GIFF 2018 : prix à la carrière remis à Peter Greenaway pour l’ensemble de son œuvre – Rencontre

Dans le cadre de l’édition 2018 du Geneva international film Festival, nous avons eu l’honneur de rencontrer Peter Greenaway, qui s’est fait désirer tel une diva en disparaissant entre deux interviews et qui a cabotiné alors que la soussignés lui demandait de sourire pour les photos en disant avec un flegme tout britannique :

Si je souris, les personnes ne vont pas me reconnaître .

… Sans doute, une pointe d’humour so british, ou plutôt so welsh !

Rencontré à l’hôtel Beau-Rivage, à Genève, dans la suite qu’occupait l’Impératrice Sissi quand elle était à Genève, Peter Greenaway a avoué être ému de s’y trouver en songeant à l’installation des Stairs qu’il avait organisé à Genève. Pour rappel, Stairs 1 Geneva est à la fois un film de Peter Greenaway mais aussi une installation d’art à grande échelle, une exposition, un catalogue et un album CD.

C’est amusant de me trouver dans cette suite qu’occupait Sisi alors que j’avais fait installer un installer à l’endroit où elle s’est fait assassiner, à la Perle du Lac, sur les rivages du Lac Léman.

Comme la soussignés mentionne au cinéaste que le miroir du salon est celui dans lequel se miroitait à l’impératrice autrichienne, le cinéaste de demander aussitôt :

Êtes-vous sûre qu’il ne s’agit pas d’une légende alimentée autour de figure de l’impératrice ?

La journaliste de rétorquer :

Quand bien même, les légendes sont faites pour être crues !

Le ton de l’entretien est donné qui se fera entre humour pince-sans-rire et réflexions très sérieuse sur la situation actuelle des artistes et des ressortissants britannique depuis le Brexit.

À ce propos, Peter Greenaway s’exclame :

Cette situation est tragique mais, dans une semaine, j’ai retiré mon passeport néerlandais grâce à ma femme.

(Saskia Boddeke, seconde épouse de Peter Greenaway, est une artiste multimédia, scénariste et librettiste d’opéra, réalisatrice néerlandaise innovante, N.D.L.R.).

Né en 1942 à Newport, au Pays de Galles, dans une famille de propriétaires terriens « qui connaissaient tous les noms des oiseaux, de la faune et de la flore en latin », comme le souligne Peter Greenaway dès l’entrée en matière lors de notre interview, rien ne le prédestinait à devenir artiste :

Il était hors de question que mon père donne de l’argent pour une école privée, j’ai donc étudié à la  Forest Hills Public School puis au Walthamstow College of Art. Je pense que cette enseignement public m’a beaucoup apporté.

Artiste polymorphe, peintre, monteur et réalisateur d’avant-garde (courts métrages structuristes), Peter Greenaway sort son premier long métrage, A Walk Through H (1978), suivi du documentaire Act of God sur les gens frappés par la foudre: le film cherche à proposer une loi mystérieuse qui unit leurs destins. The Falls présente les biographies de nonante-deux personnes dont le nom de famille commence par « Falls » avec une intention similaire de codifier le destin. Toute la filmographie, qu’il n’est plus nécessaire de présenter, sera riche en références à la littérature, la peinture, la sculpture ainsi qu’à là mythologie, une œuvre miroir des réflexions artistique de Peter Greenaway. Son œuvre se décline en films, expositions et sites web multimédias.

Dans une bonne humeur communicative, toujours teintée de cet humour pince-sans-rire, Peter Greenaway d’une voix enjouée nous a entretenus sur ses diverses passions, à commencer par la peinture mais aussi sur des thématiques universelles comme la religion et le fanatisme actuel, l’érotisme, l’importance des échanges entre cultures diverses et les flux migratoires, piliers fondamentaux de l’humanité … Sans oublier le Brexit et les spectre de l’extrême-droite qui se font de plus en plus inquiétants et désolent l’artiste qui vit depuis vingt-cinq ans vit à Amsterdam.

Autre désolation, moindre mais d’ordre esthétique pour Peter Greenaway :

J’ai été marié très jeune la première fois et j’ai déjà de grands enfants. Ma fille aînée a quarante-sept ans et mon fils, le petit dernier, a huit ans. Ma seconde fille veut à tout prix se faire tatouer ; je ne comprends pas cet engouement généralisé pour les tatouages… Le corps des femmes est si beau, pourquoi en spolier ainsi  l’esthétique ?

Rencontre au Beau-Rivage avec Peter Greenaway qui affiche à son poignet gauche le prix décerné par le festival pour sa carrière – une montre suisse de marque – qui trône aux côtés de la montre habituelle (et beaucoup plus modeste) du cinéaste.

— Peter Greenaway et Firouz Pillet
Image courtoisie du GIFF

L’interview en anglais:

La dernière question:

 

Propos recueillis par Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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