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Locarno 2023 : avec La voie royale, Frédéric Mermoud signe son troisième long métrage en proposant un récit d’apprentissage magnifiquement interprété

Après Complices (2009), son premier long métrage qui a valu à Frédéric Mermoud de nombreux prix, dont celui du meilleur scénario au Festival de Locarno, puis Moka (2016), adaptation du roman éponyme de Tatiana de Rosnay, le cinéaste valaisan revient à Locarno pour présenter La Voie royale sur la Piazza Grande.

— Suzanne Jouannet – La Voie royale
© Emmanuelle Firman

La Voie royale relate un récit d’apprentissage en suivant le parcours de Sophie (Suzanne Jouannet), lycéenne brillante issue d’un milieu rural modeste qui, encouragée par son professeur de mathématiques, quitte la ferme familiale pour suivre une classe préparatoire scientifique en entrant comme pensionnaire au Lycée Descartes. Dès son arrivée dans cet établissement, Sophie découvre un univers où les élèves issus des classes aisées et de la bourgeoisie revendiquent leur pré carré socio-économique avec une arrogance exacerbée qui fait constamment douter Sophie sur sa légitimité au sein de cette école. Quant aux cours dispensés de ce lycée scientifique, Frédéric Mermoud a peaufiné les détails, rendant les exercices et les théorèmes à la fois érudits mais accessibles, y compris pour des esprits très littéraires. Le cinéaste, très à l’aise avec cet univers comme il a fait une maturité scientifique, a réussi à rendre les scènes de cours passionnantes par le prisme de sa fine observation des relations humaines dans ce microcosme, incarnées avec justesse par d’excellents comédiens mis en valeur par la subtile photographie de Tristan Tortuyaux.

Au fil de rencontres, des heures de cours faits de succès et d’échecs, affrontant les séances de bizutages par les anciens élèves et faisant face aux remarques sèches et parfois dénigrantes d’une enseignante, Claire Fresnel (Maud Wyler), Sophie relève le défie avec pugnacité pour ne pas décevoir sa famille la mère (Marilyne Canto) et Laurent, son frère (Cyril Metzger) qui a placé beaucoup d’espoirs dans l’excellence de leur fille. Dans cette période transitoire où les premiers émois naissent, Sophie trouvera l’amitié aux côtés de Diane Le Goff (Marie Colomb) et l’amour avec Hadrien Loiseau (Lorenzo Lefebvre) mais se remettra en question, doutant de ses capacités.

Mais la compétition acharnée qui règne dans cette classe préparatoire poussera Sophie dans ses retranchements. Dans ce récit d’apprentissage qui offre une méticuleuse fresque des concours d’accès aux grandes écoles et de la compétitivité prégnante, Frédéric Mermoud développe une période qu’il a déjà traitée dans ses courts métrages et qui l’inspire énormément : la période-charnière entre la fin de l’adolescence et le passage à l’âge adulte. Suivant le parcours semé d’embûches et de désillusions de cette jeune fille, le public se demande si Sophie réalisera son rêve : intégrer Polytechnique et devenir X.

La Voie royale pourra déconcerter les spectatrices et spectateurs qui s’attendaient à voir un film suisse, Frédéric Mermoud ayant grandi à Sion puis étudié à Genève en poursuivant avec une formation de réalisateur à l’École cantonale d’art de Lausanne (DAVI). Pour rappel, Frédéric Mermoud est l’un des quatre piliers de Bande à part Films, la société de production qu’il a créée avec Ursula Meier, Lionel Baier et Jean-Stéphane Bron. Mais le cinéaste ayant construit sa vie tant professionnelle que familiale à Paris où il vit depuis vingt-trois ans, son troisième long métrage offre une observation fine et convaincante de l’univers des filières menant aux grandes écoles dans l’Hexagone.

Firouz E. Pillet, Locarno

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Firouz Pillet

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