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Vincent Messager : « Quand les comédien·nes s’amusent, le public s’amuse aussi »

Pendant six mois, une comédie de mœurs contemporaine et féroce a diverti le public parisien, attiré au Théâtre Apollo par un extraordinaire bouche-à-oreille et retrouvant ainsi l’esprit des grandes heures du théâtre de boulevard. Dans Le Complexe des Inséparables, première pièce de Simon Diken, Fabienne et Paul sont mariés depuis 25 ans et s’aiment encore comme au premier jour. À force d’être trop heureux et fidèles, ils sont devenus une « anomalie sociale ». Pour redevenir « normaux », ils décident de simuler l’infidélité, ce qui déclenche un engrenage absurde de faux amants et de quiproquos.

— Erwin Zirmi, Alexandra Vandernoot, Izabelle Laporte et Paul Belmondo – Le complexe des inséparables
Image courtoisie Les Enfants Terribles

Le metteur en scène, Vincent Messager, a bien voulu nous confier les raisons de ce très grand succès.

Votre mise en scène est dynamique, très cinématographique et particulièrement rythmée, sans temps mort. Elle semble séduire aussi bien le public que les professionnel·les. Comment expliquez-vous cette adhésion et comment parvenez-vous à créer cette connexion avec les spectateur·rices ?

Ce qu’il y a de plus important dans une comédie, à mon sens, c’est le rythme et les ruptures. Il ne faut pas laisser aux spectateur·rices le temps de reprendre leur souffle. Dès que la pièce commence, il faut en quelque sorte prendre le souffle du public pour ne le lui rendre qu’à la fin.

C’est donc un travail que nous faisons énormément en répétition : trouver le rythme juste, travailler les ruptures, éviter les temps morts et faire en sorte que la mécanique de la comédie ne s’arrête jamais.

L’autre élément essentiel, c’est bien sûr le choix du casting. Il faut que les comédien·nes soient le plus possible en osmose, qu’elles et ils s’entendent et qu’une véritable complicité existe entre elles et eux. Je suis convaincu d’une chose : lorsque les comédien·nes s’amusent réellement sur scène, cela devient communicatif. Et, presque inévitablement, le public s’amuse avec elles et eux.

Il s’agit de la première pièce de Simon Diken. Qu’est-ce qui vous a décidé à collaborer avec un auteur encore peu connu du public ?

En effet, il s’agit de la première pièce de Simon Diken. Mais que l’auteur soit connu ou non ne pèse absolument pas dans le choix d’une pièce. C’est même parfois plus intéressant de travailler avec un nouvel auteur, car cela nous permet de faire une véritable création, sans référence préalable ni comparaison.

Ce qui compte avant tout pour moi, c’est la pièce elle-même : son originalité, ce qu’elle raconte, mais aussi tout ce qu’elle peut offrir en termes de mise en scène et ce que nous pouvons en faire sur un plateau.

Vos comédien·nes ne sont pas toutes et tous nécessairement connu·es du grand public, à l’exception de Paul Belmondo. Comment les avez-vous choisi·es ?

Je nuancerais cette appréciation, car les quatre comédien·nes de la pièce ont chacun·e construit leur propre carrière et travaillent régulièrement avec d’autres metteur·euses en scène et d’autres productions.

C’est particulièrement vrai pour Alexandra Vandernoot : il suffit de regarder son parcours pour mesurer l’importance de sa carrière. Elle a tourné pour de nombreuses productions françaises et internationales, elle est actuellement à l’écran sur TF1 et possède également une très belle carrière au théâtre, où elle a joué aux côtés de grand·es comédien·nes et sous la direction de metteur·euses en scène reconnu·es. Le grand public la connaît notamment pour Highlander, série internationale qui a largement contribué à la faire connaître.

Les autres comédien·nes (Izabelle Laporte et Erwin Zirmi; ndlr.) de la pièce ont aussi des parcours solides et une véritable expérience de la scène.

Quant à Paul Belmondo, je tiens à préciser qu’il n’a absolument pas été choisi en tant que « fils de », mais pour son talent. Cela fait des années que Paul joue au théâtre et se produit partout en France. Il a depuis longtemps fait la preuve de l’étendue de son talent et construit son propre parcours. Aujourd’hui, Paul n’est pas engagé en tant que « fils de », mais en tant que Paul Belmondo, tout court.

Finalement, la notoriété ou la longueur d’un CV n’est jamais ce qui détermine mon choix. Lorsque je constitue une distribution, je m’intéresse avant tout à ce que dégage un·e comédien·ne, à sa personnalité, à son énergie et à ce que je sens que nous pourrons construire ensemble. Je cherche l’interprète qui sera juste pour le personnage et pour l’équilibre de la pièce. C’est cela qui guide véritablement mes choix.

Votre société produit également ce spectacle. Le fait d’avoir votre propre structure de production vous permet-il d’être plus libre dans vos choix ?

Les Enfants Terribles, ma société de production, fêtera ses trente ans l’année prochaine. Nous avons donc acquis au fil des années une solide expérience du théâtre, et tout particulièrement de la comédie.

Le fait d’avoir ma propre structure de production me permet avant tout d’être libre dans mes choix artistiques et de défendre les projets auxquels je crois réellement. J’ai également la chance d’être entouré d’une équipe de professionnel·les qui m’accompagnent depuis longtemps, auxquel·les je suis fidèle et qui me sont fidèles.

Cette confiance, cette fidélité et cette expérience commune nous permettent aujourd’hui de maîtriser l’ensemble de la chaîne de création et de proposer au public des spectacles de grande qualité.

Après le public parisien, Le Complexe des Inséparables sera-t-il présenté dans d’autres régions, voire à l’étranger ? Les festivals européens pourraient-ils également permettre au spectacle de rencontrer de nouveaux publics ?

Les représentations du Complexe des Inséparables viennent de s’achever à Paris. C’est la fin de l’aventure avec le public parisien, mais certainement pas celle du spectacle.

La pièce partira en tournée à partir de septembre 2027, pour toute une saison. Ce sera l’occasion d’aller à la rencontre de nouveaux publics, partout en France, mais également en Suisse et en Belgique.

Et bien entendu, nous restons tout à fait ouverts aux propositions de festivals et de programmateur·rices européen·nes. La comédie a cette formidable capacité à voyager et à rassembler des publics très différents. Si Le Complexe des Inséparables peut poursuivre son chemin au-delà de l’espace francophone et rencontrer d’autres univers théâtraux européens, ce sera une très belle continuation de l’aventure.

Djenana Djana Mujadzic

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Djenana Mujadzic

Rédactrice / Reporter (basée/based Paris)

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