Genève : la 21ème édition du Festival Filmar en América Latina se tiendra du 15 novembre au 1er décembre 2019 à Genève ainsi que dans des communes du canton et de France voisine

La 21e édition du Festival Filmar alternera rencontre avec des Cinéastes engagé.es, des projections d’œuvres fortes et des débats d’actualité très variés et enrichissants. Filmar, la plus importante manifestation culturelle de Suisse dédiée à l’Amérique latine, qui contribue également au rayonnement de Genève, ville de dialogue et de culture, est l’un des seuls festivals qui s’autofinance à hauteur de 25%, signe du soutien indéfectible de son public, toutes générations confondues.

Compétition et programmation

Plus de quatre-vingt œuvres cinématographiques, dont seize films en compétion et des films en langues autochtones faisant la part belle aux peuples indigènes, seront projetées. Trois tables-rondes figurent également à l’affiche. Le public pourra débattre avec vingt-cinq invité.es venu.es d’Amérique latine et de Suisse. Parmi ces vingt-cinq personnalités confirmées figurent trois cinéastes incarnant le renouveau, la diversité, l’originalité et la vitalité du cinéma latino-américain: Jayro Bustamante (Guatemala); Julio Hernández Cordón (Mexique-Guatemala-États-Unis) et Alejandro Moguillansky (Argentine, El Pampero Cine).

L’activiste Mônica Benício, célèbre défenseure des droits humains au Brésil, sera également présente. Cette année, le Guatemala et le Brésil seront particulièrement représentés avec plusieurs cinéastes.

Citons encore la projection de Terre en transe, de Glauber Rocha, suivie d’une conférence de Lilia Lustosa : Une allégorie de désenchantement (concept emprunté à l’historien de cinéma Ismail Xavier). Rappelons que Terre en transe, le troisième long métrage de Glauber Rocha – l’un des cinéastes les plus importants du Brésil – fut probablement le plus polémique de toute son œuvre. Réalisé en 1966, après le coup d’État militaire de 1964, à une époque où le pays vivait sous un régime militaire dictatorial, le film fut attaqué à la fois par la droite et par la gauche, résultat de la mise en scène d’une allégorie qui laissait la place à de multiples interprétations. Se voulait-il une critique de la gauche populiste ? Ou du système de coups d’État de l’Amérique latine ? Peut-être du coup d’État brésilien directement ? Qui sait, une critique de tous les trois ?

Influencé par le théâtre épique de Brecht, avec une esthétique baroque, plein de personnages confus et tordus, Terre en transe est l’allégorie d’un pays en crise, partagé entre des politiciens populistes de gauche et des gouvernants militaires de droite, des paysans assoiffés de réforme agraire et des grands propriétaires terriens partisans de la dictature, ainsi que des intellectuels et militants révolutionnaires luttant pour le retour de la démocratie. Réalisé déjà sous l’étiquette du Cinema Novo, mouvement de décolonisation du cinéma brésilien, ce film influença également les autres arts du Brésil, au point d’être considéré comme le déclencheur du Tropicalisme, genre musical représenté sur la scène internationale par Gilberto Gil, João Gilberto, Maria Bethânia, Caetano Veloso parmi tant d’autres. Dans cette conférence, nous sommes invités à contextualiser Terre en transe, afin de faciliter la compréhension des allégories présentes dans ce film de Rocha, tout en soulignant son importance pour le mouvement du Cinema Novo lui-même.

Le film de Patricio Guzmán en ouverture et celui d’Arturo Infante en clôture  du festival

La dernière œuvre du réalisateur chilien Patricio Guzmán, La cordillère des songes, ouvrira le Festival, vendredi 15 novembre à l’Auditorium de la Fondation Arditi, en présence du Président du Conseil d’Etat de Genève Antonio Hodgers.

Le voyage extraordinaire de Celeste García, signé Arturo Infante (Cuba), clôturera cette 21e édition, après la remise du Prix du Public et du Prix du Jury des Jeunes, à l’Auditorium Arditi, dimanche 1er décembre.

