Présent continu – Trois créations pluridisciplinaires à voir en simultané au Galpon (Genève)

Cinq artistes porteurs d’une expérience singulière et préoccupés par des questions sur la création aujourd’hui se rassemblent au Galpon pour proposer un dispositif qui invite le public à vivre de manière personnelle les différents travaux artistiques qu’il réunit.

Expérimenter le temps de la création

Avec la mémoire comme thématique commune, Présent continu se développe sur un principe de mutualisation des outils, aussi bien de réflexion que de production et rassemble ainsi trois pièces Blanc Mémoire, Déjeuner de soleil, , qui s’influencent tout en gardant l’essence même de leur propos et cohabitent simultanément dans la totalité du théâtre.
Sans début ni fin déterminés, Présent continu est ouvert chaque jour durant trois heures consécutives et invite le spectateur à circuler librement dans le théâtre pour assister ou participer aux différentes formes de création proposées, selon son rythme et ses envies, choisissant ainsi son propre parcours.

Présent continu – du 22 au 27 mai 2018 au Théâtre du Galpon à Genève
Image courtoisie de la Production: Association Aléas

Trois projets singuliers : faire cohabiter des mémoires

La mémoire est conçue comme le déclencheur pour appréhender l’instant présent. Un présent qui est nourri du souvenir, de l’empreinte, de la trace, de l’arôme d’expériences vécues qui se lovent dans la peau, le muscle, le sang, la tête, le cœur. Une mémoire corporelle, visuelle ou virtuelle, génératrice de mouvements, d’actions, de réflexions.

Blanc Mémoire

Une mise en création du public grâce à un dispositif constitué de documents formant une archive spécialement réalisée pour la pièce et enrichie par le public lui-même.
Ce projet est issu de la rencontre entre deux femmes, l’une chorégraphe, Manon Hotte , l’autre photographe et metteure en scène, Dorothée Thébert. Ensemble, elles ont partagé des questionnements sur leurs pratiques et ont ouvert un dialogue sur le rôle que la mémoire et ses traces jouent dans la mise en création artistique. Leur point de départ a été Création, semis et palabres_Fonds Manon Hotte que la chorégraphe a finalisé en 2017 à partir de sa carrière de chorégraphe et pédagogue. Ce fonds d’archives a la particularité de révéler avant tout les processus de création, sans viser uniquement à la conservation de l’œuvre aboutie. Le second intérêt de Manon Hotte et Dorothée Thébert porte sur une possible mise en création du public et la question du théâtre comme un lieu d’échange et de partage. De cette recherche a émergé Blanc Mémoire, une installation-archive qui s’active grâce à la présence et aux réflexions du public et qui invite celui qui s’y engage à appréhender le temps de la lecture, de l’observation, de l’expérimentation, de la présence corporelle, autant d’éléments constitutifs de la création. Cette installation est une proposition évolutive qui nécessite la présence du public pour la nourrir de ses propres documents réalisés sur place mais aussi pour être observée à la manière d’un photographe, comme une chorégraphie.

Déjeuner de soleil

Une pièce chorégraphique et sonore sur la mémoire immédiate et la dilatation du temps.
Conception et interprétation: Marion Baeriswyl (danse) et D.C.P (musique live)

Elle est construite sur un long continuum de mouvements et de sons qui évolue très lentement et de manière quasiment imperceptible. Proposant au public un moment pour perdre la notion du temps, Déjeuner de soleil aborde le présent au travers l’angle de la mémoire immédiate, celle qui donne l’impression du temps  qui passe, qui anime et fait trace du présent :

Partant de références communes issues de la physique, de la sociologie, de la philosophie, de l’anthropologie ou de différents travaux artistiques, nous développons la matière corporelle et sonore de Déjeuner de soleil en co-écriture au travers un travail rigoureux d’observation, de déconstruction et de lenteur.
Le mouvement se construit sur une écriture précise du chemin du poids et du mouvement à l’intérieur du corps, et se développe dans une lenteur continue. La chorégraphie de la pièce est ainsi une seule phrase de mouvements qui repose sur l’évolution du corps de la posture horizontale à la verticalité. L’écriture privilégie des chemins corporels complexes qui déconstruisent la forme humaine afin d’ouvrir les interprétations et d’inviter le public à entrer dans son propre imaginaire.
Le son est joué en live : synthétiseurs et «no input musique » subissent une dégradation au travers un système de bandes magnétiques et de réverbérations qui fait évoluer le son de manière subtile et qui introduit de l’aléatoire dans le rendu final, amenant ainsi des variations dans la création sonore qui devient alors spécifique à chaque soirée de représentation.

