TIFF 2022 : La Hija de todas las rabias (Daughter of rage), de Laura Baumeister, immerge le public au cœur du quotidien éprouvant d’une mère et de sa fille pré-adolescente, issues du quart-monde

Dans ce premier long métrage intitulé La Hija de todas las rabias (Daughter of Rage), présenté en première mondiale au 47e Festival du film de Toronto (TIFF), à Toronto, Laura Baumeister décrit le quotidien déchirant, mais étrangement poétique d’une fillette emplie de volonté, de pugnacité pour survivre.

La Hija de todas las rabias (Daughter of Rage) de Laura Baumeister
Image courtoisie TIFF

Dans ce premier long métrage, la jeune réalisatrice nicaraguayenne rappelle la triste existence d’un quart-monde oublié. À travers l’histoire de María et de sa mère Lilibeth qui vivent près de la plus grande décharge du Nicaragua, un endroit insalubre, oppressant, voire angoissant où le tandem mère-fille se démène pour survivre en recyclant des déchets métalliques, leurs « trésors », et en élevant leur chienne pour vendre ses chiots. Bien qu’endurcies par la malchance qui leur a été infligée, la relation entre Lilibeth et María est houleuse et bancale – la mère semble aimante, mais ne sait montrer son affection qu’avec les remontrances, les reproches, gronderies, voire les gifles. Cet amour maladroit les maintient cependant en vie.

Tout au long de son récit, Laura Baumeister explore avec justesse le lien fragile entre cette fillette de onze ans et sa mère, un lien brutalement mis à l’épreuve lorsqu’elles sont soudainement séparées alors qu’elles menaient certes une existence précaire, mais faite de rituels sécurisants jusqu’alors. Bientôt, la situation se complique à cause d’hommes locaux prêts à profiter de leur position vulnérable. On se prend rapidement d’affection pour cette fillette.

Contrainte de travailler pour des marchands d’humains, Lilibeth décide de laisser María entre les mains d’un couple qui tient un atelier de misère pendant qu’elle essaie de résoudre ses problèmes. Dans cet atelier, María rencontre Tadeo, un garçon aux manières douces, bienveillants à son égard et amoureux de la fillette, qui lui montre les astuces pour supporter les conditions de labeur imposées dans cet atelier. Les deux enfants développent rapidement une relation tendre qui aide María à faire face à son abandon par sa mère. Même si Tadeo est malade du mercure qu’il a tant trié avec ses mains nues et se languit de María, c’est lui qui lui montre une issue inespérée lorsqu’elle décide qu’il est temps d’aller retrouver sa mère.

La cinéaste réussit avec brio à impliquer les spectateurs qui s’inquiètent pour cette enfant qui est livrée à elle-même, auprès d’inconnus qui l’exploitent avec d’autres enfants encore plus jeunes qu’elle, et on admire sa ténacité à tout envisager pour retrouver sa mère dont elle ne sait plus rien. On partage sa volonté, son déterminisme si impressionnant vu son jeune âge, sa maturité, forgée par les conditions de vie si ardues qu’elle a connues, et on admire son incroyable résilience.

La majeure partie du film a été tourné à La Chureca et pour ce faire, la réalisatrice a appris à connaître ces enfants qui œuvrent avec ardeur quotidiennement dans la décharge. Frappée par leurs conditions de vie, Laura Baumeister a su montrer, avec pudeur et respect, que ces enfants sont comme tous les autres enfants de leur âge, imaginatifs, nourrissant des rêves et des espoirs malgré leur terrible quotidien, des espoirs et des rêves qu’ils racontent par le biais de blagues comme le fait Tadeo à l’égard de Maria pour lui faire oublier la noirceur et la violence dans laquelle ils sont reclus.

La Hija de todas las rabias (Daughter of Rage) de Laura Baumeister
Image courtoisie TIFF

Née au Nicaragua, Laura Baumeister a étudié le cinéma au Mexique et a été formée au Centro de Capacitación Cinematográfica du Mexico. Sociologue et cinéaste, Baumeister a réalisé les courts métrages Isabel in Winter à quatorze ans, Fuerza Bruta à seize ans et Ombligo de Agua à dix-huit ans.

Après avoir fait ces courts métrages, à vingt-deux ans, elle « s’est sentie prête à entreprendre » son premier long métrage pour lequel elle est retournée au Nicaragua pendant l’écriture, à La Chureca pour y mener des recherches dans un souci de véracité. Tout en ayant à cœur d’offrir une visibilité aux personnes démunies vivant dans cette gigantesque décharge, en particulier les enfants, Laura Baumeister tenait à explorer et à développer une relation mère-fille, ce qu’elle avait fait dans mes courts métrages précédents.

Elle souligne :

« La Hija de todas las Rabias est un film sur la résilience que de nombreux Latino-Américains sont obligés de développer pour avancer dans la dure réalité de leur pays. En l’occurrence, dans le cas d’une fille, une résilience qui consiste essentiellement à se tourner vers sa force intérieure, vers son monde fantastique ».

Déchirant, puissant, fort, poignant mais délicatement poétique, La Hija de todas las Rabias distille un espoir face à une adversité implacable et sait éviter l’écueil d’une fin larmoyante avec une touche finale qui laisse María entrevoir la liberté grâce sa volonté de vivre.

Le film étant coproduit par deux pays latino-américains (Nicaragua et Mexique) et trois européens (Pays-Bas, Allemagne et France), il est fort probable qu’il soit distribué en Suisse.

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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