Padrenostro, de Claudio Noce, plonge les spectateurs dans les Années de plomb qui ont ébranlé la péninsule italienne

Le film de Claudio Noce s’ouvre dans un wagon de métro et filme les passagers, en mettant son attention sur un homme en particulier. À travers la détresse d’une attaque de panique qui a eu lieu dans le métro aujourd’hui surgissent des réminiscences d’un passé qui a laissé des traces à jamais.

— Pierfrancesco Favino et Mattia Garaci – Padrenostro
Image courtoisie Filmcoopi Zurich

Avec Padrenostro, présenté à la Mostra 2020, Claudio Noce signe son troisième long métrage après Good Morning Aman (2009) et La foresta di ghiaccio (La forêt de glace, 2014). Recourant pour son titre à une prière catholique pour rendre hommage à son père auquel le film est dédié, Claudio Noce s’inspire d’un événement bien réel qui a touché sa famille : le père du réalisateur, le commissaire adjoint Alfonso Noce, magistrat à la tête de la brigade antiterroriste à Rome, est blessé lors d’un attentat qui coûte la vie à un membre de son escorte et à un terroriste. L’attentat est commis par les NAP – Nuclei Armati Proletari (les noyaux armés prolétariens) le 14 décembre 1976.

À la lecture de cette information, Padrenostro se révèle un film très personnel dans lequel le regard du cinéaste, enfant lors de cet attentat, enveloppe complètement l’histoire. Au-delà de ce qu’a vu Valerio, suspendu entre réalité et imaginaire, se cache la reconstitution des souvenirs du cinéaste, alors âgé d’un an et demi. Plus de quarante ans après, Claudio Noce reconstitue le climat de peur dans lequel a vécu sa famille à cette époque. Valerio (Mattia Garaci) a onze ans lorsqu’un matin, il est réveillé par des rafales de mitraillettes qui semblent provenir de l’entrée de sa maison, sous son balcon. Il voit sa mère (Barbara Ronchi) paniquée et court avec elle dans la rue. Son père (Pierfancesco Favino) vient d’être blessé et emmené à l’hôpital. Ne le voyant pas revenir à la maison, il le croit mort. L’accès au salon familial où trône la télévision a été interdit et Valerio élucubre diverses hypothèses que les adultes qui l’entourent évincent. Cet événement tragique, survenu à l’été 1976, bouleverse la vie de Valerio, mais, tout au long du film, en filigrane, on perçoit que le réalisateur tente d’exorciser ce traumatisme encore bien vivace.

À travers les attitudes et les réactions des adultes, en particulier de la mère de famille, Valerio s’interroge, sans obtenir de réponses et tente de protéger sa sœur cadette, redoutant constamment que quelque chose de terrible se produise. Le jeune garçon a aussi une imagination débordante et retrouve un ami imaginaire dans le galetas de la maison familial. En proie à un stress constant, Valerio s’enfuit de l’école et rencontre Christian (Francesco Gheghi), un adolescent plus âgé que lui, dont il ne sait rien. Valerio est séduit pas son caractère solitaire et rebelle qui le déconcerte. Christian apparaît soudain alors que Valerio est en Calabre avec sa famille chez ses grands-parents, dans leur bâtisse au milieu de paysages verdoyants, soulignés par la photographie de Michele D’Attanasio qui a créé des tonalités lumineuses et chatoyantes, peut-être pour contraster avec la menace omniprésente.

Le temps de ce séjour, autour des immenses tablées familiales, dans la campagne luxuriante, sur la plage, Valerio et sa famille parviennent, momentanément, à oublier la menace qui pèse sur le préfet de police et ses proches. Mais Valerio est parfois sujet à des crises d’angoisse que son père tente de calmer : « Respira con la pancia ! » (« Respire avec votre ventre ! »). Cependant, la peur, les doutes, la perplexité demeurent bien tangibles. Faire des films sur le terrorisme des années septante demeure encore un exercice difficile, périlleux, douloureux puisque ce sont les années culminantes du terrorisme.

Bernardo Bertolucci l’avait parfaitement réussi avec La tragedia di un uomo ridicolo (La tragédie d’un homme ridicule, 1981). Mentionnons aussi Romanzo criminale de Michele Placido (2006) et Il Sol dell’avvenire (Le Soleil de l’avenir, 2008), de Giovanni Pannone, présenté au Festival de Locarno dans la section Ici et ailleurs, qui avait suscité les foudres du ministre italien de la Culture de l’époque, Sandro Bondi. Contrairement à ses prédécesseurs qui ont favorisé la reconstruction de l’époque avec un prisme sociologique et politique, Claudio Nice n’a pas opté pour un film sur les terroristes mais sur les séismes causés par les terroristes sur une famille par la lunette de lecture et d’interprétation d’un enfant.

Dans un premier temps, cette intention narrative qui privilégie l’angle subjectif ne dérange pas mais, au fil de l’histoire, emplie de bonnes intentions, le récit devient de plus en plus alambiqué et se perd dans des méandres qui n’apporte rien à la narration. Pour exemple, alors que le père décide de prendre le volant de la voiture familiale et demande à ses gardes du corps de les suivre dans la seconde voiture, il s’arrête soudain sur le côté de la route, incitant toute la famille à le suivre dans une forêt dans laquelle il semble perdu… Finalement, sortant dans la forêt dont les bruissements et les craquements contribuaient à alimenter l’atmosphère anxiogène, la famille, menée par le chef de famille, débouche dans une prairie où toute la famille, au sens large, est réunie et les accueille par des applaudissements.

L’interprétation de Pierfrancesco Favino, qui est aussi l’un des producteurs de Padrenostro, lui a valu d’être couronné de la Coupe Volpi de la meilleure interprétation à la Mostra 2020, elle s’avère beaucoup moins convaincante que l’interprétation des deux enfants, Mattia Garagi et Franceco Ghegi, qui interprètent respectivement Valerio et Christian, qui méritaient de décrocher une récompense.

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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