsabilités qui lui incombent dans cet environnement familial. Intelligent, sensible, curieux, il observe, toujours aux aguets des histoires des adultes qui l’entourent. Il habite dans une cité HLM en Lorraine, mais, comme à l’école, peine à s’intégrer et se faire accepter par les autres. En début d’année scolaire, il intègre la classe de Monsieur Adamski (Antoine Reinartz), un jeune titulaire qui a suivi dans la région sa compagne Nora (Izïa Higelin) mutée au Centre Pompidou-Metz. Le jeune professeur établit dès la première rencontre un contact que l’on sait immédiatement qu’il va devenir privilégié. S’il y a quelques faiblesses dans ce film, c’est sur ce genre de gros traits narratifs qui rendent le spectateur trop passif et l’histoire à chaque étape attendue, ce qui n’empêche pas le propos de Petite nature d’être tout à fait pertinent dans sa dimension sociale. Le jeune professeur va prendre sous aile Johnny, lui ouvrir l’horizon des possibles et lui donner confiance en lui pour opérer un acte d’émancipation au déterminisme social et familial. L’effet dramaturgique moins intéressant et cousu de fil blanc, même s’il est vraisemblable, est le processus de transfert mi-paternel mi-amoureux de Johnny envers son pygmalion et de la fixation qu’il va faire sur lui.
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Sur les écrans suisses: Grosse Freiheit, de Sebastian Maise, rappelle la terrible condition des homosexuels dans l’Allemagne d’après-guerre

En Allemagne de l’Ouest, en 1968 : une période de protestations et de réveil pour la société… Mais pas pour Hans (Franz Rogowski) qui se trouve derrière les barreaux après avoir été surpris, et filmé à son insu, en train d’avoir des relations sexuelles avec un homme. (…)

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Jane par Charlotte permet une rencontre entre deux femmes pudiques qui se dévoilent en toute sincérité

Pour son premier film derrière la caméra, Charlotte Gainsbourg choisit de rendre hommage à Jane Birkin – à la femme, à l’artiste, à la Muse de Gainsbourg, à l’icône des années septante mais surtout à sa mère. Charlotte Gainsbourg, équipé de sa caméra et de son appareil photo, a commencé à filmer sa mère pour la regarder comme elle ne l’avait jamais fait et pour nous la dévoiler comme Jane Birkin ne nous est jamais apparue. La pudeur de l’une face à celle de l’autre n’avait jamais permis un tel rapprochement. Mais par l’entremise de la caméra, la glace se brise pour faire émerger un échange inédit, complice, émouvant, échelonné sur plusieurs années, qui efface peu à peu les deux artistes et révèle les femmes, les mères, les filles, les sœurs, les mettant délicatement à nu dans une conversation intime inédite et universelle pour laisser apparaître une mère face à une fille. Jane par Charlotte mais aussi Charlotte face à Jane, renouant la relation mère-fille que les aléas de la vie ont parfois éloignées, sous le regard amusé de Joe, la fille cadette de Charlotte. (…)

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Un héros, d’Asghar Farhadi, ou de la sanction apposée par les réseaux sociaux

Un héros commence alors que le personnage principal, Rahim (Amir Jadidi), est en prison pour non-paiement de sa dette. Il obtient deux jours de permission et tente de persuader son créancier de retirer sa plainte en lui promettant qu’il va tout mettre en œuvre pour en rembourser une partie, mais les choses ne se passent pas comme prévu. Durant cette brève permission, Rahim trouve un sac à main empli de bijoux en or. Après quelques tergiversations et hésitations, il colle des affiches pour retrouver la propriétaire dudit sac. A priori, Rahim semble un homme tout à fait normal mais désespéré de se trouver derrière les barreaux : ce sac et son précieux contenu sont une aubaine et vont bouleverser sa vie ; il devient rapidement un personnage dont on parle abondamment à la télévision et sur les réseaux sociaux.
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Locarno 2021 : Vortex, de Gaspar Noé, ausculte la décrépitude et la démence progressive au sein d’un couple d’octogénaires

Vortex a été présenté en séance spéciale sous le label Cannes Première au Festival de Cannes 2021 et a été projeté sur la Piazza Grande de Locarno sur la Piazza Grande le dimanche 8 août. Gaspar Noé a coutume de filmer les jeunes, les corps dansant et les corps en transe, les ébats, l’amour, le sexe. Avec Vortex, le cinéaste argentin, établi en France depuis son enfance, semble s’être assagi. Gaspar Noé se penche sur une tranche d’âge qui ne figurait pas dans ses centres d’intérêts jusqu’ici :  les octogénaires, les personnes âgées.
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Cannes 2021 : Aya, de Simon Coulabaly-Gillard, présenté dans ACID, traite du drame des réfugiés écologiques à travers le portrait d’une adolescente résolument optimiste

La première séquence s’ouvre sur la mer, paisible, aux roulis réguliers qui invite à la quiétude et au voyage, puis la camera de Simon Coulabaly-Gillard suit une jeune fille qui porte une bassine en plastique et s’approche d’un navire, pris d’assaut par de nombreux enfants et par quelques adultes qui portent tous un récipient. Les enfants s’agrippent aux flancs du bateau alors que les adultes ramassent les poissons jetés par-dessus bord par les pêcheurs et tombés à l’eau. Toute en douceur, la caméra de Simon Coulabaly-Gillard nous présente Aya (Marie-Josée Kokora), ramenant le seau porté sur sa tête, chez elle auprès de sa mère (Patricia Egnabayou) qui s’occupe de son bébé.
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Cannes 2021 : Moneyboys, de C.B. Yi, présenté dans Un certain regard, dépeint les affres existentiels d’un prostitué homosexuel dans le sud de la Chine

Présenté dans la sélection Un Certain regard du Festival de Cannes 2021, Moneyboys, de C.B. Yi ose traiter d’un sujet particulièrement tabou dans la Chine contemporaine : la prostitution masculine.
Pour subvenir aux besoins de sa famille, le jeune Fei, originaire d’un petit village pêcheurs du Sud de la Chine, se prostitue dans les grandes villes et finit par s’établir à Shenzhen. Fei gagne donc sa vie comme Moneyboy. Son monde s’effondre lorsqu’il se rend compte que sa famille accepte son argent mais pas son homosexualité; elle lui interdit de retourner au village pour les funérailles de son grand-père. Le cœur brisé, Fei lutte pour écrire un nouveau chapitre de sa vie.
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