Locarno : les turpitudes de l’amour analysées par Francesca Comencini

Le 5 août, la presse découvrait Amori che non sanno stare al mondo. le dernier né de Francesca Comencini, fille de Luigi. Le jour suivant, c’est le public de la Piazza Grande qui a pu voir le seul film italien de la section, l’un des films qui importaient le plus aux sélectionneurs du 70ème Festival de Locarno. Amori, basé sur son roman éponyme, suit les affres d’une femme quinquagénaire (Lucia Mascino), dévastée, se remémorant, l’âme en peine et pleine de regrets, ”l’amour de sa vie” qui a pris fin au bout de sept ans. Ils sont tous deux professeurs d’université à Rome mais son grand amour (Thomas Trabacchi) a rencontré une jeune femme qui pourrait être sa fille. D’ailleurs, d’un enfant, il n’en voulait pas et c’est le désir insistant de maternité de sa compagne qui a fini par le lasser et l’amener à rompre.

— Lucia Mascino , Thomas Trabacchi – Amori che non sanno stare al mondo
© Locarno Festival

Dans ce film qui chevauche les niveaux temporels dans une étreinte continue et neurasthénique, l’intrigue met en vedette Lucia Mascino (Claudia) et Thomas Trabacchi (Flavio).

Lors de la conférence de presse, la réalisatrice a souligné : « Il était important que Claudia soit auto-ironique et auto-critique, cela peut parfois paraître très agaçant, dans d’autres instants, plus tendre. Claudia n’est pas un personnage qui essaie de plaire afin d’éviter la victimisation ». C’est, en effet, le sentiment que suscite sa protagoniste qui excelle dans les instants de bonheur comme dans les scènes de ménage qui ont lieu à toute heure du jour et de la nuit. On finit par compatir avec son compagnon qui semble avoir une patience infinie alors qu’il part la chercher en voiture au milieu de la nuit, errant dans la campagne du Lazio. Francesca Comencini a expliqué à la presse à Locarno. « Son histoire est celle d’une obsession, une rivière de mots de celui qui ne cultive plus d’amour, c’est l’analyse de ce processus de la perte de l’être aimé. Le code de solidarité entre les hommes et les femmes, jusqu’à récemment, était la soumission des femmes. Aujourd’hui ce code a été laborieusement rompu, mais en changeant les règles, les femmes souffrent du résultat obtenu qui est la guerre. Parmi les femmes qui échappent au diktat de ce code, ce sont celles qui refusent la soumission. Nous le voyons dans les nouvelles, où les jeunes gens ne peuvent pas accepter la liberté de la femme qu’ils aiment « .

Seul film italien en lice pour le Prix du Public UBS,  Amori che non sanno stare al mondo est donc le dernier effort de Francesca Comencini, qui disserte à nouveau sur l’amour avec ce film de fiction dont on suppose aisément qu’il y a une part d’autobiographie.

Amori che non sanno stare al mondo de Francesca Comencini
© Locarno Festival

Claudia – Lucia Mascino – ne peut pas accepter le fait que Flavio – Thomas Trabacchi – l’homme avec lequel elle avait l’intention de passer le reste de sa vie, l’ait quittée: leur relation a pris fin en raison du caractère instable de Claudia. Maniaco-dépressive. Mais cette dernière se raccroche désespérément à cet amour passionnel qu’elle ne parvient pas à oublier. Le deuil d’une relation semble bien différent chez la gent masculine puisque l’homme d’âge mûr convole en justes noces avec une fille beaucoup plus jeune que lui; mais cette nouvelle flamme – bien qu’éphémère – va sauver Claudia de la dépression et lui permettre de normaliser ses relations avec Flavio.

Adapté du roman éponyme publié en 2013, ce film aborde des problématiques à la portée universelle et, de prime abord, ressemble à une comédie romantique. Le public de la Piazza Grande, majoritairement italophone, a ri de bon cœur. Il semblerait que la presse étrangère – en tous les cas, celle qui ne parlait pas la langue de Dante ait moins apprécié les questionnements et débordements amoureux de Claudia.

A y regarder de plus près, Francesca Comencini ausculte l’amour et ses déboires par la lunette de la lecture “genres” mais sans une grande subtilité. Le trait est forcé – Claudia découvre enfin le plaisir charnel dans les bras d’une élève; une professeure universitaire de “gender studies” révèle, non sans choquer son auditoire, que l’âge sociale d’une femme est triplé par rapport à son âge biologique, en fonction de son état civil, ses enfants à charge, etc.

Même si Claudia est une femme brillante qui dit ce qu’elle pense, sans trop de diplomatie à l’égard de son compagnon, le film semble surligner l’instabilité émotionnelle de sa protagoniste face à Flavio qui n’aspire qu’à la stabilité.

Si les spectateurs mordent à l’hameçon initialement, l’analyse de Francesca Comencini, par une métaphore de la sphère politique, aborde la question de l’inégalité entre les sexes: en sus du recours extrême de réitérer ses principes féministes dans les conversations avec Claudia, engagée à l’extrême, le féminisme devient une figure de proue malheureusement caricaturale lors du cours sur les principes de l’économie hétéro-capitaliste, enseignée par une professeure androgyne, vêtue de blanc tel un chercheur, voire un employé de centrale nucléaire.

Bref, sous couvert d’une comédie à tonalité existentielle, le combat des féministes des années septante et les analyses du rapport Hite (étude sociologique publiée par la sexologue Shere Hite en 1976, ndlr) semblent lointains. Femmes, levez-vous ! Hasta siempre, mujeres !

Firouz E. Pillet, Locarno

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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