Berlinale 2019 – Compétition jour #3 : Out Stealing Horses (Ut og stjæle hester), film norvégien de Hans Petter Moland basé sur le bestseller éponyme de Per Petterson

Pas facile de voler des chevaux, le titre français du livre, a été publié en 2003, a reçu de nombreux prix et a été traduit dans une cinquantaine de langues! C’est dire si le réalisateur norvégien Hans petter Moland s’attaquait à un gros morceau littéraire.

—Tobias Santelmann, Jon Ranes – Out Stealing Horses (Ut og stjæle hester)
© 4 1/2 Film

Novembre 1999, Trond (Stellan Skarsgård), 67 ans, vit dans l’isolement qu’il s’est imposé et n‘attend vraiment qu’une chose: le nouveau millénaire.  À l’arrivée de l’hiver, il fait connaissance d‘un de ses rares voisins, Lars (Bjørn Floberg), et réalise qu’il l’a connu à l’été 1948. Cet été-là, celui de ses 15 ans passé avec son père dans une cabane près d’un fleuve, celui de tous les dangers tant physiques que psychologiques, celui où il a perdu de son enfance.

Ce long métrage est un d’un classicisme scandinave 100% dramatique, tant par la facture du film que par les sujets abordés: la relation père-fils, l’amour contrarié, la perte traumatique qui vous poursuit toute la vie, le sentiment de culpabilité, l’absence de communication et, en filigrane, un élément plus spécifique au pays, son passé complexe lors de la Deuxième guerre mondiale, oscillant entre collaboration et résistance.

La structure du film est très riche, alliant flashbacks, collisions entre réalités et rêves, images mentales et sonores, souvenirs. L‘esthétique de Out Stealing Horses est magnifique, tant visuelle que sonore. Bien sûr, il y a les paysages norvégiens qui à eux seuls invitent au cinéma, mais il y a aussi les choix de focales qui nous font entrer dans un univers qui ressemble à celui des livres de Knut Hamsun, cette nature qui existe par elle-même dans toute sa beauté mais aussi sa férocité mais se révèle également être un miroir de territoires intérieurs des protagonistes. Cette nature est montrée de manière très organique par Hans Petter Moland, accrochant sur de petits détails – que certainement la plupart des citadins n’apercevrait pas en situation – dans un montage nerveux (ce qui n’est pas le cas, loin s’en faut, d’autres parties du film) et rythmé tel de petites touches fauvistes.  Et puis évidemment il y a Stellan Skarsgård qui joue Trond âgé, même si bien sûr la révélation du film est Jon Ranes qui joue Trond à 15 ans. Stellan Skarsgård explique pourquoi il a accepté le rôle :

Le livre est vraiment fantastique et depuis sa sortie, il y a beaucoup de gens qui ont travaillé sur une possible adaptation. J’avais déjà vu des scénarios sur le sujet mais j’ai trouvé que la version de Hans Petter Moland était la meilleure, celle qui retranscrivait le mieux la poésie de la nature qu’il y a dans le livre.

— Stellan Skarsgård – Out Stealing Horses (Ut og stjæle hester)
© 4 1/2 Film

Le réalisateur explique ses choix de mise en scène de la forêt, qui est montrée sous plusieurs aspects et de plusieurs manières dans le film, et le travail sur le son :

La forêt, c’est la source de l’ombre et de la lumière. C’est aussi le paradis de l’enfance détruit. Comme dans le livre de Per Petterson, le paysage est un des personnages principaux de l’histoire. Avec le chef opérateur nous avons beaucoup réfléchi pour savoir comment approcher la forêt. Je voulais retranscrire son intimité et son mystère, c’est pourquoi nous avons limité la présence du ciel dans ces plans et l’avons laissé apparaître quand notre regard s’éloigne de l’action et laisse le paysage derrière. Même si cela ne se voit pas, car elle ne bouge pas beaucoup, tout a été filmé caméra à la main et à l’épaule.
Le travail sur le son était extrêmement important, car la richesse du son fait aussi partie des constructions de souvenirs ou de la reconstitution des événements. Normalement, le gros du travail de design sonore se déroule après le tournage. Mais ici, nous avons travaillé en amont, pour ne pas simplement décrire ce qu’il se passait mais capturer l’esprit de la forêt et intégrer parfaitement cet environnement sonore avec la musique du film.

De Hans Petter Moland ; avec Stellan Skarsgård , Bjørn Floberg , Tobias Santelmann , Jon Ranes , Danica Curcic ; Norvège, Suède, Danemark ; 2019 ; 122 minutes.

Malik Berkati, Berlin

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