Palmarès de la 70e Berlinale très consensuel

Le jury international composé de Jeremy Irons (président) Bérénice Bejo, Jeremy Irons, Bettina Brokemper, Annemarie Jacir, Kenneth Lonergan, Luca Marinelli et Kleber Mendonça Filho semble avoir voulu ratisser large et ne pas froisser ou faire de vagues. L’impression que le palmarès donne est celui du consensus : donner des récompenses un peu dans toutes les directions, cela ne peut que dans l’ensemble s’équilibrer. Et c’est vrai que le résultat, un peu tiède et convenu, tient à peu près la route. On regrettera toutefois que des films exigeants comme Rizi (Days) de Tsai Ming-Liang ou The Roads Not Taken de Sally Potter repartent bredouille. Cependant, pour être honnête, le fait que le film de Tsai Ming-Liang ne reçoive aucun prix malgré sa qualité exceptionnelle tient plutôt au fait que le directeur artistique Carlo Chatrian ait gâché toutes ses chances en le plaçant en compétition officielle plutôt que dans la nouvelle section compétitive qu’il a créée – Encounters.
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Berlinale 2020 – Compétition: DAU-Natasha – Jouer à la bouteille du totalitarisme

De toutes les décisions prises par le nouveau directeur Carlo Chatrian, nulle n’est aussi sujette à la controverse que celle de mettre DAU.Natasha, premier long-métrage tiré du controversé projet DAU, dans la Compétition de cette 70e Berlinale. La première du film, au septième jour de la Berlinale, a laissé beaucoup de spectateur choqués non seulement par les scènes sexuelles (terriblement explicites et non simulées), mais surtout par un viol au cours d’une scène d’interrogatoire conduite par un ancien agent du KGB.

Rappelons le projet : en 2007 DAU débuta comme ce que Khrzhanovskiy appelle “un film d’art et d’essai normal et compliqué”, racontant l’histoire du prix Nobel de physique russe Lev Landau (1908-1968), qui étudia sous la direction du physicien danois Niels Bohr. 
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Berlinale 2020 – Compétition : Rizi (Days) de Tsai Ming-Liang ou la géographie des solitudes

La solitude, c’est la ligne de basse de la cinématographie de Tsai Ming-Liang, cinéaste et artiste taïwanais né en Malaisie. Nous en parlions déjà ici, lors de la rétrospective que lui avait consacré à Berlin Arsenal – l’Institut allemand du film et de l’art de la vidéo en 2017.

Kang (l’acteur fétiche du réalisateur, l’acteur Lee Kang-Sheng) vit seul dans une grande maison. À travers une baie vitrée, il regarde la cime des arbres fouettée par le vent et la pluie. Il ressent une étrange douleur d’origine inconnue à peine supportable et irradie dans tout son corps. Non (Anong Houngheuangsy), lui, vit dans un petit appartement à Bangkok où il prépare méthodiquement des plats traditionnels de son village natal. Les deux hommes vivent dans la plus grande des solitudes, les rares interactions qu’ils ont avec leur environnement sont celles de leur quotidien. Mais un soir, une nuit, une vraie rencontre va se faire et leurs deux solitudes fusionner dans un interstice du temps à la foi fugace et infini.
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Berlinale 2020 – compétition : The Roads Not Taken de Sally Potter – 24 heures de la journée d’un homme perdu dans sa mémoire

Le dernier film de Sally Potter aborde un sujet qui tend à toucher de près ou de loin un large pan de notre société – celui des pathologies liées à la démence. Évidemment, dit ainsi, cela ne donne pas forcément l’envie de se précipiter dans une salle de cinéma voir ce film. Et pourtant, The Roads Not Taken est probablement l’un des films de fiction les plus justes et les plus sensibles sur la question, loin des comédies alambiquées qui alignent les situations les plus improbables les unes que les autres dans des caricatures souvent très fantaisistes, évacuant allègrement la multitude de problèmes quotidiens qui se posent aux malades et à leurs proches, ou des drames larmoyants aux abords héroïques (pour les malades ou les aidants). Sally Potter, comme à son habitude ne donne pas une clef à mettre dans la serrure d’une compréhension et appréhension uniques des choses, mais plutôt un trousseau avec lequel chacun.e peut y trouver une ouverture ou s’essayer à plusieurs réflexions.
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Berlinale 2020 – Compétition : Berlin Alexanderplatz de Burhan Qurbani – une plongée dans la noirceur de l’âme humaine et d’une société gangrénée

Il aura fallu sept de travail acharné à Burhan Qurbani pour achever son 3e long métrage après Shahada (2010) et Wir sind jung wir sind stark (2015). Il faut dire que s’attaquer à l’œuvre d’Alfred Döblin, qui plus est une œuvre adaptée pour la télévision par Fassbinder en 1980 – série qui avait été montrée en avant-première à la Mostra de Venise, chose qui pour l’époque relevait de l’exceptionnel – est en soi une entreprise périlleuse. Depuis l’annonce de la sélection du film en compétition, tout le monde attendait ce Berlin Alexanderplatz de 3 heures, revisité et actualisé. L’attente s’est avérée payante, malgré sa longueur et quelques inégalités de tensions dans le récit, le travail titanesque du cinéaste allemand a payé.
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Berlinale 2020 – Compétition : Never Rarely Sometimes Always d’Eliza Hittman, un film empoignant sur le droit à l’avortement