Direction artistique

Dirigé par la cinéaste genevoise d’origine chilienne Vania Aillon, le Festival est une vitrine importante du cinéma d’auteur qui résiste à la déferlante des productions hollywoodiennes en Amérique latine. Filmar proposera donc plus de quatre-vingt longs-métrages de fiction et documentaires, ainsi qu’une vingtaine de courts-métrages et films d’animation, venus des pays suivants : Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, Cuba, Équateur, El Salvador, Guatemala, Mexique, Pérou, Uruguay et Venezuela.

Films en langues amérindiennes à l’honneur

En cette Année internationale des langues autochtones proclamée par les Nations Unies, Filmar s’associe avec son partenaire de longue date, l’ONG Traditions pour Demain, pour présenter un cycle de films en langues autochtones qui témoignent de la situation actuelle des peuples amérindiens. L’écart entre traditions ancestrales et modernité, ou l’héritage d’une culture et ses défis pour survivre, sont parmi les thèmes de Filmar en idioma, à travers des films venus d’Équateur, du Mexique et du Pérou.
A ce propos, la directrice de Filmar, affirme Vania Aillon affirme

Les revendications ne manquent pas et celles des peuples amérindiens auront une place de choix avec des films qui nous rappellent qu’il est fondamental de se souvenir d’où l’on vient.

Les oeuvres cinématographiques en compétition et les diverses sections

La section OPERA PRIMA (Première œuvre) proposera huit films : Aquì y ahora (de Paz León) ; Baracoa (de Pablo Briones), Cartero (de Emiliano Serra) ; La arrancada (de Aldemar Matías) ; Los días de la ballena (de Catalina Arroyave Restrepo); Perro bomba (de Juan Cáceres) ; Los tiburones (de Lucía Garibaldi) et Jazmines en Lídice (de Rubén Sierra Salles).

Sous la houlette du cinéaste colombien Jorge Cadena, le Jury des Jeunes OPERA PRIMA choisira le lauréat d’une distinction cofinancée par Terre des Hommes Suisse, Eirene Suisse et SWISSAID Genève.

La section FOCUS SUD comprend huit films en compétition pour le Prix du Public : A Febre (de Maya Da-Rin) ; Blanco en Blanco (de Théo Court) ; By the name of Tania (de Bénédicte Liénard et Mary Jimenez) ; Divino Amor (de Gabriel Mascaro) ; El concursante (de Carlos Osuna) ; La Llorona (de Jayro Bustamante) ; Niña errante (de Rubén Mendoza) et Solo (de Artemio Benki).
Le Prix du Public FOCUS SUD est cofinancé par la Fédération genevoise de coopération et Helvetas.

La section REGARDS ACTUELS propose une sélection du cinéma latino-américain actuel, avec des avant-premières et des films qui ne seront sans doute visibles nulle part ailleurs.

Un pan consacré aux citoyens LGBTQ

HISTOIRES QUEER et AU FRONT plongeront les spectateurs dans des fictions et des documentaires poignants, militants ou inspirants afin de mieux saisir des réalités d’actualité.

Une programmation réservée au jeune public

FILMARCito séduira les cinéphiles en herbe et leurs accompagnant.es, grâce à des courts-métrages venus d’Argentine, Bolivie, Chili, Colombie, Pérou et Mexique. Le programme pédagogique de Filmar permettra aux écolier.ères et collégien.nes d’en savoir plus sur les richesses du continent latino-américain.

Tables rondes et conférences

Trois tables-rondes publiques faciliteront l’approfondissement de thèmes en lien avec le cinéma. La première se penchera sur les Représentations du conflit armé en Colombie; la deuxième sera consacrée à Filmer les femmes: le regard des femmes sur les femmes. La troisième fera le lien Entre Cuba et la Suisse: deux approches de la formation au cinéma documentaire, un échange proposé par Filmar entre des formateurs et cinéastes issus de deux grandes écoles de Suisse et de Cuba: la Haute École d’Art et de Design de Genève (HEAD – Genève) et la Escuela Internacional de Cine y Televisión de San Antonio de los Baños à Cuba (EICTV). Le Pour-cent culturel Migros soutient les réalisatrices et réalisateurs de la relève dans le cadre de cette rencontre.

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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