L’ours en moi (Der Bär in mir), de Roman Droux ou une épopée formidable au pays des ours

Connu pour avoir parcouru les sommets culminant à plus de sept milles mètres des montagnes célestes kazakhs, en Patagonie sur la cime de Torres del Paine, au Tadjikistan auprès des Pamiris mais aussi pour être allé dans les bidonvilles de Monrovia, Roman Droux propose avec L’ours en moi une incroyable et fascinante immersion au cœur des mœurs de cette espèce révélée sous un angle audacieux et enrichissant.

Depuis sa plus tendre enfance, le réalisateur suisse Roman Droux est fasciné par les ours et rêve de les rencontrer. Emmené par le biologiste David Bittner – qui « passe tous ses étés en Alaska et s’engage pour la préservation de cette espère », il décide de se rendre en Alaska pendant les mois d’été à la recherche de cet animal fabuleux. Selon le biologiste, « si les êtres humains sont capables de changer leur comportement, la coexistence pacifique avec les ours pourrait être possible. »

L’ours en moi a permis au réalisateur de concrétiser un rêve d’enfant en côtoyant des ours au plus près « se rendant dans une réserve sur les traces de Timothy Treadwell, de son vrai nom Timothy Dexrer, écologiste américain marginal et visionnaire, surnommé The Grizzly Man, fasciné par les ours, mort à quarante-six ans, dévoré par un ours, dans le Parc national et réserve de Katmaï en Alaska. Willy, le pilote qui les amine leur confie « combien l’ours impose le respect, cet animal si imposant qui arrive à se déplacer si silencieusement. »

L’ours en moi de Roman Droux
Image courtoisie cineworx

Né dans le canton de Berne, Roman Droux se souvient quand sa mère l’emmenait à la Fosse aux ours où le réalisateur, jeune garçon, jetait des carottes aux ours en essayant de viser leur gueule … Cette fosse très controversée a cédé sa place à un parc où les ours ont été relogés.

En effet, depuis sa plus tendre enfance, le réalisateur suisse Roman Droux est fasciné par les ours et rêve de les rencontrer. Emmené donc par le biologiste David Bittner, il décide de se rendre en Alaska pendant les mois d’été à la recherche de cet animal fabuleux « que nos ancêtres vénéraient comme une divinité.»

Mais cette cohabitation est sécurisée : le duo d’hommes encercle leur campement de fils barbelés électriques et mettent leurs vivres dans une tente à part au cas où un ours curieux s’y aventurerait.

Dès la séquence d’ouverture, Roman Droux choisi de plonger les spectateurs en immersion participante si chère à Pierre Bourdieu : on entend des cris de goélands puis un ronflement qui semble étrangement proche. Soudain, la caméra nous révèle de manière très proche un ours affalé qui dort alors qu’un compère s’approche de lui; des mouettes les survolent.

S’ensuit le déploiement des ailes d’un goéland dans son vol majestueux avant de plonger dans la mer, puis un ours brun, paisible et impassible survolé par une nuée de goélands très certainement à l’affût des restes de poissons pêchés par nos compères ours.

Cette odyssée comportait inéluctablement des doutes et des questions que confesse le réalisateur ;

« Il subsistait également des sentiments ambivalents qui m’ont poussé à en savoir plus sur lui et sur ses ours. J’ai ressenti le besoin de rencontrer ces animaux de plus près et sur un pied d’égalité. Pas seulement à cause de l’aventure, mais parce que je comprenais difficilement comment un docteur en biologie suisse pouvait tomber amoureux d’ours sauvages. Dans ses archives, j’ai trouvé les moments qui ont déclenché chez David quelque chose d’indicible et d’indescriptible. C’est exactement ce que je voulais approfondir. »

Alors que les deux aventuriers partent à la découverte d’un monde captivant et pénètrent dans le royaume des ours, « là où la nature ne connaît pas la civilisation », ils amènent les spectateurs à remarquer un univers insoupçonné, le territoire des ours avec chacun un caractère bien défini à l’instar des êtres humains qui, pendant si longtemps, se sont sentis supérieurs à toutes les d’espèces.

Révélant l’univers méconnu des ours, L’ours en moi permet à tout un chacun de se libérer progressivement d’une vision homocentrique et ethnocentrée du monde animal et d’appréhender les ours sur un pied d’égalité.

