Mostra 2022 : Blonde, d’Andrew Dominik, présenté en compétition, était incontestablement l’un des films les plus attendus de cette édition

Pour pouvoir découvrir Blonde, le biopic signé Andrew Dominik, il fallait patienter puisque la Mostra avait choisi de montrer ce film à la fin du programme des festivités. Mais la patience et l’attente ont été grandement récompensées.
Basé sur le roman à succès de Joyce Carol Oates, Blonde réinvente avec audace la vie de l’une des icônes les plus durables de Hollywood, Marilyn Monroe. De son enfance instable en tant que Norma Jean, en passant par son ascension vers la célébrité et ses enchevêtrements romantiques, Blonde brouille les lignes de fait et de fiction pour explorer la fracture croissante entre son moi public et privé. Andrew Dominik souligne ses intentions en élaborant ce biopic :

« Est-il possible de voir le monde en dehors de nos traumatismes, en dehors de nos peurs et de nos désirs ? Et si vous êtes un objet de désir, est-ce que le monde vous voit, ou ses propres besoins projetés ? »

— Ana de Armas – Blonde
© Netflix

Avec pertinence, le cinéaste a su cerner l’objet de fantasmes qu’était cette icône de la beauté féminine qui suscitait moult passions, faisant rêver quasiment tous les hommes tout en agaçant bien des femmes.

« Marilyn Monroe a dit un jour : « Quand vous êtes célèbre, vous vous heurtez toujours à l’inconscient des gens. » Comment un enfant non désiré gère-t-il le fait de devenir la femme la plus recherchée au monde ? Cela l’oblige-t-elle à se diviser en deux ? Tourner une image éblouissante vers le monde, alors que le moi indésirable s’étouffe à l’intérieur. Et le cinéma lui-même n’est-il pas une machine à désirer ? L’avons-nous en quelque sorte tuée en la regardant ? Elle existe maintenant, comme la poussière d’une étoile explosée, sous forme de milliers d’images qui flottent dans notre inconscient collectif, dans les films, les photographies, sur les murs, dans les publicités, sur le flanc des fourgons climatisés et, comme une étoile, sa lumière voyage toujours vers nous, bien qu’elle-même soit éteinte depuis longtemps. »

En choisissant de présenter à Venise Blonde, le directeur de la Mostra Alberto Barbera fait le choix assumé de suivre l’évolution des productions cinématographiques, de plus en plus faites et produites par les plateformes.

Au grand dam de son homologue Thierry frémaux, délégué général du festival de Cannes, qui lui reproche ce choix, Alberto Barbera souligne qu’en assumant de sélectionner et de proposer des productions de Netflix, d’Amazon et les nouvelles séries de Sky et de HBO, entre autres, la Mostra du cinéma de Venise a connu une croissance progressive de 2012 à aujourd’hui :

« Nous avons ramené à Venise des acheteurs et des vendeurs qui ne venaient plus. C’est un résultat d’une importance extraordinaire car une exposition d’art cinématographique a besoin de la présence d’opérateurs commerciaux ».

Quant à l’évidente victoire de Netflix qui suscite encore quelques remous et dont la polémique avait commencé à Cannes, comme il l’a confié à Cinecittà News, Alberto Barbera ne s’est guère laissé impressionner par les questions insistantes et a choisi d’y répondre avec les mots de David Cronenberg :

«  » Toutes ces polémiques aujourd’hui sur les transformations que subit le cinéma ne sont que l’effet de la nostalgie, il faut plutôt regarder devant. » Il faut composer avec la nouvelle réalité, Netflix, Amazon, et les autres sujets qui vont naître. Netflix a annoncé que certains films seront également distribués commercialement : Rome, 22 juillet et La Ballade de Buster Scruggs sortiront également en salles. D’autres films suivront puisque leur politique est d’investir dans le cinéma d’auteur et aucun auteur ne renoncera à ce soutien mais pas même le cinéma. Entre autres choses, il semble qu’ils négocient pour acheter une chaîne de sel aux États-Unis. Il faut dialoguer et établir de nouvelles règles, c’est l’avenir du cinéma ».

Mentionnons que Blonde sera interdit aux moins de seize ans sur Netflix.

Si les moyens mis à disposition pour cette production sont colossaux, il faut souligner l’excellente distribution et la composition troublante de véracité qu’offre Ana de Armas en incarnant l’icône américaine. Née avant la fin de la Guerre froide, en 1988, en pleine dictature castriste, Ana de Armas parvient à nous faire oublier qu’il s’agit d’une actrice et non de la véritable Marilyn Monroe. Au fil du film, on se met à fredonner Diamonds are a girl’s best friend et on se sent vêtue uniquement qu’une goutte de l’empreinte éternelle du Chanel n°5 … Poupoupidou !

Firouz E. Pillet, Venise

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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