Berlinale 2021 – Compétition : Ghasideyeh gave sefid (Ballad of a White Cow) de Behtash Sanaeeha et Maryam Moghaddam; une veuve dans une société corsetée et face à l’appareil d’État

La vie de Mina (Maryam Moghaddam) est bouleversée lorsqu’elle apprend que son mari Babak a été accusé à tort du crime pour lequel il a été exécuté. La bureaucratie s’excuse pour l’erreur judiciaire et propose une compensation financière  – le prix d’un homme adulte –, l’argent du sang pour se racheter de cette erreur. Comme souvent dans les films iraniens que nous voyons dans les festivals – pour reprendre la vision de Mani Haghighi – il s’agit d’un combat entre les individus et l’appareil d’État, le pot de terre contre le pot de fer. Par amour-propre, pour que justice soit rendue et pour le bien de sa fille sourde, Mina se lance dans ce combat et se heurte bien entendu  au système empreint de cynisme. Alors que l’argent commence à manquer, un étranger nommé Reza (Alireza Sanifar) se présente. Il prétend avoir une dette envers Babak qu’il veut maintenant régler. La première réaction de Mina est la méfiance, mais elle finit par laisser entrer Reza dans sa vie. Elle est loin de se douter qu’un secret les lie tous les deux.
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Berlinale 2021 – Compétition:  Rengeteg – mindenhol látlak (Forest – I See You Everywhere) ou l’effet magnétisant du voyeurisme de micro-drames

Dix-huit ans après son premier long métrage Forest (Rengeteg, 2003), le réalisateur hongrois Bence Fliegauf poursuit dans la même veine son expérience anthropologique qui creuse le microréalisme, à l’époque avec une série de vignettes sur des couples en crise. Le film n’atteint pas le niveau de son poignant Csak a szél (Just The Wind), sur le sort cauchemardesque de la communauté Rom en Hongrie, qui avait remporté en 2012 l’Ours d’argent – Grand Prix du Jury, mais a cette qualité d’intriguer tout en portant dans son sillage une impression de déjà éprouvé.
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Berlinale 2021 – Compétition : Dénes Nagy, Ours de la meilleure réalisation pour Természetes fény (Natural Light)

Cette édition de la Berlinale, pour la presse et l’industrie, s’est déroulée en ligne. Malheureusement. Les films de cinéma étant faits pour les salles de cinéma, les trois journalistes de j :mag qui ont couvert cette 71e édition ont certes joué le jeu de la critique cinématographique, avec le plus de bonne volonté et ouverture d’esprit que possible pour rendre justice artistique aux œuvres présentées et à leurs autrices et auteurs. Cependant, comme le dit le célèbre adage : à l’impossible nul est tenu ! Les jurys des différentes sections, ont peut voir les films en réelles conditions, sur grand écran. C’est peut-être la raison pour laquelle, le jury de la compétition internationale a décerné l’Ours d’argent de la meilleure réalisation à Dénes Nagy pour Természetes fény (Natural Light). Nous, nous sommes passés totalement à côté du film tout en ayant pleine conscience : il est d’évidence superbement réalisé, dans une palette chromatique qui en dit autant sur les évènements extérieurs que sur la sombreur des temps qu’il raconte et des âmes qui leur sont liées. Mais Natural Light est impossible à considérer dans sa matière comme dans sa facture sur petit écran puisqu’il est impossible de se laisser fondre dans cette texture sensorielle qui ouvre aux émotions. Nous en reparlerons donc en juin, quand nous pourrons le regarder, si le coronavirus le permet, dans la version publique du festival qui se déroulera du 9 juin au 20 juin 2021.
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Palmarès de la 71e Berlinale – Des prix qui reflètent la sensibilité du jury de cette année pandémique, composé exclusivement de récipiendaire d’Ours d’or

Quelle étrange Berlinale nous avons vécu, loin des salles de cinéma, loin des grands écrans, loin des salles de conférences de presse, loin de l’effervescence que dégage le cœur vibrant du centre du festival, avec ses rencontres, ses échanges, ses disputes et ses controverses. Cette année, comme tout le monde, les festivaliers de la presse et de l’industrie sont restés à la maison, pendant que le grand public qui se rue par centaine de milliers dans les salles berlinoises au mois de février, attend sagement le mois de juin… enfin cela est la version (très) optimiste des organisateurs qui espèrent qu’entre le 9 et le 20 juin la sélection pourra être programmée dans les salles et les open air, que le tapis rouge sera déroulé pour recevoir les cinéastes et les primés de cette 71e édition.
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Berlinale 2021 – compétition : Una película de policías (A Cop Movie) du Mexicain Alonso Ruizpalacios remporte l’Ours d’argent pour une contribution artistique exceptionnelle

L’écrivain, réalisateur de films et de théâtre mexicain avait déjà remporté en 2018 un Ours d’argent du meilleur scénario pour son deuxième long métrage, Museo, avec un film déjà basé sur des faits réels. Dans Una película de policías, le réalisateur s’empare du réel et le fictionalise dans une démarche quasi sociologique, les deux personnages centraux du film servant de révélateur à une situation globale. La question de départ est : de quel bois sont faits les policières et policiers de la ville de Mexico ? Une actrice et un acteur professionnel.le.s vont aller au fond de cette question, enfiler l’uniforme, participer comme cadets à l’académie de police puis se mettre dans la peau d’un couple de vrais policiers pour nous rendre compte de leur travail quotidien.   
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Berlinale 2021 – compétition : Herr Bachmann und seine Klasse (Mr Bachmann and His Class) de Maria Speth remporte l’Ours d’argent – Prix du Jury

