La doyenne des artistes françaises tire sa révérence

Que d’émotion que d’apprendre que Gisèle Casadesus nous a quittés ce dimanche 24 septembre. Certes, la doyennes des artistes françaises  avait un certain âge, voire un âge certain. Mais de sonner qu’elle avait joué au théâtre dans des mises en scène de Louis Jouvet, Pierre Dux,  Georges Wilson, Francis Poulenc. De grands noms du septième art l’ont dirigée : Michel Deville, Roger Vadim, Claude Lelouch, Jean Becker, Robert Guédiguian … La liste est encore bien longue.

Les jeunes générations l’auront peut-être découverte dans son émouvante interprétation, en 2010, de Margueritte dans La Tête en friche, de Jean Becker où elle donnait la réplique à un certain Gérard Depardieu dans une version contemporaine d’Harold et Maude.

— Gisèle Casadesus au festival du film de Cabourg, 2012
(Georges Biard – CC BY-SA 3.0)

Née à Paris au sein d’une famille d’artistes, Gisèle Casadesus est la fille du compositeur et chef d’orchestre d’origine espagnole Henri Casadesus et de la harpiste Marie-Louise Beetz, d’origine juive et devenue fervente protestante. Elle vit la Première Guerre mondiale en se réfugiant, fillette avec son frère, dans la cave de leur domicile parisien afin d’échapper à la menace de l’armée allemande. À quatorze ans, elle accompagne son père aux États-Unis pour une longue tournée.

Après un premier prix de comédie au Conservatoire national supérieur d’art dramatique à l’âge de vingt ans, elle entre en 1934 à la Comédie-Française. La même année, elle épouse le comédien Lucien Pascal (de son vrai nom Lucien Probst), avec lequel elle partagera septante-deux d’amour et aura quatre enfants tous artistes.Lors d’un entretien, elle confiera que le secret de la longévité de leur amour est « de ne jamais s’endormir sur une dispute et de toujours se réconcilier avec l’être aimé. » Apparemment, son conseil semblait être sa philosophie de vie. Son mari, Lucien Pascal, meurt le 12 août 2006, à l’âge de 100 ans.

Gisèle Casadesus devient la 400ème sociétaire de la Comédie-Française le 1er janvier 1939, puis sociétaire honoraire le 15 avril 1967. Elle est sur le paquebot de retour d’une tournée de trois mois en Amérique du Sud avec la Comédie-Française lorsqu’elle apprend le début de la Seconde Guerre mondiale ; son mari est mobilisé.

Au cinéma, Pierre Billon l’engage en 1943 pour le rôle de Clotilde de Grandlieu dans Vautrin d’après Honoré de Balzac aux côtés de Michel Simon et en 1946 pour le rôle de Marie dans L’Homme au chapeau rond aux côtés de Raimu.

Elle quitte la Comédie-Française en 1962, puis est nommée sociétaire honoraire en 1967 mais revient y jouer en 1980, puis pour des lectures en 1990. Devenant Doyenne des Sociétaires honoraires de la Comédie-Française et Grand-Croix de la Légion d’honneur, Grand-croix de l’ordre national du Mérite en mai 2009 et Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres en janvier 2011, Gisèle Casadesus a reçu en 2003 un Molière d’honneur pour l’ensemble de sa carrière.

Toujours alerte et infatigable, Gisèle Casadesus tourne en 2012, à nonante-huit ans, sous la direction de Aytl Jensen dans le film Le Jeu de cette famille, aux côtés de Michel Galabru et Anna Gaylor. À l’âge de cent ans, en 2014, elle joue le rôle d’Anna Simon, la grand-mère de Aytl Jensen dans le moyen métrage dramatique Plus jamais ça !, aux côtés d’Anna Gaylor.

 

La silhouette frêle et le regard pétillant de Gisèle Casadesus resteront gravés dans nos mémoires tout comme son impressionnante et inénarrable carrière.

Firouz Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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