La chasse aux sorcières selon Ena Sendijarević
Le nouveau tournage du long métrage The Possessed, de la réalisatrice néerlandaise Ena Sendijarević, se déroule actuellement aux environs de Barcelone. Située au XVIIe siècle, l’intrigue fait écho à notre époque. Le projet a d’abord été présenté comme un « drame sensuel et féministe », avant d’obtenir un budget conséquent de plus d’un million d’euros.

© André Bakker
Dans le cadre d’une « chasse aux sorcières », Sendijarević envoie ses personnages dans un coin caché de l’Europe : deux femmes qui ont réussi à s’en sortir et à survivre, parmi tant d’autres accusées à tort, brûlées vives et bannies de tous·tes.
Le film a des notes surréalistes, sans que le fantastique et l’horreur ne deviennent dominants, et il masque la réalité contemporaine, comme souvent chez Ena Sendijarević. Sa famille a frôlé le néant en sortant du chaos des conflits de sa Bosnie natale. L’ancienne petite réfugiée, arrivée à cinq ans aux Pays-Bas, un pays inconnu, utilise l’Histoire comme lien avec le temps présent.
Le film réunit des acteur·rices d’âges et d’origines très différent·es. On y trouve d’abord Ariane Labed, dans le rôle de la « sage-femme » : née à Athènes, mariée au réalisateur Yórgos Lánthimos, elle travaille en France. L’actrice a brillé à la Mostra de Venise, où elle a décroché le prix de la meilleure interprète grâce au film Attenberg, en 2010. Le grand public se souvient d’elle dans The Lobster ou The Souvenir.
Suzy Bemba joue « La Baronne ». Déjà remarquée dans L’Opéra, puis dans Le Retour et Poor Things, l’actrice fait aussi partie de l’équipe artistique du nouveau Cliffhanger. Khalid Gharbia est « Le Berger ». Ce jeune comédien s’est déjà distingué dans The Lost Boys de Zeno Graton et surtout comme héros dans Peter Kant, réalisé par François Ozon. Il a aussi participé à la série Mary & George. La Franco-Sud-Coréenne Ji Min Park est la célèbre interprète de Retour à Séoul et s’est fait remarquer à Cannes par de nombreux projets. L’actrice est aussi populaire grâce à son travail d’artiste visuelle.
Un univers stylisé
D’abord annoncé comme le « premier film de la réalisatrice néerlandaise en anglais », le film est finalement tourné en français. Ce changement est dû à la dynamique du casting, selon les producteur·rices. Très attentive à la construction d’univers filmiques, Sendijarević n’a pas eu seulement à réadapter le récit sur le plan technique : il lui a fallu avant tout modifier les décors, les dialogues, l’expression corporelle des interprètes…
Adepte des décors bien composés et des univers stylisés, la cinéaste ne cachait pas son intention de construire une identité plastique autonome plutôt que de reproduire fidèlement une époque. Ses idées suivent l’intrigue, qui se déroule dans un refuge perdu et marginalisé où les personnages s’isolent progressivement.
Déjà présenté aux Arcs et au CineMart, The Possessed, qui garde son titre anglais, est tourné en français. Le marché de coproduction de l’IFFR – Festival international du film de Rotterdam, souligne qu’il ne s’agit pas seulement de « chasse aux sorcières », mais de la volonté de mettre en avant la liberté des femmes et leur désir sensuel, tout à fait contemporains.
Le film est produit par Layla Meijman et Maarten van der Ven, du studio néerlandais Ruba, et coproduit par la maison Eklips (gérée par Sendijarević), le diffuseur VPRO (Martien Vlietman), Distinto Films (Miriam Porté et Gerard Marginedas), ainsi que par la société bosnienne SCCA/pro.ba. Il est soutenu par le Netherlands Film Fund, le Netherlands Production Incentive, le CoBO Fund, l’ICEC, le Spanish Tax Rebate, Creative Europe MEDIA, ainsi que par UNIQA et sa fondation SEE Future. Le tournage se déroule en Espagne, notamment dans la région de Teruel et les Bardenas.
Djenana Mujadzic
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