Avec Mascarade, Nicolas Bedos sombre dans l’esbroufe

Présenté hors compétition à Cannes, Mascarade, de Nicolas Bedos, pointe les frénésies liées à l’argent et les frasques liées à la luxure sur la Côte d’Azur, précisément la kyrielle de clichés que l’on assimile aux fastueuses soirées de la Croisette où les stars comme le simple quidam aiment paraître. Nicolas Bedos se plaît à manier les paradoxes et les provocations, ce qu’il avait déjà démontré avec son irrévérencieux OSS 117 : Alerte Rouge en Afrique Noire lors la clôture de l’édition 2021.

— Isabelle Adjani – Mascarade
Image courtoisie Pathé Films AG

Lorsqu’un jeune gigolo (Pierre Niney), qui vit chez Margot (Isabelle Adjani), tombe sous le charme d’une sublime arnaqueuse (Marine Vacth) à la beauté affolante, c’est le début d’un plan machiavélique sous le soleil brûlant de la Côte d’Azur. Les deux amoureux sont-ils prêts à tout pour s’offrir une vie de rêve, quitte à sacrifier celle d’une ancienne gloire du cinéma et d’un agent immobilier (François Cluzet) ?

Passions, concupiscence, cupidité, lascivité, prostitution, trahisons… Après M. & Mme Adelman (2017) et La Belle Époque (2019), Nicolas Bedos tourne en dérision le monde cruel de l’argent roi qui, selon lui, sévit en toute impunité sur la Côte d’Azur, vivier par excellence, livrant une nouvelle fresque sentimentale. Dans ce film choral, les histoires entremêlées à l’instar de la multitude de personnages qui évoluent, se croisent, se narguent, s’étripent, se vengent au cœur de la bourgeoisie azuréenne.

Mascarade est adapté d’un livre que Nicolas Bedos a tenté d’écrire pendant un an et qui relatait, de façon très romancée, une période de sa vie, vers l’âge de vingt-trois ans, alors qu’il se « noyait dans l’oisiveté et l’argent des autres », d’après ses propres termes. Par coquetterie, ou par fausse modestie, le cinéaste a clamé haut et fort au dernier Festival de Cannes qu’il se savait « un romancier raté », certainement pour s’attirer la bienveillance et les critiques clémentes de la presse.

Le film commence par des témoignages lors d’un procès dans lequel le personnage interprété par François Cluzet apparaît abattu et décontenancé. Ces témoignages vont revenir au fil de la narration par intermittences, ponctués des flashbacks qui guident avec peu de finesse, il faut l’avouer, pour comprendre les rouages d’une affaire nébuleuse.

Dès leur apparition, tous les personnages sont déplaisants et exécrables, la plupart étant surjoués par des interprètes de renom, malheureusement mal dirigés par un cinéaste que l’on a connu bien meilleur dans l’exercice de la mise en scène et de la direction d’acteurs. Si le cinéaste a fait le choix de tourner en pellicule pour permettre une esthétique plus ou moins intemporelle des personnages, la multitude des comédiens pour ce film choral laissait présager d’une joyeuse mascarade. Malheureusement, Nicolas Bedos se perd dans des digressions, perdant par là-même la trame principale et essoufflant le rythme de son film.

 

La citation « qui trop embrasse mal étreint » n’a jamais été aussi adéquate. Jacques Pater serait ravi de la voir si bien illustrée ! À l’issue de la projection, on s’interroge : tout cela pour cela ?

Nicolas Bedos veut trop en faire et finit par lasser, et à force d’entreprendre à tout va, il finit par ne rien achever. L’esbroufe mentionnée dans le titre est validée au fil des séquences : Nicolas Bedos fait étalage de son art de manière prétentieuse et insolente.

Notons que pour la première fois, Nicolas Bedos n’a pas composé lui-même la musique de ce film, mission qu’il avait toujours assumé dans ses précédentes réalisations pour des motifs pécuniaires

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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