Cry macho, de et avec Clint Eastwood, ou la célébration de la vie, du pouvoir de la confiance et de la transmission filiale

Mike (Clint Eastwood), star déchue du rodéo dans les ranchs texans, se voit confier par son patron (Dwight Yoakam) une mission a priori impossible : se rendre au Mexique pour y trouver son fils, Rafael (Eduardo Minett), un adolescent turbulent et rebelle afin de l’amener jusqu’au Texas. Il lui faudra pour cela affronter la mère de l’adolescent, Leto (Fernanda Loreto Urrejola Arroyo), une femme sulfureuse et dangereuse, la pègre mexicaine, la police mexicaines – los Federales – et son propre passé.

— Clint Eastwood et Eduardo Minett – Cry Macho
© 2021 Warner Bros. Entertainment Inc.

Contrairement aux autres films d’Eastwood qui ont été réalisés au cours de la dernière décennie, Cry Macho, qui est un western conventionnel assumé par son réalisateur, n’est pas basé sur une histoire vraie ou un événement historique, mais adapté du roman dau titre éponyme du scénariste et dramaturge américain Richard Nash (1913 – 2000), publié pour la première fois en 1975.

Acceptant d’adapter un projet resté dans les tiroirs pendant quarante ans, Clint Eastwood en connaissait la teneur puisqu’il avait été sollicité dans les années septante pour l’adapter mais avait décliné l’offre, s’estimant trop jeune. Ayant atteint l’âge de raison pour réaliser Cry Macho, soit nonante-et-un ans, Clint Eastwood a retrouvé l’histoire de Richard Nash et Nick Schenk, scénariste de Gran Torino (2008) et de The Mule (La Mule, 2018).

Dans un road-movie qui connaît de nombreux contretemps et des obstacles de taille, Mike et le jeune Rafael sont contraints de changer d’itinéraire et de faire des haltes non planifiées, d’abord dans une chapelle, puis dans un village, plus précisément dans le restaurant local, tenu par Marta (Natalia Traven), une sexagénaire veuve, enjouée, accueillante et séduisante. La transmission entre Mike et Rafael se fait, d’abord avec quelques heurts, puis dans une complicité sereine qui se consolide au fil des péripéties que rencontre le ce tandem improbable. Peu à peu, à l’image de Mike, Rafael se met à apprécier la vie tranquille qu’ils partagent dans le village avec Marta et ses petits-enfants.

Cry Macho prend forme progressivement au fil du périple entre le vieux cow-boy et son jeune protégé, par tableaux successifs très picturaux, se transformant en un magnifique drame qui met en valeur les qualités de Eastwood en tant qu’acteur, réalisateur et nom incontournable du cinéma américain du XXe et XXIe siècles. Selon Clint Eastwood, le titre Cry Macho se veut une véritable déclaration qui sous-tend « qu’il est normal d’être faible et qu’un homme macho pleure ».

Si l’histoire ne semble guère plausible, la fragilité peu coutumière de Clint Eastwood, qui apparaît en vieux sage qui distille ses précieux conseils et son expérience à l’adolescent, en fait un récit paisible que l’on visionne avec plaisir. Cependant, on perçoit que le scénario a été écrit pour privilégier Clint Eastwood et lui offrir un rôle qui le place en vedette. C’est peut-être là que le bât blesse : Clint Eastwood étant à la fois devant et derrière la caméra, il peine quelque peu à diriger ses comédiens qui semblent en roue libre, en particulier l’adolescent qui interprète Rafael.
Certaines séquences mettent un brin mal à l’aise quand, par exemple, l’attraction amoureuse improbable naît entre la séduisante et fougueuse veuve qui n’a de cesse de séduire et d’émoustiller le vieux (et sage ?) Mike qui finira bien par céder : alors que le couple danse, on dirait que l’aubergiste tient un fragile Eastwood de crainte qu’il ne tombe alors que c’est lui, en tant que cavalier, qui devrait mener la danse.

D’où le fait, peut-être, que les critiques abondent déjà et pointent que si ce drame occidental Cry Macho se déroule en 1979, son scénario, écrit il y a quelques mois, s’apparente à ceux des westerns télévisés des années septante, accumulant les clichés banals et quelque peu éculés. Vu la carrière de Clint Eastwood, restons indulgents et octroyons-lui ce plaisir ! Songeons à son incroyable et remarquable carrière en tant qu’acteur et en tant que cinéaste en ne citant que quelque unes de ces splendides réalisations comme A perfect world (1993), The Bridges of Madison County (Sur la route de Madison ,1995), Mystic River (2003), Million Dollar Baby (2004), Gran Torino (2008), Invictus (2009), Sully (2016), The Mule (2018), parmi tant d’autres.

Si Clint Eastwood effectue sans doute avec Cry Macho son dernier tour de piste, il le fait avec brio, affichant cet air fanfaron qui lui sied à ravir et qui est sa signature.
Certes, l’intrigue de ce western road-movie demeure assez prévisible mais il est un protagoniste important, voire primordial, à ne pas oublier : Macho, un coq impétueux et redoutable !

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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