L’Amour selon Nacer Khemir : calligraphies de l’artiste exposées à l’ICAM L’Olivier et cycle de films au Cinélux à Genève – Rencontre [audio]

« La langue, comme un jardin, et tout d’abord une clôture et sa terre est faite des sédiments des générations passées. Son parfum embaume les morts et les vivants ; elle est à la fois le dessin et la quintessence de l’âme d’un peuple dans le miroir du temps. »

À partir de ce constat, mettant à profit la réclusion forcée induite par le confinement, l’artiste tunisien Nacer Khemir, ne pouvant envisager un tournage, s’est mis à peindre créant de nombreuses calligraphies autour des noms de l’amour dans la langue arabe. Exprimant son art à travers le cinéma, l’écriture dont les contes, la peinture à la sculpture, la calligraphie, il est parvenu à tirer un trait d’union artistique deux rives entre le Nord et le Sud, entre l’Orient et l’Occident. Sur l’invitation de son ami de longue date, Alain Bittar, fondateur et directeur de la librairie L’Olivier et de l’ICAM – l’institut des cultures arabes et méditerranéennes -, Nacer Khemir expose une partie de calligraphies dans l’espace réservé aux expositions au sous-sol de la librairie. Lors du vernissage de l’exposition, le public a pu découvrir, dans une ambiance conviviale, une sélection des calligraphies de Nacer Khemir, présent pour converser et échanger avec le public. Les tableaux exposés marquent le regard et l’esprit par leurs couleurs vives qui semblent avoir permis à l’artiste de conjurer l’absence de contacts durant le confinement.

Comme le souligne Nacer Khemir,

« lorsqu’un nomade déroule son tapis sur le sable, c’est un jardin qu’il déroule, comme un Tapis du souvenir, titre d’une toile de Paul Klee. »

Ainsi, Nacer Khemir a développé une réflexion en travaillant sur les soixante noms de l’amour dans la langue arabe et a réalisé ses œuvres entre mantra, litanie de couleurs, écritures, traces et signes, comme pour clamer avec Cioran : « On n’habite pas un pays, on habite une langue ».

— Nacer Khemir à l’ICAM L’Olivier, Genève le 2 0ctobre 2021
© Firouz Pillet

Les cinéphiles connaissent le travail du réalisateur depuis L’Histoire du Pays du Bon Dieu, (1976) Les baliseurs du désert (1984) qui remporte le Grand prix du Festival des Trois Continents à Nantes, le Prix de la première œuvre au Festival de Carthage, la Palme d’or du festival de Valence et le Prix de la critique internationale de la Mostra de Venise, suivi par le succès du film Le collier perdu de la colombe (1991) qui remporte le Prix spécial du jury à Locarno, le Grand prix 1991 du Festival de Belfort, le Prix spécial du jury du Festival Francophone de Saint-Martin. En 2017, le film est restauré par la Cinémathèque royale de Belgique et est sélectionné pour faire partie des films classiques mondiaux à la Mostra de Venise 2017 dans la section Venezia Classici.

Les lecteurs savent l’abondante création littéraire de Nacer Khemir dont l’œuvre, constituée d’une douzaine d’écrits, continue sans cesse de s’accroître. Avec la complicité de l’éminent professeur Jamal Eddin Bencheikh, auteur de la dernière traduction du fameux recueil de contes arabes, Nacer Khemir embarque le spectateur dans une incroyable épopée, A la recherche des mille et une nuits (1991), au cœur de la dualité entre le jour et la nuit, le devoir et le désir. En 2005 , Nacer Khemir réalise Ba’bAziz, Le Prince qui contemplait son âme, film qui reçoit le Dagger d’Or au Muscat Film Festival au Sultanat d’Oman et le Prix Henry Langlois de la Cinémathèque Française. En 2007, on le retrouve devant la caméra du metteur en scène suisse Bruno Moll avec qui il co-écrit Voyage à Tunis. En 2008 Nacer Khemir écrit et réalise un moyen métrage L’Alphabet de ma mère pour le Festival de Jeonju en Corée du Sud. En 2010, il produit et réalise En Passant, avec André Miquel. En 2011 il co-produit et réalise Shéhérazade, ou La parole contre la mort. En 2012 il produit et réalise Looking for Muhyiddin. En 2013 il produit et réalise Yasmina et les soixante noms de l’amour. En 2014 il produit et réalise Min Ayna Nabda ? (Par où Commence ?) qui obtient le prix du meilleur film tunisien au Festival des Réalisateur tunisiens en 2015. En 2017, Nacer Khemier écrit, réalise et produit un long métrage de fiction, Whispering Sands qui est en 2017 dans la sélection officiel de Dubai International Film Festival et dans la sélection officiel de la Mostra de Valencia 2018 et qui a reçu le Best Film Award au New Delhi International Film Festival. En 2020, il produit et réalise un long métrage docu-fiction Loving Wallada.

Le public genevois pourra découvrir les deux derniers films, Whispering Sands et Loving Wallada, consacré à Ibn Hazm et à l’essor de la poésie et du chant andalou, respectivement le 13 et 14 octobre au Cinélux; les projections seront suivies d’une rencontre et d’une discussion avec Nacer Khemir. Nacer Khemir, qui a sorti un livre-essai, Le Livre Des Marges, autour de son expérience de cinéaste, publié en 2019, a amené des exemplaires à la Librairie L’Olivier de son dernier ouvrage, L’Amour selon Nacer Khemir, sorti en mars 2021.

L’imagination galopante, la plume féconde, le pinceau habile, l’inspiration intarissable de Nacer Khemir ne cesse d’envoûter et de surprendre. Grâce à l’invitation d’Alain Bittar, Nacer Khemir sera présent lors de divers rendez-vous durant le mois d’octobre et ses calligraphies sont à découvrir dans l’espace consacré aux expositions à l’ICAM jusqu’au 30 octobre.

Juste avant le coup d’envoi du vernissage de l’exposition de ses calligraphies, Nacer Khemir nous a consacré un peu de son précieux temps, en compagnie de son épouse Nawara à laquelle il a confié la mission de répondre à plusieurs questions, tous deux accueillis et présentés par Alain Bittar.

 

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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