Pessac 2022 : Quand Stockholm est devenu un syndrome, d’Olivier Pighetti, autopsie d’un braquage mémorable que tout le monde a oublié mais qui a donné son nom à un diagnostic

Qui connaît l’origine du fameux « syndrome de Stockholm » ? Qui se souvient que ce terme, mondialement connu et usité, émane d’un spectaculaire braquage dans la capitale suédoise ?
À grand renfort d’images d’archives, de journaux télévisées de l’époque, des entretiens avec les deux braqueurs, avec l’une des otages et des commentaires des policiers, du Premier ministre Olof Palme et de Nils Bejerot, le psychiatre qui a théorisé sur la situation et la réaction des otages, le documentaire d’Olivier Pighetti relate le déroulement de cette prise d’otages, en analysant les mécanismes des relations dans ce huit-clos sous haute tension.

Quand Stockholm est devenu un syndrome d’Olivier Pighetti
Image courtoisie Festival international du film d’histoire de Pessac

Olivier Pighetti rappelle comment a débuté en ce 23 août 1973 le braquage de la Sevrages Kreditbank. Un malfrat, Jan-Erik Olsson, voue une immense admiration pour Clark Olofsson, un criminel flamboyant et redoutable, et exige sa libération afin qu’il vienne le rejoindre à la Sveriges Kreditbank. Jan-Erik Olsson, « bandit perceur de coffre-fort » aujourd’hui libéré et rangé, raconte :

« J’ai mis une perruque sur ma tête, de la crème marron sur le visage, j’avais une mitraillette dans mon sac, je l’ai mise autour du cou, je suis entré dans la banque, j’ai tiré vers le plafond et j’ai dit ‘tout le monde au sol, que la fête commence ! »

Clark Olofsson était alors considéré comme l’un des criminels les plus dangereux du pays, un braqueur hors pair qui, interviewé, qualifie, à chacune de ses interventions, d’imbécileJan-Erik Olsson tout comme le psychiatre Nils Bejerot qui a déguerpi à peine arrivé sur place alors que Jan-Erik Olsson lui tire une balle entre les jambes sans le toucher. Jan-Erik Olsson et Clark Olofsson prennent en otage trois femmes et un homme. Les otages ne seront pas épargnés : menaces, maltraitance, tentative de pendaison…  Mais, contre toute attente et à la stupéfaction générale, les otages deviendront peu à peu les meilleurs soutiens des braqueurs. Les victimes prennent parti pour leurs bourreaux, les défendant et faisant même capoter les tentatives de négociation des policiers. De manière étonnante, les otages sont du côté des braqueurs et s’opposent aux policiers. Plus étrange encore, cette empathie se prolongera dans le temps. Jan-Erik Olsson commente :

« Quand je suis allé en prison après tout cela, deux otages, un homme et une femme, sont venus me voir derrière les barreaux, on est devenus en quelque sorte des amis. »

En six jours, cette prise d’otages a laissé une empreinte indélébile dans tous les manuels de psychologie criminelle. Les liens qui se sont tissés entre les otages et les braqueurs vont laisser un nom dans l’histoire de la criminologie : le syndrome de Stockholm qui correspond à la propension pour des otages à s’attacher à leurs geôliers.

Presque un demi-siècle après les faits, les deux braqueurs et une des otages témoignent et expliquent ce qui s’est passé dans la banque. Richement documenté, le film d’Olivier Pighetti redonne vie à cet évènement qui a bouleversé la Suède et explique comment ce syndrome s’est diffusé dans la sphère médico-criminelle. L’expression est aujourd’hui banale, presque galvaudée au point que personne ne s’interroge de savoir comment est né ce syndrome.

Olivier Pighetti a débuté en tant que journaliste puis photo-reporter pour le National Geographic, Le Point, Paris-Match, Le Nouvel Observateur, Libération, Le Monde… Depuis 1989, il réalise des documentaires et des reportages qui traitent de problèmes de société, français ou étrangers. En 2001, il monte sa propre société, Piments Pourpres Productions. Parmi ses réalisations récentes : La folie meurtrière (2021) ; Laura, au nom des femmes (2020) ; Les seins de la révolte (2020) ; Justice, argent et délation (2019) ; ENA vs Prison (2019).

Rencontre avec Olivier Pighetti qui nous a parlé de la naissance du Syndrome de Stockholm mais aussi des Femen, les seins de la révolte et aux poings brandis, qui ont déringardisé le féminisme. Il s’est aussi intéressé à des thématiques d’une brûlante actualité avec Halte aux féminicides : l’histoire de Julie, la numéro 30 et Harcèlement sexuel; récemment en Suisse pour enquêter sur l’enlèvement d’un enfant à La Chaux-de-Fonds.

Olivier Poghetti nous a annoncé qu’il sortait d’une expérience qu’il a enthousiasmé en filmant un groupe de jeunes trisomiques, qui sont ni chanteurs ni musiciens, mais qui ont se sont investis dans une expérience musicale intense avec la spontanéité qui les caractérise. Un film à découvrir début 2023.

Rencontre avec Olivier Pighetti aux centres d’intérêt tous plus intéressants les uns que les autres.

 

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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