Mostra 2019 : Le «J’accuse» de Roman Polanski crée des vagues de polémiques puis des crépitements d’applaudissements nourris

Le 5 janvier 1895, le capitaine Alfred Dreyfus (Louis Garrel), un jeune officier prometteur de l’armée française accusé d’être un informateur des Allemands, est rétrogradé et condamné à la déportation à vie sur l’île du Diable, dans l’océan Atlantique, au large des côtes de la Guyane française.

— Jean Dujardin et Louis Garrel – J’accuse
Image courtoisie La Biennale di Venezia

Alfred Dreyfus, capitaine, riche et, avant tout, juif, fut donc reconnu coupable alors que les preuves à charge étaient rares et contradictoires. La vague d’antisémitisme qui a suivi la France, à l’époque comme aujourd’hui, a été décisive pour le choix du bouc émissaire. Il a fallu des années pour qu’il soit acquitté d’accusations diffamatoires. Son crime ? Etre juif !

Georges Picquart (Jean Dujardin), l’un des témoins de son humiliation, a été promu à la tête de l’unité de contre-espionnage qui l’accusait. Mais lorsque Picquart découvre que les informations confidentielles continuent à être transmises aux Allemands, il est plongé dans un dangereux labyrinthe de tromperies et de corruption qui menace non seulement son honneur, mais sa vie même.

Roman Polanski quatre vingt-six ans, n’était, bien évidemment pas présent au Lido de Venezia puisqu’il est interdit d’Italie depuis quarante-ans.

Il n’en demeure pas moins qu’il reste incontestablement l’un des derniers grands maîtres du cinéma du XXème siècle et le prouve une nouvelle fois avec ce film, extraordinairement mis une scène et qui atteste d’une direction d’acteurs exceptionnelle qui met chaque intervenant en valeur.

Que l’on apprécie ou pas l’homme et que l’on juge sa vie privée – Roman Polanski a payé pour ce qu’il a fait à cette jeune adolescente dans les années quatre-vingt mais un juge californien a cru bon de ressortir cette affaire à des fins essentiellement personnelles de carrière – on tire inévitablement des parallèles entre l’affaire Dreyfus et la sienne.

Le film avec lequel il concourt, J’accuse, consacré au célèbre procès

L’événement le plus important de l’histoire française contemporaine

selon Louis Garrel qui prête le visage au capitaine dégradé et condamné à la prison à vie pour une trahison inventée de toutes pièces a reçu un accueil très chaleureux à Venise: applaudissements pour les projections et la conférence de presse.

Le film réunit une distribution exceptionnelle avec des acteurs tous très convaincants car magistralement dirigés: Emmanuelle Seignier, Grégory Gadebois, Mathieu Amalri, Olivier Gourmet, Vincent Pérez, Théo Hellermann, Éric Ru, Denis Podalydès, entre autres …

J’accuse de Roman Polanski était, sans aucun doute, l’un des films les plus attendus de cette 76ème édition  la Mostra de Venise.

Lors de la conférence de presse, des applaudissements tonitruants et convaincus ont salué la distribution de J’accuse. Les controverses de ces derniers jours semblent désormais appartenir au passé.

J’accuse, de toute évidence convaincu la presse. Luca Barbareschi, co-producteur qui, ces derniers jours, traversait de vives polémiques avec la présidente du jury, Lucrecia Martel, en créant le premier « cas de Venise 76», lors de l’ouverture de la conférence, a précisé a ce propos:

Je laisserais la controverse de côté. Ce n’est pas un tribunal moral, nous gardons ici un art libre, sain et merveilleux.

Luca Barbareschi avait même suggéré de retirer le film de la compétition après que Lucrecia Martel, qui s’est érigée en justicière morale, eut déclaré ouvertement qu’elle était mal à l’aise avec la présence de Polanski dans la course, en raison de l’accusation qui pèse toujours sur lui aux États-Unis pour violences à l’encontre d’une fille de treize ans, l’affaire remonte à 1977. Apparemment, la réalisatrice, scénariste et productrice argentine n’est pas au courant que le cinéaste a été condamné et a payé sa dette envers la jeune fille – qui souhaite que l’on arrête de ressortir sans cesse cette affaire – et envers la société … Lucrecia Martel devrait mettre à jour ses connaissances et ses sources d’information !

De France, Polanski avait déclaré:

Je ne réagis pas, je ne me bats pas contre les moulins à vent.

Le film est basé sur l’affaire Dreyfus,

un sujet auquel je réfléchis depuis de nombreuses années. Dans ce scandale de vastes proportions, peut-être le plus retentissant du XIXe siècle, l’erreur judiciaire, l’échec de la justice et l’antisémitisme sont inextricablement liés. L’affaire Dreyfus a divisé la France pendant douze ans, provoquant un véritable soulèvement dans le monde entier, et demeure un symbole de l’iniquité des autorités politiques au nom des intérêts nationaux.

a précisé Roman Polanski.

Le film est malheureusement en écho avec une brûlante actualité vu les montées populistes que connaît la France et les crimes antisémites qui effraient régulièrement l’actualité.

Firouz E. Pillet, Venise

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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