Locarno 2022 : présenté sur la Piazza Grande, Medusa Deluxe, de Thomas Hardiman mène une enquête noire dans le milieu de la coiffure artistique

Présenté sur la Piazza Grande en seconde partie de soirée ce samedi soir, Medusa Deluxe, de Thomas Hardiman, semble un O.C.N.I. (objet cinématographique non identifié !)  qui intrigue, surprend, étonne, questionne et, pour certains spectateurs, semble agacer. L’univers insolite et rocambolesque des coulisses d’un concours de coiffure aux créations haut en couleurs, le premier long métrage de Thomas Hardiman a fait susciter les diatribes des journalistes : qui pour, qui contre…

Medusa Deluxe de Thomas Hardiman
©EMU Films Production

Dans la frénésie, le stress et l’enthousiasme des élaborations des coiffures, un drame se produit alors que les modèles sont sur le point de défiler : un meurtre mystérieux est commis pendant les préparatifs de cette compétition de coiffure impitoyable. La mort soudaine d’un des participants provoque des suspicions de tous côtés, suspicions qui s’exacerbent quand le mari du défunt débarque avec le nourrisson et qu’il découvre que son bien-aimé a été scalpé. Jalousie ? Fétichisme ? Acte passionnel ?

Thomas Hardiman a choisi de mêler cet univers de l’art capillaire qui le passionne et le fascine à une enquête menée par les coiffeuses et leurs modèles ; chaque personnage lancera des suppositions à qui mieux mieux. Le cinéaste choisit délibérément de rendre joyeux et drolatique ce film noir, alignant les extravagances et les excès au sein de cette communauté où la passion pour les cheveux vire à l’obsession et où la vendetta n’est pas loin.

Pour son premier long métrage, le Britannique Thomas Hardiman assume pleinement sa fascination pour les coiffures artistiques et avoue qu’il a pu observer le travail du célèbre coiffeur Eugene Souleiman sur les coiffures élaborées du film :

Il m’a laissé jeter un coup d’œil derrière le rideau, c’est pourquoi je l’ai approché et j’ai pu filmer les coiffures qui sont montrées à mi-chemin dans le film. Le travail de Souleiman est de la sculpture moderne.

Medusa Deluxe semble être un thriller mystérieux qui, se déroulant dans le milieu des concours de coiffure, ne peut qu’être cocasse et déconcertant. L’extravagance et l’excès sont au rendez-vous – c’est alors que la mort survient et que sont semées les graines de la division dans une communauté, a priori unie mais a posteriori pas si soudée que les apparences le laissaient supposer. Cette passion commune pour les cheveux frise l’obsession.

Thomas Hardiman mentionne  :

Medusa Deluxe est une célébration du monde unique de la coiffure, un voyage éclair dans l’espace exacerbé de la compétition frénétique et de la rivalité créative. Je me soucie vraiment de la coiffure, c’est quelque chose qui me passionne vraiment.

Rassurez-vous ! Il n’est pas uniquement question de créations capillaires, mais aussi de thématiques universelles comme l’amour, la jalousie, les préjugés, filmés à travers ce microcosme bigarré composé d’êtres aux destinées brisées qui trouvent une raison existentielle grâce à leur passion commune.

Certains passages du film surprennent les novices qui se laisseront étonner par certains propos, par exemple quand les coiffeuses dissertent sur la provenance des cheveux d’Inde ou de Russie. Le cinéaste de s’expliquer à ce sujet :

Quand les coiffeurs parlent de tissages russes ou indiens, cela vient d’un coiffeur de Peckham. Beaucoup des coiffeurs disent : « Je suis d’abord coiffeur, puis conseiller ». Mais ils écoutent les problèmes des gens, puis s’en plaignent au coin de la rue.

Ayant peaufiné la forme, filmant souvent les personnages de manière individuelle, la caméra collée à leur nuque pour les suivre, déambulant dans les couloirs et les rampes d’escalier de la bâtisse, accompagnés par une bande-son anxiogène faite de percussions lancinantes et répétitives, Thomas Hardiman crée ainsi un univers inquiétant tout en y mettant de la fantaisie.

Dans ce drame choral, jouant sur la multitude des personnages dans la veine d’Altman, Thomas Hardiman choisit de pousser ses comédiens dans leurs retranchements, aux confins de leur vulnérabilité, dans les parts obscures de leur personnalité tout en les plongeant sans ménagement au cœur des couloirs sombres. Certes, le glamour et les paillettes font initialement partie du décorum mais laissent très rapidement place aux relations humaines, révélatrices de sentiments divers et variés, pour garder en toile de fond l’enquête comme fil conducteur.

Firouz E. Pillet, Locarno

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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