La mouche, de George Langelaan, mise en scène et interprétée par Valérie Lesort et Christian Hecq, convoque ingéniosité, inventivité, créativité et malice !

Le Théâtre Kléber-Méleau (TKM) à Renens (VD), convie le public à savourer La Mouche, librement inspiré de la pièce de George Langelaan, dans une adaptation et une mise en scène de Valérie Lesort et de Christian Hecq, du 28 septembre au 8 octobre 2021.
Créée en janvier 2020 au Théâtre des Bouffes du Nord, La Mouche, part en tournée les 25 et 26 octobre 2021 au Centre culturel d’Uccle, en Belgique, du 4 au 6 novembre à l’Espace des Arts, Scène nationale à Chalon-sur-Saône, les 12 et 13 novembre au moulin du Roc à Niort.

— Christian Hecq et Valérie Lesort au TKM à Renens le 3 octobre 2021
© Firouz Pillet

Couple à la ville, le tandem allie leurs deux noms dans leur travail depuis de nombreuses années. « Pourtant, quand nous nous sommes rencontrés, nous ne pensions travailler ensemble et nous ne soupçonnions pas que travailler ensemble serait si inspirant et enrichissant ! » déclare Valérie à l’auditoire très enthousiaste et attentif en ce dimanche matin 3 octobre 2021. En effet, le TKM a convié son public, sur inscription, à partager une conversation dominical, animée par Alexandre Demidoff, journaliste et critique de théâtre et de danse au Temps, d’animer cette rencontre avec Valérie Lesort et Christian Hecq.

Dans une alternance complice et respectueuse, Christian Hecq poursuit : « Valérie et moi nous nous sommes rencontrés en 2004 sur le spectacle Musée haut, musée bas au Théâtre du Rond-Point. »

Sans révéler les arcanes de la mise en scène de La Mouche, les deux artistes font allusions à leurs passions et à leurs parcours. Valérie se lance en premier :

« Ma chambre d’adolescente était un bric-à-brac, inaccessible, qui débordait d’objets divers que j’accumulais au point que j’ai dû dormir dans la chambre d’ami pendant un an. Je suis issue d’une famille qui entretient une relation étroite avec le théâtre : mon grand-père était metteur en scène, mon père réalisateur et ma mère critique de théâtre. J’ai suivi une formation de plasticienne-magicienne tout en suivant des cours d’Art dramatique. Dans La Mouche, je suis comédienne et je mets en scène avec Christian mais, en tant que plasticienne, j’ai réalisé tous les artifices qui permettent à Robert de changer physiquement au cours de la pièce et de sa métamorphose. »

Christian rebondit sur les propos de sa compagne et enchaîne aussitôt :

« Je suis comédien-athlète formé à l’INSA de Bruxelles – L’Institut national supérieur des arts du spectacle- , d’où l’importance de l’art circassien dans mon parcours. Quand la Comédie frança9se est venu me cherche en 2008, j’ai été très étonné vu que j’excellais plus dans le mouvement que dans le verbe d’une part, et que d’autre part, j’avais conservé un fort accent belge, un virtuose du verbe comme du mouvement. Mon entourage a su me convaincre d’accepter cette proposition et je suis sociétaire de la Comédie française depuis 2013 et où j’enchaîne les rôles. »

Rebondissant aux questions qui se succèdent dans une ambiance conviviale et bin enfant, le duo mentionne les étapes de leurs parcours avec une estime et une connivence tangibles :

« Notre collaboration artistique a commencé avec la création de Boliloc en 2007 au sein de la Compagnie Philippe Genty, puis s’est poursuivie en 2012 pour la création sur Canal+ d’un programme court avec la figure de M. Herck, en marionnette hybride dans des capsules très courtes d’environ une minute, une formule qui nous a permis de constater l’émulation qui émanait de notre travail commun. »

Valérie souligne combien elle a pu mettre en valeur son travail de plasticienne dans un nouveau projet qu’ils mènent ensemble :

« En 2015, nous entretenons une nouvelle création d’envergure : l’adaptation du roman de Jules Verne, 20 000 lieues sous les mers, pour la Comédie-Française Théâtre du Vieux-Colombier. Cette adaptation nous a permis de recevoir le Molière 2016 de la Création visuelle, ainsi que le prix de la critique de la même année. En 2018, nous mettons en scène Le Domino noir d’Auber à l’Opéra comique. En 2019, la compagnie Point Fixe a pour première création La Mouche, présentée aux Bouffes du Nord. Un manifeste qui dit l’importance de mêler sur scène « l’art de la parole, l’art plastique, l’art du mouvement, l’art de la manipulation », dans une défense militante de l’artisanat ».

