Mostra 2017 : Una famiglia – trafic d’enfants à Ostia pour le second film de Sebastiano Riso

Massimo Troisi (acteur italien, réalisateur, scénariste et cabarettiste, protagoniste de la nouvelle comédie napolitaine née au début des années septante, surnommée “la bande dessinée des sentiments”, ndlr.) a déclaré que le deuxième film est le plus difficile à faire. Voilà qui est confirmé par Sebastiano Riso avec Una famiglia, en lice dans la compétition officielle, ce mélodrame exagéré et exaspérant, traite du sujet délicat et, malheureusement, toujours actuel du trafic de nouveau-nés. Le thème de l’utérus loué méritait de la finesse et du tact, ne serait-ce que par respect pour les personnes confrontées a ce genre de situation dans la vraie vie.

— Micaela Ramazzotti et Patrick Bruel – Una famiglia
© La Biennale di Venezia

Vincent (Patrick Bruel ) est né il y a cinquante ans près de Paris, mais a coupé tout lien avec ses racines. Maria (Micaela Ramazzotti ), sa cadette de quinze ans, a grandi à Ostia, dans une banlieue misérable, mais elle n’a plus vu sa famille non plus. Ensemble, ils forment un couple étrange qui semble en autarcie et qui conduit une existence isolée dans la Rome indolente et distrayante de nos jours, fuyant les contacts avec le brouhaha de la ville et les regards indiscrets des voisins. Dans les faits, Vincent et Maria sont bel et bien en train de se camoufler : lorsqu’ils prennent le métro, ils s’assoient soigneusement et tendrement. Parfois, ils dînent au restaurant, plus intéressés à se regarder dans leurs yeux que de savourer la nourriture dans leurs plats. Quand ils rentrent chez eux, ils font l’amour avec la passion des débuts, dans un appartement de banlieue qu’elle entretient avec soin. Et pour cause ! Alors que Vincent/Vincenzo crapahute toute la journée à l’extérieur, Maria l’attend, confinée à la maison. Pourtant, pour un regard plus attentif, cette apparition quotidienne, si normale, cache un terrible projet de vie, fomenté par lui avec une détermination astucieuse, et accepté par Maria, en vertu d’un amour inconditionnel. Un projet visant à aider les couples qui ne peuvent pas avoir d’enfants. En arrivant au bout de ses forces physiques et émotionnelles, Maria décide de suivre son instinct et annonce a Vincent que ce sera sa dernière grossesse, Maria décide qu’il est temps de former une vraie famille. Le choix conduit à la rébellion de Vincent, l’homme de sa vie.

Dès la séquence d’ouverture, le ton est donné et n’augure rien de bon : des dialogues intéressants mais insuffisants au sein du couple ou avec le médecin impliqué, le docteur Minerva, dans ce sordide trafic, deviennent, malheureusement, de plus en plus maladroits.

Le second film de Sebastiano Riso souligne que le cinéma italien actuel éprouve une énorme difficulté à gérer les tons mélodramatiques, une difficulté déjà tangible dans le film de Cristina Comencini, Quando la notte (2011), avec Ferzan Özpetek et sergio Castellitto. Ici, l’écriture confuse et elliptique dessert le propos qui aurait mérité plus de rigueur.

— Micaela Ramazzotti – Una famiglia
© La Biennale di Venezia

Les acteurs semblent en roue libre, livrés a eux-mêmes par une réalisateur démissionnaire quant a la direction. Le résultat donne une constante exagération et une réminiscence qui insupporte rapidement de la part de Micaela Ramazzotti, hystérique la majeure partie du temps. Son travail de mémorisation semble avoir été assez rudimentaire puisqu’elle passe les trois-quarts du film à appeler : « Vincenzo ». D’après des journalistes italiens dans la file pour la salle Darsenna dans laquelle le film a été projeté, l’actrice s’est spécialisée depuis plusieurs films dans un tel registre et ne parvient plus en s’en extirper. Certes, les spectateurs comprennent sa douleur et le fait qu’elle veut garder au moins un des nombreux enfants qu’elle a accouchés. Et pour incarner le personnage de Vincenzo, Patrick Bruel est désorienté, une pièce rapportée du cinéma français, sans doute pour son charisme, incapable de donner vie à un personnage qui est à la fois immature dans les comportements passés comme présents (on suppose qu’ il a probablement échappé à une situation similaire).

Vu la gravité du sujet, pourquoi humilier les personnages, maltraiter le thème et ridiculiser la figure de la femme qui semble ici soumise, incapable de réagir et de prendre une décision alors que son corps lui appartient ? L’unique réponse plausible est que ces choix maladroits, voire scandaleux de la part du cinéaste, sont censés répondre aux besoins d’un film qui veut tellement démontrer la «honte» du monde pour apporter crédibilité et légitimé à son film … Est-ce sa façon de condamner moralement cette pratique par le truchement de son protagoniste masculin ?

Toute l’empathie du public va à cette mère manquée, cette femme privée de ses propres enfants, cette victime absolue ; mais cette dernière finit rapidement par nous agacer, desservie par le jeu excessif de Manuela Ramazzotti.

Lors de la projection de presse, les journalistes italiens comme ceux de la presse internationale ne s’y sont pas trompés et ont hué le film Una Famiglia.

Firouz E. Pillet de la Mostra 2017, Lido

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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