D’une longueur d’une heure et demie environ, la pièce propose un espace contemplatif qui permet au spectateur d’entrer et sortir à sa guise.

Un solo de groupe pour danseurs amateurs et professionnels jouant sur l’espace entre l’interprétation et la réinterprétation.
Conception: Aïcha El Fishawy | Interprétation : Emilie Cupelin (Groupe Jeunes Danseurs du Projet H107), Ali Darvischi, Aïcha El Fishawy

La mémoire comme fondation de chaque identité, comme accès direct au présent, comme dialogue entre intérieur et extérieur. Rythmée de lacunes et d’inconnues, elle est ce qui reste (in)consciemment du passé et qui permet d’avancer vers l’après. Elle donne une contenance au présent, elle permet d’être là.

Aïcha El Fishawy :

Mon expérience chorégraphique s’est faite au travers des pièces auxquelles j’ai pris part en tant qu’interprète, assistante, encadrante. Nourrie par ces différentes collaborations, je poursuis aujourd’hui mon parcours en initiant cette première création afin de développer mes réflexions autour de la transmission, de l’interprétation et du temps présent.

Questionnant les liens entre mémoire et identité, cette pièce axée sur la transmission se base sur l’idée d’un relai chorégraphié, un solo de groupe dansé tour à tour par trois interprètes venant s’imbriquer, prendre place, se décupler, portant un seul et même discours. fait se rencontrer des individus aux parcours de vie et expériences en danse très différents. Ali, 19 ans, né en Iran d’origine afghane, arrivé en Suisse depuis trois ans, n’a jamais dansé. Emilie, 16 ans, d’origine burkinabè, malienne et suisse, danse depuis l’âge de huit ans. Aïcha, 31 ans, d’origine suisse et égyptienne, est danseuse professionnelle.

La matière chorégraphique de la pièce provient avant tout essentiellement de temps d’échanges en duo entre « acteur » et « témoin » et de temps de restitution, autour de questions communes : Qui es-tu ? Quel son te ramène chez toi ? Qu’est-ce que le présent pour toi ?… De ces questions-réponses ont émergé des postures, restituées et transmises au groupe. L’ensemble des postures, des temps d’échanges, de réflexion et de recherches corporelles contribue à créer une mémoire collective, un langage commun. C’est sur cette base que la danse émerge, laissant apparaître un corps sensible, à l’écoute du présent et de sa perpétuelle réinterprétation.

Genèse du projet

Nous nous sommes rencontrés les cinq dans le cadre du Projet H107, un lieu de création en danse contemporaine à Genève, co-fondé par Marion Baeriswyl, Aïcha El Fishawy et Manon Hotte. En tant qu’artistes aux pratiques éclectiques, nous nous sommes accordés autour de notions qui nous semblent fondamentales pour créer aujourd’hui, comme l’importance de prendre le temps et la nécessité de mettre en commun les points de vue et les pratiques.

Notre regroupement est issu d’une volonté artistique mais souhaite également être une réponse à un contexte de production genevois fragilisé. Ainsi, nous avons basé notre création sur le principe de mutualisation de nos outils de réflexion mais aussi de production, permettant à trois créations singulières de voir le jour en nous rassemblant autour d’un même projet, dans un souci de production efficiente, plutôt que d’une logique compétitive.

Un public impliqué

Dès l’entrée, le spectateur pénètre dans un théâtre métamorphosé : au sol, de la moquette grise court d’un espace à l’autre, reliant la salle de répétition et la salle de spectacle d’un même matériau. Du mobilier en bois fabriqué pour l’occasion se décline aussi bien dans les espaces de représentation que dans le hall et la buvette, suggérant que les lieux de convivialité, propices au repos et aux discussions libres font partie de la proposition artistique. La scénographie, orchestrée par Rucksack Gogolplex, un collectif constitué de Sarah André et Chiara Petrini, vise à transformer le théâtre en un lieu hospitalier, dans lequel le spectateur est enjoint à composer son propre parcours, à son propre rythme. Il se voit confronté à plusieurs propositions artistiques qui vont l’engager chacune de manière différente, tour à tour acteur, témoin, receveur. À la manière d’une visite dans une exposition, il est alors maître de la durée de son expérience en étant incité à choisir le temps de sa présence, dans le cadre des trois heures d’ouverture de Présent continu.

Du 22 au 27 mai 2018 au Théâtre du Galpon à Genève. En semaine ouvert en continu de 19h à 22h, dimanche de 17h à 20h.
Réservations: reservation@galpon.ch ou  +41 22 321 21 76

Malik Berkati

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