Christian souligne :

« La Mouche, tout le monde connaît le film de David Cronenberg, entre polar et thriller. Si les gens ot découvert le roman de George Langelaan, c’est grâce au film de Cronenberg et non le contraire ! »

Valérie poursuit aussitôt :

« Cette fable métaphorique nous a amené à puiser dans le burlesque et dans le Théâtre grand-guignol que nous adorons et qui nous a permis de mêler avec bonheur les frissons d’horreur aux fous rires et aux éclats de rires. Par contre, nous recommandons aux parents et aux grands-parents de ne pas y emmener des enfants en bas âge et conseillons de respecter un âge minimum de douze ans. Certains passages peuvent vraiment inquiéter, voire angoisser les enfants.»

Quant à la scénographie signée Audrey Vuong, une scénographie champêtre, inventive et qui met immédiatement le public en immersion, le tandem d’artistes précise en s’échangeant des sourires complices :

« Cette histoire, librement inspirée de La Mouche, fait écho à l’univers de La Soucoupe et le perroquet, un épisode de l’émission télévisée belge Strip-tease, qui suivait un couple formé par une mère octogénaire et son fils, vieux garçon charentais : Suzanne a quatre-vingts ans et son fils Jean-Claude, cinquante. Ce sont des gens simples et normaux, estimés de leurs voisins. Pendant que Suzanne fait la cuisine, Jean-Claude termine le troisième moteur de sa soucoupe volante. Nous nous sommes inspirés de cet épisode en faisant de Robert un vieux garçon qui se consacre à sa machine de téléportation. Cet ancrage dans un milieu rural simple et les téléphones de Robert nous ont permis de mélanger de manière déconcertante la fiction et l’imaginaire, le réel et le fantastique. »

Ainsi, La Mouche, par le truchement de relecture de Valérie l’esprit et de Christian Hecq, entraîne le public dans une campagne profonde, reprenant la machine à se téléporter inventée par le savant de George Lagenaan dans les années cinquante. Robert (Christian Hesse), la cinquantaine, esseulé et mis au ban de la société par ses bizarreries, vit toujours avec sa mère, Odette (Christine Murillo, toujours aussi pétillante et truculente !) qui rêve de le voir épouser la fille de la voisine, Marie-Pierre (Valérie Lesort), une jeune fille ingénue et candide. Ce vieux garçon acariâtre mais qui « ne ferait pas de mal à une mouche » va fusionner de manière fortuite avec cet insecte. Sur un terrain vague où ils ont installé leur caravane, vivant reclus dans sa chambre-laboratoire installée dans un hangar, Robert enclenche des écrans qui, comme souligne Christian Hecq « sont ces fameux écrans noirs sur lesquels s’inscrit une écriture verte flou et d’où sort une voix métallique à l’image des débuts de l’informatique des années soixante-septante. Le hangar de Robert a un peu l’aspect de ma chambre d’adolescente et d’étudiant. Toutes époques-charnières comme l’époque de Jules Verne et des inventions, l’époque des balbutiements de l’informatique sont des époques fascinantes. » Devant ses écrans entourés de deux « télépodes », Robert multiplie les tentatives de téléportation et, pour le plus grand plaisir du public, va tenter de téléporter dans sa machine un steak détourné d’un repas, le chien Charlie, le lapin du clapier, la chaussette de la voisine et la voisine elle-même. Dès son apparition sur scène, Christian Hecq déclenche les rires face à sa mère, tonitruante telle la Castafiore, qui s’affuble d’une perruque dès que l’on sonne au carillon du portail. La dégaine et les mimiques de Christian Hecq donne à Robert une allure inénarrable et cocasse qui crée un savoureux contraste avec la silhouette gracile et la voix de crécelle de Marie-Pierre. Convaincu d’avoir fait un grand bond la technique grâce à son invention, Robert prend le risque de se placer lui-même dans sa cabine de téléportation… La polie ne va pas tarder à venir enquêter sur la disparition mystérieuse de Marie-Pierre et c’est l’inspecteur Langelaan (Jan Hammenecker) qui relie les indices les plus déconcertants.

Mêlant les artifices de la farce et de la comédie pour glisser progressivement et imperceptiblement vers le polar et le fantastique, mettent en exergue le travail plastique remarquable de Valérie Lesort et de Carole Allemandet les acrobaties de Christian Hecq, la pièce se termine sur un pied-de-nez scénique d’une incroyable virtuosité.

Un régal pour les pupilles, les esgourdes et pour l’esprit !

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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