Cannes 2017 – Le Redoutable, de Michel Hazanavicius, rend un vibrant hommage à Jean-Luc Godard

Paris 1967. Jean-Luc Godard, le cinéaste le plus en vogue de sa génération, tourne La Chinoise avec la femme qu’il aime et qu’il vient d’épouser, Anne Wiazemsky, de vingt ans sa cadette. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient. Mais la réception du film à sa sortie enclenche chez Jean-Luc une remise en question profonde, un chamboulement existentiel.

Mai 68 et les revendications estudiantines vont alimenter le processus de remise en question, accentuant la crise que traverse Jean-Luc qui va le transformer profondément, passant de cinéaste à l’apogée en artiste maoïste autant incompris qu’incompréhensible, par conséquent de plus en plus marginalisé. Ce riche contexte socio-politique permet à Michel Hazanavicius de replonger les spectateurs au cœur des manifestations, au sein des débats dans les amphithéâtres universitaires, sur le front des événements. Le réalisateur s’est s’inspiré du roman Un an après (Gallimard) d’Anne Wiazemsky, la petite-fille de François Mauriac, qui épousa Godard en juillet 1967.

— Le Redoutable de Michel Hazanavicius

La romancière Anne Wiazemsky, ex-épouse de Jean-Luc Godard, a salué le film de Michel Hazanavicius en soulignant que le cinéaste est parvenu à faire d’un être « odieux » un personnage « émouvant et drôle ».

Révélée par Au Hasard Balthazar de Robert Bresson, la jolie et jeune  rouquine n’a que vingt ans. Son époux, chef de file de la Nouvelle Vague, jouit d’une renommée mondiale, est dix-sept ans ans plus âgé. D’abord sous le charme de son mentor, concrétisant toutes ses requêtes, la jeune femme ne peut que constater les affres dans lesquels le cinéaste sombre progressivement, reniant ses films (Pierrot le fou, Le Mépris), s’éloignant inexorablement du système du cinéma et de nombre de ses amis, qui ne supportent plus ses reproches, ses invectives et son ire constante. Hazanavicius a su restituer à merveille le contenu du livre ponctuant les échanges entre les personnages de répliques savoureuses, emplies d’humour et de scènes cocasses récurrentes (Godard qui casse ses lunettes dans les manifestations). Peu à peu, la jeune épouse docile, sans cesse rabaissée par son cinéaste d’époux, prend son envol et part tourner  La Semence de l’homme (Il seme dell’uomo) avec Marco Ferreri en 1969.

Le réalisateur a rendu avec justesse le profond malaise que traverse  Jean-Luc Godard, une période tragique de sa vie dont l réussit à fait une savoureuse comédie. Michel Hazanavicius a su révélé avec pertinence comment Godard s’éloigne de plus en  plus du cinéma qui l’a nourri jusqu’à cette crise existentielle. Son épouse, qui venait de l’université, se dirigeait de plus en plus vers le cinéma. Leurs chemins ne pourront alors que se séparer.

Si tous les acteurs offrent une prestation parfaite, Louis Garrel est le plus convaincant dans son interprétation de Godard, qui, outre l’accent suisse, a réussi à rendre ce phrasé si particulier au cinéaste. La ressemblance physique trouble et fascine : grâce à Louis Garrel, Jean-Luc Godard est présent sur la Croisette même quand il ne présente pas de film. Précisons que le film a enthousiasmé la presse francophone mais déconcerté les journalistes anglophones; il fallait, de toute évidence avoir les références linguistiques pour apprécier l’exercice de type auquel s’est livré le comédien.

Firouz Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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