Première rétrospective El Greco en France au Grand Palais de Paris jusqu’au 10 février 2020

Ouverte le 16 octobre au Grand Palais de Paris, l’exposition attire le public du monde entier. Organisée par la Réunion des musées nationaux, le musée du Louvre et l’Art Insitute of Chicago qui l’accueillera entre le 8 mars et le 21 juin 2020, montre la puissance du talent de Domenikos Theotokopoulos, né en Crète en 1541. Plus connu comme El Greco, il appartient d’abord à la tradition byzantine, élargie par sa formation à Venise et à Rome.

Image courtoisie Rmn-Grand Palais

Peintre des synthèses et magnifiques couleurs

Pourtant El Greco a atteint le sommet de son art en Espagne ou il arriva vers 1577. Venu car amadoué par les promesses du chantier de l’Escorial, le peintre allie dans la péninsule le colori de Titien, l’espièglerie de Tintoret et le style courageux de Michel-Ange. Ce mélange inhabituel mais cohérent bien synthétisé dans son oeuvre, installe El Gréco sur le piédestal spécifique de l’histoire de la peinture. Il demeure pour l’éternité le dernier grand artiste de la Renaissance et le premier peintre du Siècle d’Or.

Célébré à la fin du 19e siècle, l’artiste fut sujet de plusieurs livres, écrits des plumes de nombreux grands écrivains. Devenu emblème d’avant-garde du début de 20e, El Greco symbolise la synthèse bien réussie entre tradition et modernité, reliant Titien aux Fauves, le maniérisme au cubisme, au vorticisme, à l’expressionnisme, à l’abstraction et l’action painting.

Créateur de formes altérées et de compositions picturales encore inconnues, El Greco a su varier l’intérieur de sa conversation visuelle ainsi que ses recherches, inventions et modifications qui lui ont permis la réalisation d’un parcours parfait entre Venise et Tolède et le développement d’un style sophistiqué et presque irréprochable. Ses nombreux tableaux possèdent une perspective particulière qui  permet la compréhension de ses compositions complexes et complètes, reflétant une oeuvre puissante, surprenante, tournée vers la modernité.

 

Seigneur d”art pictural

Un dieux de la peinture, affirme Guillaume Kientz, conservateur d’art européen au Kimbell Art Museum, Fort Karth aux Etats Unis et un des commissaires de la rétrospective.

Il n’était pas facile de ressembler 75 oeuvres parmi les 300 connues de l’artiste, dont les peintures sont dispersées au quatre coins du monde.

A l’entrée de l’exposition, le regard du visiteur est attiré par L’Assomption de la Vierge, prêt exceptionnel de l’Art Institute de Chicago, peinte après son installation à Tolède. Le tableau est aussi un majestieux exemplaire de synthèse de couleurs de Titien et du dessin de Michel-Ange.Il est revenu à Paris cent ans plus tard ou il a été acheté en 1904.

L’impressionnante Pietà, peinte entre 1580 et 1590, fait partie d’une collection privée très fermée: n’a pas été présentée publiquement depuis 1982. Selon les organisateurs, c’est un miracle qu’elle a pu être exposée au Grand Palais.

El Greco a vécu en Espagne une gloire extraordinaire, surtout à Tolède ou il s’est installé en 1567. En Italie l’artiste a abandonné l’art iconique et est devenu peintre de la Renaissance. Le triptyque dit de Modène est l’exemple flagrant de son développement pictural. En 1570 El Gréco arrive à Rome pour se spécialiser et s’améliorer. Comme de nombreux artistes il séjourne au palais du cardinal Farnese, mais il est vite mis dehors sans qu’on sache la raison. Dominikos, qui ne maîtrise pas l’art de la fresque, n’est pas en mesure d’avoir de grandes commandes, part en Espagne.

Il peint comme un sculpteur

La rétrospective parisienne montre aussi une facette inconnue d’El Greco : son talent de peindre d’exceptionnels portraits, comme le souligne Charlotte Chassel-Rousseau, conservatrice de la peinture espagnole et portugaise au Louvre et commissaire associée d’exposition :

Greco a continué a faire des portraits toute sa vie et avait commencé ce genre en Italie, ou il a fait la preuve d’une acuité psychologique, d’une intensité étonnante qui sera sa marque. Même si ce sont des portraits peints en Espagne ils ont une note italienne, comme celui du cardinal Nine de Guevara ou, le plus beau de tous, Frère Hortensio.

Ce portrait de Félix Paravicino, un ami d’El Greco au service d’église et poète, peint vers 1597-1560 (propriété du Louvre), attire avec son regard et sa finesse des traits.

Image courtoisie Rmn-Grand Palais

Dominikos Theotokopoulos dit El Gréco soulignait souvent son appartenance à  l’art vénitien, connu par les peintures très scolaires. Cette empreinte est visible dans ses couleurs contrastées et acidulées ainsi orangées, jaunes, bleues ou violettes.

La Pietà est la preuve de cette influence vénitienne, comme le souligne le commissaire Kientz :

C’est un tableau sublime représentant magnifique symbiose entre Michel-Ange dont il cite la Pietà Bandini et une peinture colorée à la vénitienne, œuvre construite par la couleur à la façon de vénitiens. Le tout dans un cadrage claustrophobique, comme El Gréco les affectionne car les images sont plus fortes, dotées d’intensité émotionnelle très particulière. Elle se transmet par les couleurs bien transperçantes, comme les lances, mais aussi par le cadrage submergeant, intensif qui offre une mélodie particulière à  son pinceau. Il peint comme un sculpteur avec ses traits francs de blanc ce qui est bouleversant. La plupart de ses tableaux peints à Tolède montrent la ville comme fond. C’est un hommage permanent à la cité qui l’a accueilli bras ouverts ou  son talent a pu s’épanouir, être compris et reconnu.

La rétrospective parisienne dure jusqu’au 10 février 2020.

Djenana Mujadzic

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