Qui ne se souvient pas d’un prof d’école préféré ou exécré ? Les années d’école obligatoire sont pour la plupart des enfants déterminantes dans le reste de leur parcours scolaire et d’adultes en devenir. Parfois, l’école c’est l’enfer qui plonge dans la phobie scolaire, parfois la double peine quand on est livré à soi-même à la maison et à la traîne à l’école, et d’autre fois c’est le visa pour l’épanouissement. Quand on entre dans la classe de Monsieur Bachmann, on est pas sûr de finir sur les voies les plus prestigieuses d’étude, mais on est sûr d’être accueilli avec bienveillance, d’être écouté, de pouvoir s’exprimer et surtout d’être accompagné sur le chemin de l’année scolaire, au-delà même, jusque dans l’interface avec les parents.  
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Berlinale 2021 – compétition : Guzen to sozo (Wheel of Fortune and Fantasy) du japonais Ryusuke Hamaguchi remporte l’Ours d’argent – Grand Prix du jury

Les films précédents du cinéaste japonais, Asako I & II(2018) et Happy Hour(2015),  se déclinaient sous la forme du roman, fleuve même pour le dernier cité, puisqu’il durait 317 minutes. Guzen to sozo se rend sur le terrain de nouvelle, avec pour sous-titre à La roue de la fortune et de la fantaisie (Wheel of Fortune and Fantasy) : Nouvelles de Hamaguchi. Le film est structuré en trois parties qui factuellement n’ont rien à voir les unes avec les autres, les trois parties elles-mêmes divisées en trois actes n’ayant comme axe commun que de tourner autour d’un personnage féminin. Le cordon ombilical de Guzen to sozo est le thème de la coïncidence qui fait déraper la réalité. Aucune des trois histoires dans leur entier n’est probable ; c’est ce qui fait le charme de ce film tout en délicatesse où les situations banales sortent de la piste de la réalité pour entrer dans une matière plus floue qui reflète les états intérieurs de leurs protagonistes.
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Berlinale 2021 – Babardeală cu bucluc sau porno balamuc (Bad Luck Banging or Loony Porn) du cinéaste roumain Radu Jude remporte l’Ours d’or de la 71e  Berlinale!

Le réalisateur roumain Radu Jude est un habitué de la Berlinale où il a déjà remporté l’Ours d’argent de la meilleure réalisation (ex æquo avec la réalisatrice polonaise Malgorzata Szumowska) en 2015 pour Aferim!, et l’année passée, où il a présenté dans la section Forum son iconoclaste Tipografic Majuscul.
Enfin, lorsque l’on parle d’iconoclaste pour ce dernier film, en comparaison de Babardeală cu bucluc sau porno balamuc (Bad Luck Banging or Loony Porn), le film était bien sage. Car cette année, Radu Jude explose toutes les frontières : celle de la bienséance, avec une longue scène d’ouverture de style porno amateur ; celle de la structure formelle et visuelle avec trois parties qui ne se connectent que sur un méta-niveau ; celle de la structure narrative qui laisse libre champ au spectateur pour comprendre et interpréter le propos. Radu Jude a pour habitude de bousculer celui regarde, le défier parfois, l’entraîner sur des chemins de réflexions rocailleux et ardus. Ici, on est servis par la satire qu’il nous propose!
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Berlinale 2021 – Compétition : Ras vkhedavt, rodesac cas vukurebt? (What Do We See When We Look at the Sky?) – Quand Le hasard qui se bat contre le sort devient destinée

La fable que nous conte le réalisateur géorgien Alexandre Koberidze a pour cadre la ville historique de Koutaïssi, qui a été plusieurs fois la capitale de la Géorgie lorsque Tbilissi était sous occupation étrangère. Lisa (Oliko Barbakadze) est étudiante en médecine et travaille en pharmacie, Giorgi (Giorgi Ambroladze) est footballeur. Ils se rencontrent par hasard un matin, se rentrent dedans plusieurs fois en voulant reprendre leur chemin, et par ce faire pulvérise l’ordre des choses de leur train-train quotidien. Le soir, ils se croisent à nouveau. Pour honorer le hasard, Giorgi demande alors si elle veut bien le retrouver au café le lendemain ; elle répond par l’affirmative et, comme le souligne la voix-off du réalisateur qui interviendra plusieurs fois dans le cours du récit, cette invitation et acceptation se fait à leur plus grand étonnement à tous les deux, peu habitué.e.s à tant de spontanéité.
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Berlinale 2021 – Compétition : Petite Maman de Céline Sciamma, un film bouleversant qui ne tombe jamais dans le pathos

Combien de fois entend-on, ma mère, c’est plutôt une amie, ou inversement ? Eh bien dans ce petit bijou que nous tend Céline Sciamma, cette relation filiale et amicale prend une dimension réelle qui dépasse les constructions mentales et leurs interprétations ; Nelly (Joséphine Sanz), la petite fille de 8 ans rencontre dans les bois sa mère, Marion (Gabrielle Sanz), qui a, elle aussi, 8 ans. Le fantôme vient ici du futur, un fantôme bienveillant qui va se nouer d’amitié avec sa mère en devenir.
La poésie naturaliste que dégage le dernier film de la réalisatrice acclamée pour son fabuleux Portrait de la jeune fille en feu (2019) envoûte autant qu’elle souffle un sentiment d’autoréflexion.
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