Mostra 2025 – Concorso : Jay Kelly, de Noah Baumbach, offre un savoureux portrait métacinématographique de George Clooney en star aux prises avec sa propre identité
Entre comédie et mélancolie, avec une constellation lumineuses de stars telles George Clooney, Adam Sandler, Laura Dern, Billy Crudup, Riley Keough, Grace Edwards, Stacy Keach, Jim Broadbent, Patrick Wilson, Eve Hewson, Greta Gerwig, Alba Rohrwacher, Josh Hamilton, Lenny Henry, Emily Mortimer, Nicôle Lecky, Thaddea Graham, Isla, le film explore la frontière entre vie et performance, entre être et paraitre, entre l’amour et les regrets d’une star face au miroir.
Cr. Peter Mountain/Netflix © 2025.
Noah Baumbach arrive au Lido de Venise avec un air de Dolce Vita qui fleure bon la grande époque du cinéma italien glamour des années cinquante. Pour sa première participation à la Mostra de Venise, le cinéaste américain débarque avec un film taillé sur mesure pour George Clooney: « Être soi-même est une sacrée responsabilité. Il est bien plus facile d’être quelqu’un d’autre ou personne. » Avec la voix de Sylvia Plath, Jay Kelly se livre comme un dilemme existentiel et transforme cette phrase en boussole narrative : un acteur qui doit interpréter le rôle le plus difficile, celui de sa propre vie.
Jay Kelly raconte l’histoire d’un homme qui revient sur sa vie et réfléchit aux choix, aux sacrifices, aux succès et aux erreurs qu’il a commises. Quand est-il trop tard pour changer le cours de sa vie ? Jay Kelly est acteur et, à ce titre, le film traite de l’identité. Comment nous nous interprétons. Qui sommes-nous en tant que parents, enfants, amis, professionnels ? Sommes-nous mauvais ? Sommes-nous sincères et authentiques ? Ou toujours dans le jeu de rôle et dans l’apparence ? Quel fossé existe-t-il entre ce que nous avons décidé d’être et ce que nous pourrions être réellement ? Qu’est-ce qui fait une vie ? Le film parle de ce que signifie être soi-même et de l’assumer pleinement.
Écrit par Noah Baumbach et Emily Mortimer, réalisé par Baumbach lui-même, le film suit une star de cinéma en pleine transition personnelle. Le protagoniste, interprété par George Clooney, est un acteur célèbre qui entreprend un voyage à travers l’Europe, en partie pour retrouver sa fille et en partie pour faire face au temps qui passe et à ce qu’il a laissé derrière lui.
Comme le souligne Baumbach : « Il y a des moments dans la vie où nous nous persuadons de savoir qui nous sommes. Mais sommes-nous vraiment les personnes que nous présentons au monde ? »
Jay Kelly est une légende du cinéma, une star qui a conquis les écrans et les cœurs. Mais derrière les paillettes se cache un homme fragile et plein de regrets. Clooney incarne un alter ego qui n’a pas peur de la vulnérabilité : devant le miroir, il récite les noms des grandes stars dans une truculente mise en abime – Clark Gable, Cary Grant, Robert De Niro – comme des chapelets profanes, tentant en vain de se reconnaître dans un panthéon qui alimente ses doutes existentiels. Un rôle qui exige une connexion rare entre la star et son personnage, comme l’a souligné Baumbach lors de la conférence de presse :
« Nous connaissons tous George, tout comme les personnages du film connaissent Jay. Il était essentiel que le spectateur ressente cette connexion. »
Le chef opérateur Linus Sandgren réalise des plans-séquences époustouflants qui transforment le passé en présent, tandis que la musique de Nicholas Britell imprègne le récit, entre nostalgie et renaissance. La séquence dans le train pendant la Pentecôte est inoubliable : un moment qui allie action et poésie, comme si le cinéma nous rappelait qu’il dépeint la vie.
« Pour Jay », dit Baumbach, « tous les souvenirs sont du cinéma.» Une phrase qui est une déclaration poétique et une clé de compréhension : la mémoire comme archive cinématographique, les regrets comme films non développés.
Entre une réelle atmosphère glamour et une bande son exceptionnelle, le nouveau film de Noah Baumbach pourrait bien être l’un des films qui capabe d’animer la compétition à la Mostra de Venise.
Firouz E. Pillet, Venise
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