— L’ours en moi de Roman Droux
Image courtoisie cineworx

Entourés de paysages époustouflants, ils se déplacent suivant les chemins des ours qui, vus du ciel, semblent les bras d’un fleuve s’enfonçant dans une forêt luxuriante. Ils se glissent dans une tanière encore chaude où le mammifère a hiberner durant six mois puis assistent à l’émouvant spectacle d’une mère prodiguant des soins à son bébé et sont ainsi les témoins privilégiés de combats entre des ours fiers et prêts à tout pour gagner.

Soudain une rencontre entre David et un ours mâle, filmé de manière très proche à la fois sur et dans l’eau permettent de distinguer l’ours se rapprochant de plus en plus près du biologiste, en toute quiétude sans signe d’agressivité.

Les deux aventuriers vont alors découvrir un monde captivant et pénétrer dans le royaume des ours, là où la nature ne connaît pas la civilisation. Entourés de paysages d’une immense beauté, ils assistent à l’émouvant spectacle d’une mère prodiguant des soins à son bébé et sont les témoins privilégiés de combats entre des ours fiers et prêts à tout pour gagner.

Au fil des jours, le tandem d’observateurs humains nous fait découvrir Balou l’ours chéri, Bruno le chef, le vieil Olivier l‘ancien mâle alpha, la jeune ourse blonde, Luna la jeune ourse blonde, Berta l’ourse alpha, Fluffy l’ourson bien nourri par Berta, la maman ourse avec les trois jeunes et la maman ours blessée avec son petit.

La première maman ours abandonnera l’un des oursons, les, pour garantir la survie de son frère et de sa sœur.

David confite qu’il redoute de devoir assister à la mort de l’ourson moribond qui décline de jour en jour. Alors que l’ourson, délaissé par sa famille, porte une blessure béante sur le dos et des marques de blessures récentes sur le crâne, la biologiste rappelle que la loi de la nature est terriblement cruelle :

« La mort et la vie se côtoient : dépérir et se renouveler. »

Quelques plus tard, le tandem retrouvera les restes – quelques ossements de l’ourson : la nature sélectionne et ne laisse aucune chance aux plus faibles.

La caméra de Roman Droux nous révèle un tas de sable qu’il se met à fouiller pour y découvrir le corps d’un ours enterré. mis dans cette tombe de sable qui tient de garde-manger pour les jours plus difficiles.

Les ours, amaigris par les six mois d’hibernation, attendent impatiemment la remontée des cours d’eaux par les saumons qui retournent à leur lieu de naissance pour frayer. Les saumons se font attendre, la faim les tiraille … En attendant ils creusent les rivages à la recherche de poissons de sable. « Les ours ne mangent que les parties les plus grasses : la peau et le cerveau. » L’attente patiente des goélands paie : les volatiles se délectent de la chair des saumons. Les saumons qui frétillent et sautent pour remonter le courant des rivières sont nombreux mais une menace redoutable pèse sur cette manne : la flotte de bateaux de pêche qui pêchent en masse ces bancs de saumon.

Mais le réalisateur réalise que les similitudes entre les ours et les humains sont nombreuses :

« Ils mangent des légumes, des baies, du poisson et de la viande. L’ours est devenu pour moi une manifestation fascinante de la nature intacte. Il m’a fait prendre conscience de la valeur de cet habitat et du fait qu’un tel état sauvage si proche de la nature demeure préservé tant que l’homme n’intervient pas de manière abusive. »

Les commentaires, lus par Carlos Leal, rappellent que les Inuits considèrent les êtres humains comme des créations de la nature tout comme les ours.

« Les expériences vécues auprès des ours et les conversations échangées avec les Inuits locaux, qui ont toujours une attitude animiste, ont suscité un changement dans mon mode de pensée. Un mode de vie dans lequel l’ours et le bouleau ont tous deux la même valeur et la même âme. Ils se rencontrent de la même manière que les gens. Cette attitude face à la vie a soulevé des questions fondamentales sur mon existence. »

L’ours en moi dévoile une cohabitation instructive sur le comportement des grizzlis dans l’un des endroits les plus fascinants de la planète, filmé parfois à contre-jour, parfois dans l’intense luminosité du soleil.

La remarquable capacité de David à interpréter le comportement de ces ours sauvages a permis le développement de cet incroyable documentaire qui a pas de contrepartie. Je suis dépassé.

souligne Thomas Reimchen, Professeur de biologie à l’Université de Victoria, au Canada et expert reconnu internationalement en ours côtiers d’Amérique du Nord.

Mentionnons que L’ours en moi s’est fait remarqué dans de nombreux festivals.

Tourné dans un décor d’une beauté à couper le souffle, ce documentaire est un chef-d’œuvre visuel et sensoriel qui offre un témoignage unique à voir sur grand écran avec toute la famille.

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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