Eliza Hittman nous entraîne dans l’épopée qu’effectue Autumn (Sidney Flanigan), 17 ans, avec sa cousine Skylar (Talia Ryder) de leur petite ville de Pennsylvanie à New York pour pouvoir avorter.
Ce film est puissant et implacable dans les faits qu’il expose, sans jamais être démonstratif ou pédagogique. Eliza Hittman arrive à allier une rythmique poétique avec une précision crue des détails de certains actes médicaux et de ses suites. Étonnamment, il n’y a pas de colère ni de vindicte dans qui émerge de ce film, plutôt une émotion chevillée au cœur mais aussi à la raison : comment peut-on faire subir ce parcours de la combattante à toutes ces femmes confrontées à une grossesse non-désirée ? Pourquoi ces individus qui se revendiquent « pro-life » ne s’intéressent qu’à l’idée de la vie sans prendre en considération les vies de celles qu’ils veulent mettre sous tutelle de leur idéologie ?
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Berlinale 2020 – Compétition : Favolacce (Bad Tales) des frères Fabio & Damiano D’Innocenzo laisse un sentiment circonspect

Difficile de dire quelle est la nature et la qualité de cette coproduction italo-suisse. Elle laisse perplexe quant à ses intentions. Les frères D’Innocenzo veulent-ils nous dire quelque chose ou cherchent-ils simplement à jouer avec le spectateur ? À commencer par ce narrateur dont on ne sait pas qui il est vraiment, ni même s’il nous raconte son histoire ou une histoire pour nous faire peur.
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Berlinale 2020 – Compétition:  Siberia – L‘archipel du goulag intérieur d’Abel Ferrara

Abel Ferrara est un vieil habitué des personnages controversés et tourmentés qui tentent de survivre dans un monde sombre. Son Pasolini (2014) en est un excellent exemple mais aussi Welcome to New York (2014) où Gérard Depardieu interprétait un personnage directement inspiré par Dominique Strauss-Kahn.

Dans Siberia, présenté en compétition, Ferrara délaisse son New York natal et le Bronx où il a tourné Bad lieutenant (1992) et King of New York (1990) pour les terres enneigées des montagnes sibériennes. Willem Dafoe y est Clint, un ermite vivant de la vente d’alcool de son bar fréquenté par des trappeurs, qui tente d’échapper à son passé.
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Berlinale 2020 – Compétition : Domangchin yeoja (The Woman Who Ran) du maître de la délicatesse faite cinéma, Hong Sangsoo

Comme à son habitude, le prolifique cinéaste coréen est au four et au moulin dans son dernier film : ce qui chez certain.e.s peut rapidement devenir un handicap et empêcher d’avoir assez de recul pour garder une vision d’ensemble du projet, chez Hong Sangsoo, c’est tout le contraire ; on reconnaît son style au premier coup d’œil car il maîtrise de bout en bout ses productions à l’économie de moyen compensée par une intuition sans pareille pour suivre les chemins qui s’ouvrent à lieu pendant l’élaboration de ses projets. C’est ainsi que dans Domangchin yeoja il est réalisateur, scénariste, producteur, producteur exécutif, monteur et il a créé bande-son. Toujours dans la même veine des films de Hong Sangsoo, qui ont trait à la condition humaine, la nature de l’existence et la complexité des procédés de communication entre les êtres humains, ce dernier opus atteint des sommets de minimalisme (longs dialogues et plans fixes et utilisation ostentatoire du zoom) dans une mise en abyme de variations – celle précisément de son sujet d’études récurent, mais aussi un jeu de variation dans le film même où les scènes de trois rendez-vous qui forment l’ossature du film se reproduisent sans être à l’identique mais en incluant une forme de répétition. La minutie de la composition des cadres sert à la fois la superbe esthétique qui tend vers l’art pictural que la narration jamais encombrée par le superflu ou tout ce qui peut distraire de la véritable action qui se déroule : l’échange verbal entre les personnes.
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Berlinale 2020 – Compétition : Effacer l’historique de Benoît Delépine et Gustave Kervern, un moment de cinéma hilarant sur un sujet contemporain sépulcral !

La restitution d’un réel décalé, c’est la marque de fabrique des deux compères grolandais que sont Delépine et Kervern. Ici, leur art atteint des sommets de justesse, d’acuité et d’humour caustique. L’autre particularité du duo de réalisateurs est sa bienveillance envers leurs personnages, souvent en rupture ou en dissonance avec le monde dans lequel ils vivent : jamais ils ne rient d’eux, et nous non plus, car nous rions en fait de compte tous en cœur et de bon cœur de nous-mêmes qui nous retrouvons à un moment ou un autre dans un ou plusieurs de leurs protagonistes, les situations auxquelles ils sont confrontés nous étant également familières.
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